30.07.2007

Le capitalisme contre l'environnement


La moule de Zélande est-elle menacée ?
C'est l'opinion de Ton Verbree, le président de l'organisation des mytiliculteurs (éleveurs de moules) néerlandaise.
Pourquoi ? Parce que les producteurs de cet excellent mytiloïde doivent désormais compter avec une législation toujours plus contraignante en matière d'environnement. Ainsi des parties entières du Waddenzee et de l'Oosterschelde ont été classées en zone "Natura 2000"


moule2


Natura 2000


Ce réseau est né de deux directives européennes: "Oiseaux" de 1979 et "Habitat" de 1992. Ces deux textes législatifs constituent le cadre juridique pour la protection et la conservation au sein de l'Union européenne des habitats naturels ainsi que de la faune et de la flore sauvage.
Le but principal est donc de contribuer à la protection de la diversité biologique en Europe en tenant compte des exigences socio-économiques. Ainsi Natura 2000 n'interdit pas a priori l'exploitation de la terre ou de la mer ni des ressources des sites proposés mais il est entendu que l'état de conservation favorable des habitants et des espèces doit être maintenu, voire amélioré.


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Les autorités néerlandaises prennent les choses au sérieux


La mise en pratique du réseau Natura 2000 étant de la responsabilité des Etats, le gouvernement de La Haye a édicté une loi, applicable depuis le 1er octobre 2005, qui réserve les autorisations de pêche à ceux des producteurs qui peuvent prouver que leurs prélèvements de naissains ne compromettent pas l'alimentation des oiseaux marins.
Les naissains, ce sont des concentrations de larves de moules, mâles et femelles, qui s'agglutinent dans une colonne d'eau.
Il nous semble que c'est une décision de bon sens


naissain


Les patrons poussent les hauts cris...


Elle n'est cependant pas du goût des patrons
Le déjà nommé Verbree s'indigne: "Cela signifie que dans les zones concernées, la préservation de la nature prime sur l'intérêt économique"
Ce genre d'individu vendrait Terre et Mer pour leurs maudits profits.
Il argumente: "Une étude (qu'il ne cite pas, évidemment, et qui n'est apparemment pas publiée sur Internet) a prouvé au contraire que la mytiliculture a des effets favorables - de l'ordre de 15% - sur les populations de moules du delta malgré les prélèvement de larves par les producteurs car c'est l'intérêt des mytiliculteurs de protéger les naissains ". Surpêche, connais pas.
Venant d'un tel individu et n'ayant probablement pas eu connaissance non plus de cette étude, l'argument n'a pas convaincu les autorités hollandaises qui vient d'en commander d'autres.


... et les mytiliculteurs s'inquiètent


Si l'étude que cite Verbree est fiable, il devrait être confiant. Hé bien, non, les producteurs de moules de la région de Yerseke s'inquiètent: ils s'attendent en 2010, à une extension des zones protégées. D'autant que d'ici-là, de nouvelles directives européennes auront déjà agrandi (en 2008 ?), dans la zone de Wadden et les eaux du delta, les zones de protection des oiseaux et de préservation de leurs habitats.


Et l'emploi ?


Le gouvernement néerlandais n'a aucun avantage à sacrifier cet élevage séculaire. Mais il veut que les mytiliculteurs investissent dans des techniques innovantes en développant des méthodes propres à leur fournir des naissains d'élevage. Des expériences sont en cours: ils utilisent des systèmes de cordes auxquelles s'accrochent les larves.
Ailleurs, on tente d'élever des larves "à terre" dans des écloseries et des nurseries expérimentales. Ils ont 15 ans pour réussir... si les patrons daignent investir et rogner leurs bénéfices.


Et les consommateurs ?


C'est le dindon de la farce !
En effet depuis un certain nombre d'années, la date du début de la saison est fixée aux alentours du 15 juillet par l'association des producteurs d'Yerseke, capitale de la moule zélandaise. Les Pays-Bas exportent 80% de leur production vers la Belgique et, comme par hasard, c'est à cette période que la plupart des Belges prennent leurs vacances. C'est le modèle du Beaujolais nouveau. L'ennui, c'est que cette date ne correspond en rien au cycle biologique de la moule mais bien à un jeu commercial chaque année plus agressif. Ce n'est qu'en septembre que les moules sont vraiment prêtes à la consommation et que leur rendement (la quantité de chair que renferment les coquilles) est le meilleur. Résultat, en début de saison les moules sont toujours (et de plus en plus) coûteuses.


Pigeons ou consommateurs responsables ?


A vous de choisir. Ou bien vous continuez de participer au système qui vous fait payer les yeux de la tête pour une casseroles de coquilles (280 grammes de moules seulement) ou bien vous dites: NON !
Pour ma part, je vais suivre le conseil de ma grand-mère: je ne mangerai des moules de Zélande que les mois en "R"... du moins si je ne trouve pas des bouchots. Au moins, avec les moules françaises, j'en ai pour mon argent. D'abord, elles sont meilleures, plus goûteuses mais en plus elles sont plus rentables: 350 à 400 grammes de moules pour une casserole d'un kilo.
Alors les "Verts" ? Pigeons et fiers de l'être ou conformes à ce que vous prétendez défendre ?


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Le Soir des 23 et 24 juin 2007
Le site de "Test-Achat"
Le site de "Convention sur la diversité biologique. Centre d'échange d'informations de la Belgique.

05:21 Écrit par Patrice dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sauvez la planete |  Facebook |

29.07.2007

C'est toujours d'actualité


Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent; ce sont
Ceux dont un dessein ferme emplit l'âme et le front,
Ceux qui d'un haut destin gravissent l'âpre cime,
Ceux qui marchent pensifs, épris d'un but sublime,
Ayant devant les yeux sans cesse, nuit et jour,
Ou quelque saint labeur ou quelque grand amour.


