10.10.2007

Il a été assassiné le 9 octobre 1967 (5)


L'Homme nouveau et la démocratie socialiste


Dans la construction d'une société réellement socialiste, Che Guevara insistera non seulement sur les changements structurels et économiques à apporter, mais aussi humains: «Le socialisme n'a pas été conçu (...) pour avoir de formidables usines seulement, il se fait pour l'Homme intégral». Pour lui, le socialisme doit instaurer un type d'Homme nouveau, débarrassé de l'égoïsme et de l'individualisme bourgeois: «Pour construire le communisme, il faut changer l'homme en même temps que la base économique». Et, «Si le communisme n'aboutissait pas à la création d'un Homme nouveau, il n'aurait aucun sens» déclarait-il dans un texte célèbre: «Le socialisme et l'Homme à Cuba» (1965). L'abolition de la propriété privée des moyens de production, les mesures sociales radicales, etc. sont des bases essentielles mais non suffisantes pour le socialisme. Il faut également modifier les rapports des hommes entre eux, envers le travail et, en général, c'est la qualité elle-même de la vie qui doit être modifiée. Les progrès matériels doivent être nécessairement accompagnés d'un nouveau sens de la vie, sens guidé par la camaraderie, la fraternité et la solidarité humaine. L'aliénation et les oppressions que subissent l'humanité sous le capitalisme doivent être éradiquées en même temps que l'exploitation économique, sociale et politique. Les mécanismes psychologiques d'oppression et d'aliénation sur lesquelles reposent également le capitalisme sont à combattre. Sur ces points, comme sur beaucoup d'autres, le Che s'affrontait à la conception stalinienne du socialisme pour qui seule l'économie et le développement aveugle du productivisme économique sont importants, le reste ne pouvant venir que par la suite.


Che-Sierra


Che Guevara dans la Sierra Maestra


Mais si le Che comprenait l'importance des facteurs subjectifs et la transformation de la vie quotidienne des Hommes comme devant accompagner nécessairement la construction du socialisme, il n'intégrait pas dans sa conception de l'Homme nouveau, du travailleur socialiste, une notion importante: celle d'une réelle autogestion des travailleurs. Or, le développement d'une conscience révolutionnaire parmi les masses passe bien plus facilement lorsque ces dernières disposent d'un pouvoir démocratique réel sur leur vie (dans tous les sens du terme), lorsque, par exemple, les travailleurs associés décident démocratiquement et d'eux-mêmes les plans productifs, leur finalité, etc. La conception de Guevara de la classe ouvrière en tant qu'avant-garde révolutionnaire nécessite que cette dernière soit réellement maître de son destin, c'est-à-dire qu'elle doit posséder ses propres organes de pouvoirs. Le Che, en 1965, allait tout de même entrevoir ce problème en déclarant qu' «Il est évident que le mécanisme ne suffit pas pour assurer une suite de mesures sensées et qu'il manque un rapport plus structuré avec la masse. Nous devons l'améliorer dans le courant des prochaines années.» ou encore: «il est nécessaire d'augmenter davantage sa participation consciente, individuelle et collective, à tous les niveaux des mécanismes de direction et de production «.Mais il n'aura malheureusement pas le temps de s'atteler à ce travail.


gouvernement cuba


Le Che membre du gouvernement cubain


En 1963, Guevara initie jusqu'en 1964 un grand débat national et international sur les voies économiques à emprunter pour atteindre le socialisme. Le Che est contre la loi du marché, telle qu'elle est pratiquée non seulement dans les pays capitalistes, mais également dans les pays «socialistes» car ces derniers poursuivent «la chimère de réaliser le socialisme à l'aide d'armes ébréchées que le capitalisme nous a légué (la marchandise, comme cellule économique, la rentabilité, l'intérêt matériel individuel)».Dans sa juste conception de la nécessité de créer un Homme nouveau; il est également contre l'utilisation unique de stimulants matériels (primes et récompenses individuelles) pour inciter les travailleurs à mieux produire. A ces derniers, il préfère utiliser des stimulants «moraux» socialistes couplés à des stimulants matériels collectifs: «Le stimulant matériel est l'héritage du passé avec lequel il faut compter mais auquel il faut enlever peu à peu sa prépondérance dans la conscience des gens au fur et à mesure que la société progresse.» («Sur la construction du parti», 1963) Au cours de ce débat, il invite à Cuba l'économiste marxiste Ernest Mandel. Le fait que ce dernier était également un des dirigeants de la IVe Internationale (trotskyste) démontre l'anti-dogmatisme du Che (alors que les communistes staliniens taxent depuis toujours les trotskystes de contre-révolutionnaires)! Le Che était très clair sur l'aspect non-dogmatique du marxisme: "Pour créer une société socialiste à Cuba, il faut fuir comme la peste la pensée mécanique. Celle-ci ne conduit qu'à des méthodes stéréotypées. Le marxisme est une dialectique, un processus d'évolution. Le sectarisme à l'intérieur du marxisme crée un malaise, un refus de l'expérience". A la même époque, il approfondit ses connaissances marxistes et relit « Le Capital" de Karl Marx, qu'il qualifie de "monument de l'intelligence humaine"


Ernest Mandel

Ernest Mandel

21:13 Écrit par Patrice dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : histoire |  Facebook |

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