13.10.2007

Il a été assassiné le 9 octobre 1967 (7)


5. La fin


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Simon BOLIVAR


"Prends, c'est seulement un cœur, Tiens-le dans ta main Et quand le jour viendra, Ouvre ta main pour que le soleil le chauffe" Che Guevara, "El Patojo", 1963.


Déguisé, le Che arrive fin octobre en Bolivie où, avec un groupe de 17 cubains, plusieurs boliviens et autres latino-américains, il tentera d'implanter d'octobre 66 à octobre 67 un foyer de guérilla conséquent. Le choix de la Bolivie (dirigée alors par le dictateur Barrientos) avait une valeur symbolique et stratégique. Symbolique parce que le nom du pays vient de celui de Simon Bolivar, dirigeant des guerres d'indépendance latino-américaines du XIX siècle contre la domination espagnole. Le rêve de ce dernier, jamais réalisé, était d'unir toute l'Amérique Latine en une seule entité politique. Stratégique car le pays se trouve au coeur du continent, ayant des frontières avec 5 autres Etats (Brésil, Paraguay, Argentine, Chili et Pérou). L'idée de faire de la guérilla bolivienne un foyer d'où rayonneraient d'autres guérillas dans les pays précités, avec comme objectif stratégique à long terme la victoire de plusieurs révolutions sur le continent, était évidemment dans l'esprit du Che. Pour ce dernier, le rêve de Bolivar pourrait se réaliser à travers la création des Etats-Unis socialistes d'Amérique Latine. Dans l'immédiat, l'utilité de la guérilla bolivienne était également de contribuer à l'affaiblissement de l'impérialisme qui, à ce moment-là, concentrait une grande partie de ses forces dans la lutte contre le peuple vietnamien. Par rapport à cette question, l'évolution du Che dans sa critique des bureaucraties «socialistes « était fortement avancée. Dans un message adressé à une Conférence internationale qui se tenait en avril 1967 à La Havane, le Che lance son fameux mot-d'ordre: « Il faut créer un, deux, trois, plusieurs Vietnam». Dans ce même message, il n'hésite pas à critiquer fortement l'URSS et la Chine de Mao Tsé-Tung, non seulement parce ces pays n'osent pas aider conséquemment les révolutionnaires vietnamiens (en menaçant de guerre l'impérialisme par exemple), mais également parce les querelles qui divisent ces deux pays affaiblissent à l'échelle mondiale les forces anti-impérialistes: «Le Vietnam est (...) tragiquement seul. (...) La solidarité du monde progressiste avec le peuple du Vietnam ressemble à l'amère ironie que, pour les gladiateurs du cirque romain, signifiait l'encouragement de la plèbe. Il ne s'agit pas de souhaiter le succès de la victime de l'agresseur, mais de partager son sort (...). L'impérialisme américain est coupable d'agression, cela, nous le savons (...). Mais sont aussi coupables ceux qui, à l'heure de la décision, ont hésité à faire du Vietnam une patrie inviolable du socialisme. (...) sont coupables ceux qui poursuivent une guerre d'insultes et de crocs-en-jambe».


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Ernesto Guevara dans la forêt bolivienne


Après plusieurs mois d'activité, la guérilla bolivienne du Che s'enfonce de plus en plus dans l'échec. Les raisons de la défaite sont très diverses, elles tiennent non seulement à des failles dans les conceptions théoriques du Che au niveau de sa stratégie révolutionnaire, mais également à des erreurs tactiques et des évènements conjoncturels. On peut citer au moins 7 éléments importants qui ont contribué à l'échec:


1) Manque total d'un soutien de masse. Durant les 11 premiers mois de la guérilla, pas un seul paysan indien ne fut recruté à la cause. Les indiens vivant dans la région où opérait la guérilla étaient très peu nombreux et très isolés. De plus, il parlaient une langue indienne inconnue des guérilleros. Enfin, une réforme agraire partielle, effectuée quelques années plus tôt, avait donné satisfaction à une couche de ces paysans. Pour toutes ces raisons, ils se méfiaient des guérilleros et beaucoup renseignaient l'armée sur les déplacement des hommes du Che. Ce manque de soutien de masse est sans aucun doute l'élément essentiel de la défaite des révolutionnaires, car, comme le notait Guevara lui-même: «Tenter de mener à bien une guerre de guérilla sans le soutien des masses conduit inévitablement au désastre»


2) Erreur tactique: la zone choisie par le Che avait l'avantage d'être proche des frontières de plusieurs pays mais elle ne répondait pas à la possibilité de créer un véritable foyer de guérilla, capable de créer une situation de double pouvoir territorial. D'abord pour des raisons purement géographiques: la zone était peu cartographiée, la guérilla dû ainsi passer de longs mois en reconnaissances et en relevés topographiques. Ensuite parce que la composition sociale de la région ne s'y prêtait pas. Par contre, si le Che aurait implanté son action plus au nord, les chances auraient été plus grandes car les paysans de ces régions auraient été plus réceptifs à la lutte et, tout près, se trouve une zone de mines comptant des ouvriers mineurs extrêmement combatifs. Une jonction avec ces éléments aurait permis au Che de rompre son isolement et de développer une assise de masse à la guérilla.


