23/12/2008

Vive l'impôt juste !

pavés

L’impôt est le prix à payer pour la civilisation…

L’impôt est un des éléments nécessaires au développement durable de nos sociétés. Sans impôts et cotisations sociales, pas de développement possible : crèches et piscines, écoles ou universités, recherche, culture et formation, transports publics, infrastructures et routes, logements sociaux, Sécurité sociale, pensions, soins de santé…, sont autant de services rendus aux citoyens, par l’État au nom du bien commun ou de l’intérêt général. Ces services sont impayables par la majorité de la population de nos pays s’ils n’étaient subsidiés par des transferts. Grâce à la solidarité et à l’impôt, ils deviennent accessibles à tous, y compris aux sociétés qui investissent et travaillent dans notre pays.
Mais l’État ne va-t-il pas trop loin dans ses prélèvements ? N’existe-t-il pas particulièrement une "rage taxatoire" ?
Trop d’impôt tue l’impôt… À vouloir taxer, on découragerait les initiatives et la volonté de travailler, et en défendant l’impôt n’est-on pas une guerre en retard, à encourager la paperasserie administrative ? Pourquoi ne pas aller vers des systèmes fiscaux plus simples comme la "flat tax" ou un impôt unique ? N’est-il pas normal après tout de vouloir, après une vie de travail, protéger son patrimoine ?

 

impôt

Un sentiment d’injustice …

Depuis les années 80 de la mondialisation néo-libérale, on a assisté en Belgique au développement d’une fiscalité moins progressive, avec entre autres la disparition des plus hautes tranches de l’impôt sur le revenu (IPP), et favorable aux hauts revenus. L’impôt sur les bénéfices des sociétés est passé en quelques années de 40,17 % (encore en 2001) à moins de 25 % avec les intérêts notionnels. Depuis 1982, la taxation portant sur la globalité des revenus (travail + immobilier + rentes mobilières) a disparu. Le système fiscal est ainsi défavorable aux revenus du travail par rapport aux revenus de rentes mobilières (actions, obligations, dividendes…) qui disposent de l’anonymat du secret bancaire fiscal et du précompte libératoire.
Tout cela alimente le sentiment d’injustice du citoyen moyen qui se dit que tous ne contribuent pas de la même manière, ni proportionnellement à leurs revenus …au développement collectif et durable. Finalement, SEULS Mr ET Mme TOUT LE MONDE PAIENT LEURS IMPÔTS !

De nombreuses fraudes importantes restent impunies. Le travail au noir est très élevé (estimé en Belgique à plus de 20% du PIB), par rapport à la moyenne des pays environnants.
Les contrôles fiscaux effectifs sont peu nombreux (en 2006, 1,37 % des indépendants et 3,14 % des sociétés) vu la diminution des moyens consacrés à ceux-ci. Ceci encourage la fraude et l’évasion fiscale estimée entre 20 à 30 milliards d’euros par année. Celles-ci se développent avec l’existence de paradis fiscaux (Luxembourg, Monaco, Suisse, Liechtenstein…) et de tout un ensemble deconseillers fiscaux, bancaires et réviseurs aux comptes soucieux d’optimiser fiscalement les bénéfices des sociétés ainsi que les revenus des grosses fortunes.
Et ce n’est pas fini, de nouvelles réformes fiscales s’annoncent avec le Ministre Reynders…

paradis fiscal

Vive l’impôt juste !

Face à l’individualisme et aux privilèges, l’impôt juste et progressif reste la réponse de ceux qui souhaitent le développement d’une société basée sur des valeurs de solidarité et d’égalité entre citoyens. L’impôt juste et progressif doit permettre la lutte contre les inégalités par :

1 ) la redistribution – Sans Sécurité sociale il y aurait, estime-t-on 2,5 fois plus de pauvreté en Belgique … Le contraste est saisissant : une personne sur six vit en-dessous du seuil de pauvreté de 780 euros (en Wallonie 18 % et à Bruxelles 25 %), mais par ailleurs, 10 % des ménages se partagent plus de 50 % des patrimoines, les patrimoines financiers nets s’élevant à deux fois et demi le PIB annuel, le plus élevé de l’Europe par tête d’habitant … !
Les États (scandinaves par exemple) qui prélèvent comme nous des montants fiscaux importants, connaissent peu de pauvreté et sont tous dans le peloton de tête des indicateurs de prospérité. Par contre les USA ou la Grande-Bretagne à moindre fiscalité, continuent à développer des taux de pauvreté importants. Une fiscalité progressive et redistributrice s’impose donc comme un élément de base d’une société juste et sans violence.

2) des investissements durables – Ils sont nécessaires pour l’avenir de nos sociétés. Suivant de nombreuses études internationales, le degré de formation, de recherche, de développement des infrastructures, la proximité d’un marché sont des éléments très appréciés des investisseurs. L’impôt n’est donc pas un obstacle à l’investissement, il n’en est qu’un des éléments.

 

L’impôt ? c’est un choix de société !

 

pauvrete

François GOBBE,
Kairos Europe et Tax Justice Network (TJN)

 

Pavés n°15 - Juin 2008

20:15 Écrit par Patrice dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : impot |  Facebook |

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