Victor Hugo - Les Châtiments

Victor_Hugo

15:29 Écrit par Patrice dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : citation |  Facebook |

02.07.2007

PS et cadastre.


Beaucoup d'encre a déjà coulé pour commenter et analyser la défaite "historique" du Parti socialiste au soir des élections législatives du 10.06.2007. Et il en coulera encore beaucoup.
C'est ainsi que huit "technocrates" (c'est eux qui se baptisent ainsi) du parti à la rose se sont fendus d'un article publié dans "Le Soir" des 30 juin et 1er juillet. Ils tentent de nous faire avaler qu'ils sont avant tout des militants, des femmes et des hommes de terrain.
"Qui sont ces technocrates ?" écrivent-ils. "Ce sont des gens de tous horizons qui ont une expérience professionnelle qu'ils mettent au service d'un combat politique. Parmi eux, on retrouve nombre de militants socialistes issus des mondes associatifs, syndicaux et du secteur privé qui investissent leurs temps et leur énergie dans des activités et des combats citoyens".
Bref, à les entendre, ce sont les nouveaux croisés de la social-démocratie, dévoués corps et âme à la défense des "valeurs de solidarité et de justice sociale", des bénévoles "intègres, efficaces et justes au service de tous les citoyens". Je serai quand même curieux de voir leur fiche de paie.
C'est vrai qu'avec l'âge, ma mémoire n'est plus aussi fidèle qu'autrefois. Néanmoins depuis le quart de siècle que j'arpente en tous sens le "monde associatif" comme ils disent, je ne me souviens pas de les avoir rencontrés. Ni à la manifestation contre le "Pacte des générations", mais il est vrai que nous étions fort nombreux, ni dans les piquets de grève devant VW, ni ailleurs où les travailleurs luttent contre les abus "d'une société chaque jour davantage mondialisée".


pacte


J'ai donc fait appel à Internet. C'est là que je m'aperçus qu'il y avait un malentendu, un quiproquo: leurs mondes et les nôtres n'étaient pas les mêmes !
Ces terrains "d'où nous venons et (...) où nous vivons", comme ils disent, ce sont les milieux universitaires, le monde de l'édition, les cabinets ministériels, sans doute les services clubs. Du beau linge, vraiment.
Nous, ce sont les comités de quartiers (que notre maïeur a rencontrés récemment, merci M. le Bourgmestre), la rue, les comités blancs (en son temps), les soutiens aux "sans" (sans-papiers, sans-logis, sans-emplois), les milieux d'éducation permanente,...
Nous ne fréquentons pas les mêmes lieux, les mêmes personnes, les mêmes luttes, les mêmes problèmes. Nous ne vivons pas non plus dans les mêmes quartiers. Comment voulez-vous que l'on se rencontre ?
Nous ne visitons pas non plus, en période électorale, tous les soupers brochettes-spaghetti-boudins-choucroute, ni tous les marchés pour serrer des mains. Ce ne sont, à notre sens, des endroits où l'on débat sereinement, où l'on prend le pouls de la population.
Et encore si, seul, le quartier général du PS était atteint du même syndrome "intellectualiste". Mais non, il progresse à tous les niveaux et a déjà atteint le communal.
Certains collèges s'entourent maintenant d'une escouade d'universitaires à qui on a fait croire qu'ils étaient l'élite de la société, des experts omniscients. Certains bourgmestres ont même aujourd'hui des "chefs de cabinet", comme les ministres. Et pour payer ces gens-là, comme le chantait si bien Jacques Brel, ils mettent fin aux contrats, déjà précaires, d'employés peu qualifiés mais utiles aux services qui les employaient et dont c'était le seul moyen de subsistance.
En fait pour eux "justice sociale" et "solidarité" s'entend entre gens de bonne qualité, bardés de diplômes.
Non que nous soyons nostalgiques de ce parti qui incarnait jusqu'à la caricature le clientélisme. Ce PS, ancien modèle, où les militants "à leur naissance étaient déclarés à la maison du peuple avant de l'être à la maison communale (...) [qui] sont membres d'une foule d'associations qu'ils gèrent sans contrôle. Sans contrôle et pour le bien exclusif des clients, majoritairement sinon exclusivement socialistes. [Les militants] qui travaillent, in fine, non pas pour le bien de la commune ou de la Wallonie, mais pour le bien du PS à qui ils vouent leur carrière. L'important [étant] de faire vivre le parti, d'aider les camarades des camarades des camarades. La norme [n'existant] que si elle profite au parti", selon le trait, à peine forcé, d'un journaliste de la Libre Belgique du 30.12.2005.
Quoique... Je ne suis pas sûr que ce PS là ait disparu. Et c'est un euphémisme.
Vous écrivez, Mesdames et Messieurs les technocrates, que le "PS ayant connu une défaite le 10 juin, il faut naturellement en comprendre les raisons, en tirer les leçons et notamment se pencher sur notre mode de fonctionnement".
Nous le croyons aussi. Mais il est fort à craindre que ce ne soit qu'un voeux pieux. On ne change pas, du jour au lendemain, des pratiques ancestrales. Trop de monde y perdrait.
En outre, condescendre à demander l'avis des travailleurs serait vous renier, renier votre monde, renier vos relations voire renier vos promesses. Ce serait aussi gommer tout ce que l'on vous a inculqué à longueur d'années universitaires, vous remettre fondamentalement en cause dans ce que qui est devenu votre essence, votre plus solide certitude: l'infaillibilité.

00:27 Écrit par Patrice dans Général | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : politique |  Facebook |

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