21.11.2009

Dette et migration


cadtm


Certains pays riches ont considérablement profité d’une main d’œuvre bon marché grâce à l’immigration tant légale qu’irrégulière. C’est particulièrement vrai lors de l’apogée du secteur de la construction en Espagne. Cette main d’œuvre, appelée à la rescousse dans les années 1970-80, a provoqué une forte croissance des grandes entreprises du secteur, sans pour autant améliorer les conditions de vie des travailleurs. Maintenant que la construction est au ralenti et que la crise s’approfondie, des milliers d’ouvriers sont licenciés. Jusqu’en mars 2009, les compagnies de la construction, qui avaient engrangé plus de 15 milliards de bénéfices en 2007 et 2008, ont énormément licencié. Ce sont quelques 449 600 nouveaux chômeurs en un an (premier trimestre 2008 au premier trimestre 2009) qui sont venus grossir les rangs des 743 700 chômeurs de la construction. |1|


chomage (01)


Conséquence de la crise, le nombre de chômeurs en Espagne a doublé en un an passant d’un peu plus de deux millions au premier trimestre 2008 à plus de quatre millions un an plus tard |2|. Disposant d’une réserve de main-d’œuvre plus que nécessaire, les pays européens tentent dorénavant de freiner l’arrivée de migrants par le renforcement des contrôles migratoires et l’augmentation de la répression, en vue de faciliter leur déportation. La honteuse « directive retour », adoptée par les 27 pays de l’Union Européenne en juin 2008, prévoit la possibilité d’incarcérer dans des centres de rétentions jusqu’à 18 mois, et sans aucune forme de procès, des migrants sans papiers avant leur expulsion. La France avait déjà voté la loi Hortefeux en 2007 rendant les conditions d’immigrations plus difficiles et introduisant la possibilité de pratiquer des tests ADN pour vérifier les liens de filiation. Suivant le même mouvement, l’Espagne vient d’adopter une troisième réforme législative de sa controversée « ley de extranjeria » qui augmente de 50 à 60 jours le temps légal de détention des sans papiers et criminalise les personnes aidant au séjour d’étrangers par des amendes allant jusqu’à 10 000 euros.


directive retour


Le retour pose de nombreux problèmes dont celui de revenir humilié et sans espoir dans un pays frappé de plein fouet par la dette, celle-ci provoquant une hémorragie financière, qui, asphyxiant les services publics vitaux, encourage de nouveaux départs : la boucle est ainsi bouclée. La cause du phénomène réside bien dans la pauvreté structurelle encourageant l’exode et non dans nos politiques d’accueil et d’expulsion.


