26/11/2009

Les hommes politiques, valets des patrons. Dernier épisode en date.

 

eco89


l y a de l'indécence dans l'air. Celle du ministre de l'Industrie Christian Estrosi, qui parle de « courage » pour justifier la demande du nouveau PDG d'EDF de doubler son salaire par rapport à celui de son prédécesseur. Celle d'Henri Proglio, qui débarque à la tête d'une entreprise de service public en exigeant de maintenir ses avantages financiers acquis dans une des grandes multinationales privées françaises.
Ministre d'un Président qui prône sur la scène internationale la moralisation du capitalisme et la modération des revenus, Christian Estrosi a déclaré mercredi matin sur France 2 :


« Il faut faire preuve d'un peu de courage si nous voulons avoir les meilleurs capitaines d'industrie pour diriger nos plus grandes entreprises. »

 

http://www.dailymotion.com/video/xb9rt8_estrosi-avoir-le-...

 

Quel argument ! Que Christian Estrosi avance la nécessité de payer au prix fort de grands « capitaines d'industrie » est une chose. Mais mettre en avant le « courage » qu'il y aurait à doubler le salaire du PDG d'une entreprise d'Etat en pleine période de crise, alors qu'un demi-million de personnes ont perdu leur emploi ? Ce mot noble vient d'être dévalorisé au rang de carpette par un ministre de la République.


L'opinion publique est-elle choquée ?


Ajoutant la maladresse à l'indignité, Christian Estrosi souligne qu'avant d'accepter la demande d'Henri Proglio, il conviendra de s'assurer que « ça ne choque pas l'opinion publique ».


Comment faudra-t-il faire passer le message aux hautes sphères de l'Etat ? Faudra-t-il commander un sondage de plus payé par l'Elysée, ou cette déclaration n'est-elle pas une invitation à aller manifester sous les fenêtres du ministre de l'industrie ?


Dans les Echos, lundi, Henri Proglio négociait en public son salaire à la veille de sa nomination, ce mercredi, en Conseil des ministres :


« Si je pouvais garder le niveau de revenu que j'avais chez Veolia, il me semble que ce ne serait pas choquant en soi pour une entreprise qui pèse 70 milliards d'euros en Bourse. »


Le salaire de Proglio à Veolia, c'était la bagatelle de 1 617 207 euros en 2008. Par comparaison, le salaire de Pierre Gadonneix, le précédent PDG d'EDF, n'était « que » de 765 731 euros en 2008, hors part variable.


L'argument le plus déconcertant de Christian Estrosi, dans son entretien avec Christian Sicart, son interviewer de France 2, a été de lui dire que s'il avait des responsabilités nouvelles mais qu'on lui disait qu'il serait moins payé, il le vivrait mal… Comparer le salaire d'un journaliste avec celui de l'un des patrons les mieux payés de France sur le ton du « bon sens près de chez vous » a tout de la démagogie.


Valeurs du privé et valeurs du public


Henri Proglio, un patron « politiquement incorrect » selon son portrait dans Les Echos, est sans doute un « capitaine d'industrie » aux compétences incroyables : ce n'est pas l'objet du débat. En prenant la tête d'une entreprise de service public, il s'honorerait à donner un sens aux mots, et à ne pas se comporter comme le chef d'une entreprise du privé… qu'il est, de fait, resté, conservant un pied chez Veolia, et un autre chez EDF.


Si le mot « courage » avait un sens, c'est là qu'il trouverait sa valeur : non pas en défendant l'indéfendable comme l'a fait notre ministre en service commandé venu soutenir l'introduction dans le secteur public les valeurs du privé, surtout lorsque ces valeurs sont dénoncées par les mêmes, par ailleurs, comme étant au coeur de la crise de système que nous sommes en train de vivre.


Par Pierre Haski | Rue89 | 25/11/2009

 

 

 

21:24 Écrit par Patrice dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : capitalisme |  Facebook |

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