21/07/2010

Quitter Facebook, vraiment ?

Une mise au point préalable. Je ne suis pas un "Facebooker" acharné. Je suis très très loin des 55 minutes quotidienne de présence sur Facebook, ce qui semble être la moyenne. Je ne "collectionne" pas particulièrement les "ami(e)s" et je me fous complètement de savoir combien les autres en ont. Je considère Mark Zuckerberg comme un patron comme les autres, c'est-à-dire comme quelqu'un qui est d'abord assoiffé de profits.

Mais je m'étonne quand même de cet acharnement des médias à l'égard du plus grand réseau dit "social". Pourquoi lui et pas les autres ?

Est-ce parce que c'est le plus grand et qu'il s'expose ainsi au syndrome du premier de classe ? Est-ce un "grand complot" ? Ou Facebook fait-il peur ? Et si oui, pourquoi et à qui ?

Examinons, les "10 bonnes raisons de quitter Facebook", article publié par Le Vif-L'Express le 25 juin 2010. Papier qu'il faut d'autre part souvent lire au second degré.

La première invoquée: "Trop popu". Les élites autoproclamées qui nous gouvernent, très mal d'ailleurs, avouent, enfin, qu'elles ne veulent plus se commettre avec la canaille, les gueux. Donc quitter FB devient un "must", une obligation sociale, si ces fils amnésiques de prolétaires, veulent rester entre eux. Si nos universités et nos grandes écoles cultivent ces préjugés de caste, il est de notre devoir de s'interroger sur leur façon de penser et d'enseigner. Ces gens-là doivent savoir qu'ils sont au service de la population et non le contraire.

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Chronophage ? Certes. S'il est, parfois, intéressant voire instructif de dialoguer avec les membres de son groupe, il est vrai que, la plupart du temps, le contenu des messages est navrant. Désespérants les jeux idiots, les prédictions bidon, les "cadeaux" virtuels débiles et autres salades qui constituent la majorité écrasante des flux du réseau. Pour autant, est-on sûr et certain qu'une avalanche de désinscriptions ferait remonter, ne fût-ce que de quelques millimètres, le niveau culturel moyen des internautes ? Est-on absolument convaincu qu'ils passeraient leur temps libéré à s'occuper de leurs enfants, à pratiquer le badminton ou la pétanque, à boire un verre avec ses potes ( ou se saouler et se faire appeler Jules par leur légitime en rentrant aux petites heures), à dévorer des bouquins de philo ou de n'importe quoi d'autre d'ailleurs ? Personnellement, je suis très sceptique. Je crois plutôt que l'audience des chaînes de télé publicitaires remonterait de 55 minutes par jour en moyenne.
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L'addiction ? Oui, peut-être, possible, probable même dans le chef de certain(e)s. La tendance narcissique et exhibitionniste est un fait mais qui s'exprime à travers d'autres moyens informatiques, les blogs, par exemple. Faut-il aussi crier haro sur les blogs ?

Le non respect de la vie privée ? C'est le parfait argument de la mauvaise foi. Celui ou celle qui dépose une information, une réflexion, un coup de gueule sur la Toile sait que beaucoup de gens peuvent y avoir accès. Rien ni personne ne vous oblige à étaler vos états d'âme ou vos préférences politiques, religieuses, sexuelles ou gastronomiques. La responsabilité des internautes est entière et doit être assumée. C'est un peu comme si vous vous présentiez aux élections mais en désirant que personne ne le sache ! C'est idiot au carré.

Cause de divorce ? Si un conjoint est volage, personne n'est capable de l'en empêcher. Que FB accélère la croissance du ver qui est dans le fruit conjugal, c'est probable, mais ce n'est pas le réseau qui a accouché de la bestiole. Les divorces sont en augmentation constante depuis des années, bien avant la démocratisation des moyens informatiques. Il faut donc chercher ailleurs les causes de ce phénomène social.

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Big Brother des patrons ? Le phénomène ne prouve qu'une chose: la démocratie s'arrête aux portes des entreprises et des administrations. C'est ça qui est inacceptable ! Les travailleurs n'ont pas besoin d'écorner la sacro-sainte image de marque des sociétés, elles s'en chargent bien toutes seules. Que peut, par exemple; dire quoi que ce soit de plus horrible sur Renault que ce qu'a déclaré son patron, Louis Schweitzer: " Renault n'a pas d'autre choix que de faire le bonheur de ses actionnaires " ? Qui, après de tels propos, peut encore croire aux mensonges éhontés des publicités ? Nous pouvions espérer qu'après la crise de 2008, le patronat, qui en porte l'entière responsabilité, ferait profil bas. Que nenni, c'est, au contraire, l'esprit de revanche qui l'anime. Des travailleurs sont licenciés pour avoir exercé leur liberté de parole ? C'est l'employeur qui doit être sanctionné. Sévèrement.

Les dérives ? Oui, bien sûr. Un mort, je ne sais plus où, à cause d'un apéro géant. C'est une tragédie que l'on aurait pu éviter. Donc, si nous suivons cette logique, il faut aussi interdire les manifestations sportives, notamment les matches de football, les courses cyclistes, les rallyes automobiles et, en fait, tous les rassemblements populaires, y compris le carnaval de Binche. Toutes ont, en effet, leur lot de cadavres dans leur placard. Et toutes coûtent cher à la collectivité.

L'extrême-droite ? Croyez-vous vraiment que les fachos de tous poils ont attendu FB pour se manifester sur Internet ? Ne soyons pas naïfs ! Faut-il le tolérer ? Non, bien sûr. Sommes-nous prêts à y mettre les moyens matériels et  humains ? Non, évidemment.

Et si le problème était ailleurs ? Les Facebookers ont prouvé qu'ils étaient capables de rassembler beaucoup de monde au même endroit, au même moment. N'est-ce pas cela qui fait peur à nos dirigeants ? Depuis la réunion chahutée de l'OMC à Seattle en 1999, ils craignent comme la peste que grâce à Internet, le mouvement social prenne de nouveau son envol. Ce n'est sans doute pas par hasard que l'offensive contre FB intervient en même temps que l'attaque frontale patronale et politique contre nos systèmes de sécurité sociale. Voilà la grande peur de nos gouvernants.

Ce n'est pas par hasard, non plus, "qu'une partie importante de la formation pratique [des forces de police] est consacrée à la gestion et à la dispersion des manifestations, avec la cavalerie, les chevaux de frise, l'autopompe ou tout simplement à l'aide de matraques et de boucliers" (Le Vif-L'Express du 16 juillet 2010, p.44). Ben voyons.

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Preuve s'il en est qu'ils connaissent mal Facebook. Sinon, ils verraient que, à de rares exceptions près, les adhérents des réseaux sociaux sont parfaitement inoffensifs.

Reste quand même le problème de la sécurité informatique. Mais, là comme partout, c'est d'abord une question de bon sens. Ne jamais publier des données sensibles ( son numéro de carte de crédit par exemple) est évident. Ne faut-il pas, en outre, chercher dans l'idéologie dominante la cause de cette dérive ? " Gagner" et "consommer" ne sont-ils pas les maîtres mots du capitalisme ?

Quitter cette idéologie mortifère n'est-il pas le meilleur remède ?

23:51 Écrit par Patrice dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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