Nous savons que les pays riches, par l’entremise de leurs multinationales pillent les ressources des pays injustement appelés « pays pauvres ». Une fois la plus-value réalisée sur le dos des travailleurs, ces mêmes multinationales peuvent exporter leurs bénéfices vers les maisons mères situées la plupart du temps au nord industrialisé. En 2008, ces multinationales implantées au Sud ont rapatrié 298 milliards de dollars de bénéfices au Nord. Il ne restera pour le pays dit « pauvre », qu’une maigre part de la richesse extraite de son sol avec laquelle il devra rembourser une dette dont il est devenu l’esclave économique. En effet, lorsque l’on compare les flux d’argent entrants destinés en nouveaux prêts et dons avec les capitaux sortants en remboursements du capital et intérêts, il y a bien un envoi de capitaux vers les supposés créanciers du Nord. Cela entraine une réelle hémorragie financière que nous appelons « transfert net de la dette » |3| : les pays du Sud ont ainsi destiné 18,9 milliards de dollars aux pays riches, en ce qui concerne la dette extérieure publique en 2007. Il faut souligner que pour aider leurs familles restées dans ces pays saignés aux quatre veines par la dette, les immigrés envoient plus du double de la « généreuse » Aide publique au développement (APD). APD aux pays du Sud qui, soit dit en passant, n’atteint même pas les 0,7 % du RNB promis en 1970. Les immigrés ont ainsi envoyés 251 milliards de dollars en 2007 dans leurs pays d’origines, comparés aux 104 milliards de dollars d’APD. Les pays en développement (PED), ont remboursé (service de la dette publique interne et extérieure) le chiffre hallucinant de 800 milliards de dollars à leurs créanciers en 2007, ce qui correspond à la somme calculée par différentes institutions de l’ONU nécessaire à la satisfaction des besoins humains fondamentaux pour toute la planète pendant dix ans. Cette somme faramineuse, au lieu de la destiner à l’éradication de la pauvreté, va directement aux créanciers. Les États destinent donc une part de leur budget, souvent beaucoup plus importante, au remboursement de la dette que pour leurs services publics de santé ou d’éducation |4|. Enfin, le piège de la dette ne serait pas complet si nous n’ajoutions les conditions qui accompagnent ces prêts. Ces conditions, dénommées « Plans d’ajustement structurel » (PAS), dictent les politiques économiques du pays endetté, sous la supervision du FMI, lui dérobant ainsi toute souveraineté. Les ajustements imposés tendent à supprimer les subventions aux produits de première nécessité entrainant des émeutes dites « de la faim » et prescrivent, entres autres, les privatisations qui aboutissent à l’augmentation inéluctable des tarifs. Dans un tel contexte, il parait difficile de survivre dans ces pays pillés dits « en développement » et la population fuit la pauvreté structurelle à la recherche de meilleures conditions de vie.


pillage


Selon l’agence des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR), il y aurait sur les quelques 200 millions de migrants, 67 millions de personnes obligées de fuir leur foyer (migration forcée) en 2008 |5|. La plus grande partie des déplacés ou réfugiés sont des conséquences de conflits armés (26 millions) ou de désastres naturels (25 millions). Contrairement à une idée reçue, les réfugiés se déplacent majoritairement dans leur propre pays ou vers un autre pays du sud voisin et non en Europe |6|. Le pays qui a le plus accueilli de réfugiés est le Pakistan avec 1 780 900 personnes en 2008. Les pays européens arrivent bien après avec l’Allemagne à la quatrième place (582 700 refugiés) |7|. L’Europe n’est pas le refuge de la misère du monde comme se plaise à le dire certains pour justifier la politique migratoire en cours. Rappelons que la France a expulsé 23 200 « étrangers » ou sans papier en 2007 et plus de 29 000 en 2008 |8|. L’Espagne reçoit une pression constante des membres de l’Union européenne pour freiner l’arrivée d’embarcations depuis l’Afrique. Frontex est l’organisme de surveillance des frontières extérieures de l’Union européenne, créé en 2005, chargé de réaliser des activités d’ « interception » et « déviation » sur les côtes d’Afrique occidentale. Est-ce pour réduire les statistiques alarmantes de l’immigration que Frontex a vu son budget exploser, passant de 6 à 35 millions d’euros en trois ans |9| ? Certaines ONG, ne pouvant surveiller toutes les opérations de Frontex en mer, s’inquiètent de possibles exactions aux droits de l’homme.


immigration


L’Espagne destine quelques 700 millions d’euros à l’aide au développement de l’Afrique occidentale |10|, mais cette assistance est conditionnée à l’adoption d’accords de réadmission. En clair, l’Espagne augmente son aide publique au développement (APD) en échange d’un accord de principe sur l’accueil d’immigrés expulsés. Encore une mesure comptabilisée dans l’APD bien qu’elle n’aide aucunement au développement dudit pays. Un des points d’entrée de l’Espagne et de l’Union européenne, les îles Canaries, ont reçu une grande quantité de migrants par mer durant les dernières années depuis l’Afrique occidentale et septentrionale : plus de 30 000 seulement en 2006. Ce chiffre inclut plus d’un millier de mineurs non accompagnés, venant du Sénégal, Maroc, Mali, Mauritanie et autres pays d’Afrique subsaharienne. Bien que ces chiffres aient légèrement baissé en 2007 (serait-ce dû à l’augmentation des expulsions des opérations Frontex ?), on peut craindre le pire avec les conséquences de la crise alimentaire et financière. On estime entre 400 et 1 000 par an le nombre de personnes, victimes invisibles, qui meurent dans ces trajets.


