23/11/2009

Plaidoyer contre le voile islamique


Le grand soir


Précision: Mr André Gérin est un député PCF du Rhône, maire de Vénissieux jusqu'au 27/06/2009, co-fondateur du journal "Le Manifeste" il est en opposition ouverte avec la stratégie de la direction actuelle du PCF en animant en autres le réseau "Faire vivre et renforcer le PCF".
Le 8 juin 2009, une soixantaine de députés signent sa demande de création d'une commission parlementaire contre le port du voile intégral (burka ou niqab) en public.
Source: Wikipedia


Andre_Gerin


André Gérin


Lettre ouverte à André Gérin


par Djemila Benhabib, auteure de "Ma vie à contre-Coran : une femme témoigne sur les islamistes" aux éditions VLB


Djemila Benhabib, auteure de Ma vie à contre-Coran : une femme témoigne sur les islamistes , consacrée dans la catégorie “Femmes debout”, a adressé une lettre au député André Gérin, président de la Mission d’information sur la pratique du port du voile intégral.


Monsieur,


J’ai longuement hésité avant de vous écrire. Peut-être, par peur d’être perçue comme celle venue d’ailleurs qui fait indélicatement irruption dans les « affaires françaises ». Au diable les convenances, je n’ai jamais été douée pour la bienséance surtout lorsqu’elle est au service des plus forts, des plus puissants et des plus arrogants. Puis, s’il avait fallu que je vive en fonction du regard des autres, je n’aurais rien fait de ma vie ou si peu. Lorsqu’il s’agit des droits des femmes, nulle convenance ne doit primer sur l’essentiel. L’essentiel étant : la liberté, l’égalité et l’émancipation des femmes. J’entends encore des copines françaises me dirent avec insistance : parle-lui, dis-lui, écris-lui. Étrangement, leurs propos me rappellent le titre de ce magnifique film d’Almodovar, Parle avec elle, où dès les premiers instants le rideau se lève furtivement, pendant quelques secondes, sur un spectacle de danse, mettant en scène le corps d’une femme, celui de Pina Bausch. Elle qui exprimait si bien dans ses chorégraphies crûment la violence exercée à l’encontre des femmes.


Monsieur Gérin, c’est à vous que je m’adresse, je voudrais vous parler, vous dire la peur que j’ai connue le 25 mars 1994 alors que j’habitais à Oran, en Algérie et que le Groupe islamique armé (GIA) avait ordonné aux femmes de mon pays le port du voile islamique. Ce jour-là, j’ai marché la tête nue ainsi que des millions d’autres Algériennes. Nous avons défié la mort. Nous avons joué à cache-cache avec les sanguinaires du GIA et le souvenir de Katia Bengana, une jeune lycéenne âgée de 17 ans assassinée le 28 février 1994 à la sortie de son lycée, planait sur nos têtes nues. Il y a des événements fondateurs dans une vie et qui donnent une direction particulière au destin de tout un chacun. Celui-là, en est un pour moi. Depuis ce jour-là, j’ai une aversion profonde pour tout ce qui est hidjab, voile, burqa, niqab, tchador, jilbab, khimar et compagnie. Or, aujourd’hui vous êtes à la tête d’une commission parlementaire chargée de se pencher sur le port du voile intégral en France.


Djemila Benhabib


En mars dernier, je publiais au Québec un livre intitulé Ma vie à contre-Coran : une femme témoigne sur les islamistes. Dès les premières phrases, je donnais le ton de ce qu’est devenue ma vie en termes d’engagements politiques en écrivant ceci : « j’ai vécu les prémisses d’une dictature islamiste. C’était au début des années 1990. Je n’avais pas encore 18 ans. J’étais coupable d’être femme, féministe et laïque. » Je dois vous avouer que je ne suis pas féministe et laïque par vocation, je le suis par nécessité, par la force des choses, par ces souffrances qui imprègnent mon corps, car je ne peux me résoudre à voir l’islamisme politique gagner du terrain ici même et partout dans le monde. Je suis devenue féministe et laïque à force de voir autour de moi des femmes souffrir en silence derrière des portes closes pour cacher leur sexe et leur douleur, pour étouffer leurs désirs et taire leurs rêves.