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Grève des mineurs boliviens en 2003


3) Hasards de la lutte: le déclenchement du conflit armé, le 23 mars 1967, fut à l'initiative de l'armée, à un moment où la guérilla, en pleine phase d'entraînement et de reconnaissance du terrain, n'était pas encore prête au combat (Guevara estimait que le mois d'août serait le plus favorable). La troupe du Che connu ainsi plusieurs mésaventures graves: le 4 avril, le campement principal de la guérilla tomba aux mains de l'armée, occasionnant la perte de matériel important (et notamment des médicaments contre l'asthme dont souffrait le Che, ce qui allait fortement contribuer à l'affaiblissement physique de Guevara). Ensuite, le 17 avril 1967, la troupe du Che s'est a été scindée en deux et ne s'est plus retrouvée, les deux colonnes étant par la suite poursuivies et anéanties séparément. Le premier groupe sera anéanti le 31 août. Le groupe du Che, le 8 octobre 1967.


4) Adversaire féroce et préparé: l'armée bolivienne était fortement soutenue par les Etats-Unis. Des unités spéciales de lutte anti-guérilla avaient été formées par des instructeurs américains qui eux-mêmes se basaient sur les leçons de Cuba. Les impérialistes américains étaient fermement résolus à écraser au plus vite et par tous les moyens le premier noyau de guérilla. Les «Rangers» boliviens, épaulés par des officiers de l'armée US et des agents de la CIA, furent des ennemis redoutables et impitoyables pour la guérilla.


5) Isolement total par rapport à la ville et manque de soutien de la part du Parti communiste bolivien (stalinien). La guérilla du Che fut purement et simplement abandonnée et laissée à son sort par les dirigeants du PC bolivien. Pour ces derniers, la théorie de la lutte armée était à rejeter, seule comptait l'alliance entre les ouvriers et la bourgeoisie nationale pour lutter contre l'impérialisme et la dictature, les paysans n'intéressaient pas les staliniens. Le Che avait également eu des contacts, inutiles eux aussi, avec le Parti communiste maoïste bolivien. Le fait que Guevara allait lancer la guérilla avant même que ne soit constitué un réseau urbain bien organisé et implanté allait contribuer à l'échec.


Bref, n'ayant aucun soutien des masses paysannes, sans aucun lien ou soutien concret avec le prolétariat des villes, (autre élément essentiel pour la victoire, comme le Che le reconnaissait aussi), mis à part quelques messages ou gestes de solidarité, trahis par ceux qui se réclament du communisme, la défaite du Che était inéluctable, et ce malgré quelques succès ponctuels.


On peut également rajouter, comme l'une des causes de l'échec de la guérilla bolivienne, le manque de compréhension du problème indien. En effet, majoritaires dans la population paysanne bolivienne, le Che ignorait les spécificités de l'oppression des indiens, oppression notamment culturelle. L'absence de connaissance de la langue indienne allait donc fortement handicaper le processus de conscientisation des paysans indiens pour qui les guérilleros n'étaient que des « blancs « de la ville.


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Evo Morales, président indien de la Bolivie d'aujourd'hui


A partir du 26 septembre 1967, plusieurs fois encerclé, tombant dans plusieurs embuscades, le groupe du Che est finalement décimé dans le ravin dit du «Quebrada del Yuro», près du village de La Higuera. Guevara voulait remonter plus au nord et gagner ainsi une région socialement plus «fertile» pour les idées révolutionnaires. Plusieurs hommes sont tués ou blessés dont le Che, qui sera finalement capturé par les «Rangers» boliviens. Transféré au village de La Higuera,, il sera interrogé et identifié par des officiers boliviens qui le laisseront sans soins durant toute une nuit. Le lendemain, vers 10h00, l'ordre d'abattre le prisonnier est donné par les autorités boliviennes, conseillées par la CIA américaine. En septembre 1958, de manière quasi prophétique, Guevara avait déclaré: «Je mourrai le sourire aux lèvres, au sommet d'une colline, derrière un rocher en combattant contre les américains ». Che Guevara, l'ennemi indomptable de l'impérialisme, devait mourir aux yeux des puissants de ce monde... Ernesto Che Guevara, un des plus grands révolutionnaires de ce siècle, que l'on peut sans hésiter placer, de par ses actes et sa pensée, aux côtés de Lénine, Trotsky, Luxemburg et Gramsci, fut donc froidement abattu d'une rafale le 9 octobre 1967 à 13h10.


Le 15 octobre, en direct à la télévision cubaine, Fidel Castro, contenant son émotion, confirme l'information. Le 18 octobre, il déclare: "Devant l'Histoire, les hommes qui agissent comme lui, les hommes qui font tout et donnent tout pour la cause des humbles grandissent chaque jour, ils entrent plus profondément dans le coeur des peuples. Et ceci, les ennemis impérialistes commencent à le percevoir et ils ne tarderont pas à se rendre compte qu'à la longue, sa mort sera comme une graine qui donnera naissance à beaucoup d'hommes décidés à suivre son exemple.»


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Le Che est mort. La lutte continue.


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Che Guevara - Andy Warhol

00:45 Écrit par Patrice dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : histoire |  Facebook |

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