Comme nous l’avons vu à Ceuta et Melilla en 2005 |11|, ce n’est pas en construisant des murs pour fortifier notre riche Europe que l’on arrêtera la pression migratoire pour échapper à des conditions de vie indignes. Les candidats à l’émigration dans l’espoir de sauver leur famille restée sur place continueront à affluer aux portes des pays occidentaux tant que nous n’aurons pas résolu le problème de la pauvreté. La solution à l’émigration ne réside donc pas dans le contrôle des frontières et la répression allant jusqu’à la déportation, mais bien dans le respect de la dignité humaine au Nord comme au Sud.


16 novembre par Jérome Duval


pillage (03)


|1| Público, 20 juillet 2009.


|2| Selon l’INE (Instituto Nacional de Estadísticas), il y avait 2.174.200 chômeurs au premier trimestre 2008 contre 4.010.700 au premier trimestre 2009.


|3| Le transfert net de la dette est la différence entre le service de la dette (remboursement du capital et des intérêts) et les sommes reçues en dons et nouveaux prêts sur la même période.


|4| En 2006, l’Equateur a consacré 38% de son budget au remboursement de la dette, alors que la part du budget destiné à l’ensemble des dépenses sociales représentait 22%. (Millet Damien, Toussaint Eric, « 60 Questions, 60 réponses sur la dette le FMI et la Banque mondiale », Syllepse, 2009. p.27)


|5| Il faut ajouter à ce chiffre les 4,7 millions de refugiés Palestiniens sous le mandat de l’UNRWA et qui ne sont pas comptabilisés par l’UNHCR.


|6| De ces 67 millions de déplacés, il y en a 51 qui sont des déplacés internes (dans le même pays)


|7| Lire le rapport : 2008 Global Trends, UNHCR, 2009.


|8| Papa Faye : http://www.cadtm.org/Migration-et-developpement-de-l#nh7.


9| Site de Frontex : http://www.frontex.europa.eu/finance/


|10| ACNUR :http://www.eacnur.org/media/docs/ACNUR_EVALUACION_CANARIA...


|11| Les polices espagnoles et marocaines ont tiré sur des centaines de personnes, migrantes et demandeurs d’asile, qui tentaient de traverser les murs les séparant de Ceuta et Melilla. Plusieurs dizaines de personnes sont mortes, assassinées pour avoir tenté de franchir une frontière.

19.11.2009

Le capitalisme malade de sa gourmandise


voltairenet


Les excès de quelques banquiers sans scrupules sont-ils responsables de la crise financière mondiale, comme le prétend le président Obama ou l’arbre cache-t-il la forêt ? Les données réunies par l’économiste Éric Toussaint montrent qu’au contraire la crise est l’aboutissement d’un long processus de transformation des règles économiques depuis les années 80. Le capital est toujours mieux rémunéré, le travail toujours moins. Après avoir dévasté les pays du Sud, cette logique détruit à leur tour les pays du Nord. La crise est donc systémique. Qu’on le veuille ou non, elle marque un paroxysme dans la lutte des classes. Faute de changer les règles de répartition des richesses, de vastes affrontements sociaux deviennent inévitables.