Il fut un temps où on s’interrogeait en France sur le port du voile islamique à l’école. Aujourd’hui il est question de voile intégral. Au lieu d’élargir la portée de la loi de 2004 aux établissements universitaires, nous débattons sur la possibilité de laisser déambuler dans nos rues des cercueils. Est-ce normal ? Demain, c’est peut-être la polygamie qui sera à l’ordre du jour. Ne riez pas. Cela s’est produit au Canada et il a fallu que les cours s’en mêlent. Car après tout la culture a bon dos lorsqu’il s’agit d’opprimer les femmes. Ironie du sort, j’ai constaté dans plusieurs quartiers que les jupes se rallongent et disparaissent peu à peu. La palette des couleurs se réduit. Il est devenu banal de camoufler son corps derrière un voile et porter une jupe, un acte de résistance. C’est tout de même une banlieue française qui est le théâtre du film La Journée de la jupe. Alors que dans les rues de Téhéran et de Khartoum, les femmes se découvrent de plus en plus, au péril de leur vie, dans les territoires perdus de la république française, le voile est devenu la norme. Que se passe-t-il ? La France est-elle devenue malade ?


Le voile islamique est souvent présenté comme faisant partie de « l’identité collective musulmane ». Or, il n’en est rien. Il est l’emblème de l’intégrisme musulman partout dans le monde. S’il a une connotation particulière, elle est plutôt politique surtout avec l’avènement de la révolution islamique en Iran en 1979. Que l’on ne s’y trompe pas, le voile islamique cache la peur des femmes, de leurs corps, de leur liberté et de leur sexualité.


burqa


Pire encore, la perversion est poussée à son paroxysme en voilant des enfants de moins de cinq ans. Il y a quelques temps, j’essayais de me rappeler à quel moment précisément, en Algérie, j’ai vu apparaître ce voile dans les salles de classe. Pendant mon enfance et jusqu’à mon entrée au lycée, c’est-à-dire en 1987, le port du voile islamique était marginal autour de moi. À l’école primaire, personne ne portait le hidjab, ni parmi les enseignants, surtout pas parmi les élèves.


Voilà 12 ans que j’habite au Québec dont la devise inscrite sur les plaques d’immatriculation des voitures est « je me souviens ». A propos de mémoire, de quoi la France devrait-elle se souvenir ? Qu’elle est porteuse des Lumières. Que des millions de femmes se nourrissent des écrits de Simone de Beauvoir dont le nom est indissociable de celui de Djamila Boupacha. C’est peu dire. Il ne fait aucun doute pour moi que la France est un grand pays et ceci vous confère des responsabilités et des devoirs envers nous tous, les petits. C’est d’ailleurs pour cela qu’aujourd’hui, tous les regards sont tournés vers votre Commission et que nous attendons de vous que vous fassiez preuve de courage et de responsabilité en interdisant le port de la burqa.


Pour notre part, au Québec, on se souvient qu’en 1961, pour la première fois dans l’histoire, une femme, une avocate de surcroît, est élue à l’Assemblée législative lors d’une élection partielle. Son nom est Claire Kirkland et elle deviendra ministre. En invoquant un vieux règlement parlementaire qui exigeait des femmes le port du chapeau pour se présenter à l’Assemblée législative, on la force à se couvrir la tête pendant les sessions. Elle refuse. C’est le scandale. Un journal titre : Une femme nu-tête à l’Assemblée législative ! Elle résiste et obtient gain de cause.


Claire Kirkland


Claire Kirkland


Il faut comprendre par là que nos droits sont des acquis fragiles à défendre avec acharnement et qu’ils sont le résultat de luttes collectives pour lesquelles se sont engagés des millions de femmes et d’hommes épris de liberté et de justice. J’ose espérer, monsieur Gérin que la Commission que vous présidez tiendra compte de tous ces sacrifices et de toutes ces aspirations citoyennes à travers le monde et les siècles.


Veuillez recevoir, Monsieur, l’expression de mon respect le plus profond.