Eric Toussaint


Eric Toussaint du Comité Pour l'Annulation du Tiers-Monde (CADTM)


Après la Seconde Guerre mondiale, les années 1950-60 sont marquées, au Nord, par une période de forte croissante économique (les « Trente glorieuses ») qui permet aux travailleurs d’obtenir par la lutte des avancées sociales importantes : nette augmentation du pouvoir d’achat, consolidation du système de sécurité sociale, amélioration des services publics en particulier dans l’éducation et la santé… L’État procède aussi à bon nombre de nationalisations, ce qui renforce son pouvoir d’intervention économique. Les populations profitent davantage de la richesse créée à l’échelle nationale et la part des salaires dans le revenu national augmente.


Dans le même temps, au Sud, alors que les pays latino-américains sont en phase d’industrialisation rapide, l’indépendance —au moins officielle— de la plupart des pays asiatiques et africains est proclamée. Certains d’entre eux ébauchent une véritable autonomie politique et économique : les uns, comme l’Inde, l’Indonésie et l’Égypte, tout en respectant le système capitaliste ; les autres, comme la Chine, Cuba et le Vietnam, optaient pour la rupture avec celui-ci. Mais la majorité des pays nouvellement indépendants sont en fait encore largement soumis aux autorités d’une grande puissance, souvent l’ancienne puissance coloniale.


La dette est l’un des plus puissants vecteurs de cette soumission : au moment où l’administration et l’armée des pays colonisateurs doivent quitter physiquement les pays ayant acquis leur indépendance, les gouvernements de ces derniers sont fortement incités à s’endetter massivement, les créanciers ignorant —voire encourageant— les détournements d’argent par les classes dirigeantes locales. Les pays du Sud, de plus en plus endettés, doivent produire de plus en plus pour exporter et récupérer les devises destinées aux remboursements. Ce faisant, ils se font concurrence entre eux en mettant sur le marché des biens primaires (coton, café, cacao, bananes, sucre, arachide, minerais…) dont a besoin l’économie des pays du Nord. Cette surproduction va se révéler dramatique quant à l’évolution des cours, d’autant que les pays du Nord connaissent à partir de 1973 la première grande récession depuis la Seconde Guerre mondiale.


dette_du_tiers_monde


Les années 1980 ont marqué un bouleversement des rapports de force, tant entre pays les plus industrialisés et pays de la périphérie qu’entre capitalistes et salariés. C’est le résultat de la combinaison de plusieurs facteurs :
1. le coup de Paul Volcker, actuel conseiller économique de Barack Obama, qui augmenta brutalement les taux d’intérêt à partir de la fin de l’année 1979 quand il était directeur de la Réserve fédérale des États-Unis ;
2. le contre-choc pétrolier de 1981 qui mit fin à une politique de prix élevés des matières premières favorable aux pays de la périphérie qui en sont exportateurs (tous les prix des matières premières et des produits agricoles connurent une tendance durable à la baisse de 1981 jusqu’au début des années 2000) ;
3. l’offensive généralisée des gouvernements de Margaret Thatcher et Ronald Reagan contre les salariés, le tout dans un contexte de crise économique généralisée en 1980-1982. Les rapports de force se sont nettement détériorés pour les pays de la périphérie ainsi que pour les salariés.


Acculé à rembourser de plus en plus avec des recettes en baisse, le Mexique, suivi plus tard par d’autres pays d’Amérique latine, doit stopper momentanément le paiement de la dette en août 1982 : c’est la « crise de la dette », qui va toucher tous les pays du Sud au fil des ans. Le nœud coulant se referme autour du cou des peuples du tiers-monde. Par la suite, le stock de la dette extérieure publique des pays en développement (PED) s’accroît rapidement.


detteafrique


Des transferts massifs s’opérèrent des pays de la périphérie vers les pays les plus industrialisés, notamment via le remboursement de la dette. De positif, le transfert net sur la dette devint négatif au milieu des années 1980 : les pouvoirs publics des pays en développement (PED) durent rembourser beaucoup plus chaque année que ce qu’ils recevaient comme nouveaux prêts de la part des créanciers, sans réussir pour autant à se désendetter. Au contraire, le stock de la dette ne fit que s’accroître.


dette_du_tiers_monde (02)


L’augmentation du volume de la dette publique et des montants à rembourser affecta aussi durablement les pays les plus industrialisés, ce qui entraîna au Nord un transfert massif des revenus des salariés au bénéfice des capitalistes. En effet, les gouvernements remboursent les dettes qu’ils ont contractées auprès des banques privées et des autres investisseurs institutionnels (assurances, fonds de pension privés, « mutual funds ») en prélevant une part de plus en plus importante sur les impôts qui sont principalement payés par les salariés. Depuis les années 1980 jusqu’à aujourd’hui, les gouvernants néo- ou social-libéraux ont constamment réduit les impôts payés par les capitalistes, ce qui augmenta la part des impôts provenant des travailleurs dans l’ensemble des recettes fiscales servant à payer la dette.


Dans les pays les plus industrialisés (c’est vrai également dans les pays du Sud), le patronat multiplia les agressions contre les salariés afin de faire remonter substantiellement leurs bénéfices et, relayé par les gouvernements, il réussit à atteindre son objectif.


Impôt


De son côté, la part des salaires dans le produit intérieur brut connut une chute accentuée également à partir de 1981-1982 (la tendance baissière qui avait commencé en Europe avec la grande récession de 1974-1975 s’approfondit à partir de 1981). Inversement, la part des revenus empochés par les capitalistes augmenta.


Si on ajoute le Japon et les quelques autres pays industrialisés aux États-Unis et à l’Europe occidentale, on constate grosso modo le même type d’évolution. La masse des salaires en proportion du PIB commença à baisser à partir de 1974-1975. La baisse s’accentua brutalement à partir de 1982.


La grande transformation des années 1980 se manifesta également par la distance croissante qui sépare le taux de profit (qui augmente) du taux d’accumulation (qui baisse). Exprimé de manière simple : à partir de 1980, une part croissante des profits n’est pas investie dans la production, elle est consommée par les capitalistes ou est déviée vers la sphère financière en lien avec un comportement de rentier.


spéculation


Une autre évolution complète la grande transformation : aux États-Unis, alors que la part des salaires diminue dans le produit intérieur brut, la consommation privée augmente fortement à partir de 1981-1982. Cela signifie deux choses :
1. les salariés financent de plus en plus leur consommation en s’endettant. Ce sont les 20 % de ménages les plus pauvres qui ont le plus augmenté leur endettement (de 90 % entre 2000 et 2007) : c’était le maillon faible du dispositif, le public naturel des subprimes ;
2. les capitalistes consomment de plus en plus en utilisant une part croissante de leurs profits dans des dépenses somptuaires. Mais ils s’endettent aussi. En effet, en masse de crédit, les 20 % les plus riches ont contribué à eux seuls à la moitié de la progression de la dette des ménages enregistrée entre 2000 et 2007. Les riches se sont endettés pour spéculer en Bourse ou dans d’autres secteurs comme l’immobilier tant que les prix étaient à la hausse.


endettement


Aux États-Unis, la consommation s’est fortement accrue alors que la masse salariale a baissé. Au sein de l’Union européenne, la part des salaires a baissé de manière plus importante tandis que la consommation s’est maintenue. La différence entre les États-Unis et l’Union européenne en ce qui concerne l’évolution de la consommation tient au fait que si l’on excepte la Grande-Bretagne, l’Espagne et l’Irlande, l’endettement des ménages est resté nettement inférieur à celui des États-Uniens (même s’il progresse également). Donc il a financé la consommation dans une moindre proportion.
Aux USA, ce sont les banques, les assurances et les autres investisseurs institutionnels qui ont connu une forte croissance de rentabilité tandis que le taux de profit du secteur industriel a moins progressé.


subprime (02)