Djemila Benhabib (02)


Djemila Benhabib

23:59 Écrit par Patrice dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : laicite |  Facebook |

Commentaires

Contre le voile Expérience et citoyenneté Voici le texte que je viens d'envoyer par mail au Médiateur de FRANCE-CULTURE
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Monsieur/ou Madame le Médiareur,
obj : Signes religieux distinctifs

En de nombreuses émissions depuis six mois, revient le thème du voile musulman et de la burka. J'ai constaté que parmi les intervenants figuraient plus d'hommes que de femmes ; la plupart de ces messieurs, au nom de la tolérance ou reconnaissance d'autres cultures, n'hésitent point à en louanger l'apparition sur le territoire de la République française. Permettez que je proteste très vivement, ce, à trois titres :
A) En tant que citoyenne d'un Etat Laïque que j'ai servi pendant 26 ans, autant que je n'apprécie guère les autres signes religieux trop visibles en France et dans l’UE. (en Grèce, interprète occasionnelle au tribunal, je refuse de jurer sur l'Evangile), autant il m'insupporte de voir dans nos rues une femme affichant de plein gré ou contrainte ses appartenances religieuses. En ce cas, il n'est même pas besoin de légiférer, puisqu'il existe une loi napoléonniène sur les MASQUES ; il suffirait donc de la sortir des cartons d'archives et de la revivifier pour interdire ces pratiques agressives envers la laïcité française et le citoyen en général.
B) En tant que femme, je suis outrée par ces pratiques qui de façon frontales ou insidieuses portent atteinte à l'intégrité de la femme, l'enclosent dans des chiffons avec toutes les conséquences psychologiques qui s'en suivent, particulièrement l'hypocrisie des pouvoirs, les chemins sinueux qu'adopte traditionnellement la gent féminine voilée pour parvenir à ses fins. Croyez que, si je ne souhaite pas pousser plus avant l’essai psychanalitique, je sais parfaitement de quoi je parle, ayant dû travailler deux ans dans le sud algérien où s’impose le voile avec un seul œil découvert pour se diriger— coutume à laquelle je dus me plier, si je ne voulais pas recevoir des jets de pierres sur le marché.
C) En tant qu'écrivain polyglotte, et traductrice aujourd'hui, mon regard acéré note l'intérioté des passants. Voilà donc un simple exemple récent qui parlera mieux qu'un discours de principe.
Voici 5 jours, je me promenais au bord de mer sur la jetée ; devant moi avançait un couple grec dont la jeune fille laissait au vent ses cheveux brillants, magnifiques ; en face de nous vint un couple syrien (ayant aussi travaillé avec des Libanais et syriens, je les reconnus pour tels), dont le mari faisait rouler la poussette à bébé, et dont la femme au foulard sans un cheveu à dépasser avait l'air de s'ennuyer ferme ; nous croisant, les Grecs devant et moi cinq mètres en retrait, la dame au foulard tourna vers nous la tête et, à trois reprises son chemin passé, se retourna, les yeux fixés sur la chevelure … Je vous laisse à penser que beaucoup parmi ces messieurs instruits qui hantent vos émissions, beaucoup dis-je eussent, s'ils s'en souviennent récité à mi-voix LA CHEVELURE de Baudelaire… je vous laisse aussi à conclure de la douleur muette de la dame au foulard ;
Enfin, en tant que femme toujours et citoyenne, on ne peut oublier le combat que conduisirent nos aînées en France contre les abus du patriarchat. Ma grand-mère était institutrice avant 1914, et n'avait légalement pas droit à un chéquier jusqu'au milieu du siècle !
Que de temps a-t-il fallu pour un semblant de parité ! Il n'est pas question aujourd'hui pour tout être humain sensé de se laisser entraîner dans la pire des régressions ! Que ces messieurs universitaires ou journalistes qui font de l'humiliation de la femme leur fond de commerce, s'appliquent eux-même ce qu'ils pesent ou disent penser bon pour la femme : le voile, et intégral si possible ! On verra combien de temps ils tiendront !
Ceci n'est point un billet d'humeur, mais une réponse globale à plusieurs émissions de France Culture abordant le sujet, émissions dont je vous laisse à contôler, vous priant de diffuser auprès d'icelles ce droit de réponse, et attendant la vôtre sur mon mail sus-indiqué.
Avec mes remerciements et mes respects
Hélène RICHIER

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Écrit par : RICHIER | 19/02/2010

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