Loin d’être un accident économique ou la conséquence des errements de quelques-uns, il s’agit de la suite naturelle de la logique qui prévaut dans le système capitaliste. De plus, comme le dit Michel Husson : « La finance n’est pas un parasite sur un corps sain. Elle se nourrit du profit non investi mais, avec le temps, elle acquiert un degré d’autonomie qui renforce ce mécanisme. Les capitaux libres circulent à la recherche d’une rentabilité maximale (la fameuse norme de 15 %) et ils réussissent, au moins temporairement, à l’obtenir sur certains segments. Les banques elles-mêmes captent une partie croissante des profits. Cette concurrence pour un rendement maximal élève la norme de rentabilité et raréfie un peu plus les lieux d’investissement jugés rentables, dégageant ainsi de nouveaux capitaux libres qui vont à leur tour partir à la recherche d’une hyper-rentabilité financière. Ce cercle vicieux repose encore une fois sur une répartition des revenus défavorable aux travailleurs et à la reconnaissance de leurs besoins sociaux. »


Pour comprendre la crise qui a éclaté en 2007, il convient de ne pas s’arrêter à son détonateur. La cascade de faillites financières, si elle en est la partie visible, ne constitue pas la cause fondamentale de la crise.


Il y a 160 ans, Karl Marx a mis en garde contre une interprétation superficielle des crises capitalistes : « Les années 1843-1845 furent celles de la prospérité industrielle et commerciale, conséquences nécessaires de la dépression presque permanente de l’industrie dans la période de 1837 à 1842. Comme toujours, la prospérité lança bientôt la spéculation. Celle-ci surgit régulièrement dans les périodes où la surproduction bat déjà son plein. Elle fournit à la surproduction des débouchés momentanés. Elle hâte en même temps l’irruption de la crise et en augmente la violence. La crise elle-même éclate d’abord là où sévit la spéculation et ce n’est que plus tard qu’elle gagne la production. L’observateur superficiel ne voit pas la cause de la crise dans la surproduction. La désorganisation consécutive de la production n’apparaît pas comme le résultat nécessaire de sa propre exubérance antérieure mais comme une simple réaction de la spéculation qui se dégonfle. »


Karl_Marx


La conclusion s’impose : la crise en cours trouve ses racines dans le système capitaliste en tant que tel, et pas simplement dans sa phase néolibérale.


Alors, comment en sortir ? Il y a plusieurs issues capitalistes à la crise car ce système ne s’effondrera pas de lui-même. L’issue recherchée aujourd’hui par les gouvernements en place implique un approfondissement de l’offensive du capital contre le travail : austérité ou baisse salariale, augmentation du taux d’exploitation des travailleurs et des petits producteurs, utilisation d’une plus grande part des recettes fiscales pour le sauvetage des capitalistes et pour le remboursement d’une dette publique qui a explosé depuis 2007-2008. Parallèlement à cette offensive en cours, certains mécanismes légers de réglementation des marchés financiers sont en cours d’adoption et une mise sous statut public de quelques entreprises financières a été réalisée (principalement aux États-Unis et en Grande-Bretagne).


Des mobilisations populaires massives pourraient déboucher sur une inflexion de la politique gouvernementale plus ou moins comparable à ce que fut la politique du New Deal initiée par Franklin Roosevelt à partir de 1933, près de quatre ans après le krach de Wall Street, suivi par différents gouvernements d’Europe occidentale (Grande-Bretagne, France). En sera-t-il de même cette fois-ci ? Rien ne le garantit. Tout va dépendre de la vigueur des résistances de celles et ceux qui sont victimes de la crise. C’est la lutte des classes, cette réalité que la pensée unique veut faire disparaître, qui décidera de l’issue.


lutte_classes


Pour leur part, les peuples des PED sont aussi directement confrontés à un retour en force de l’offensive du capital contre le travail. En effet, les années 2004-2007 avaient signifié dans de nombreux pays, notamment les pays émergents, une légère amélioration des conditions de vie, due principalement au niveau élevé des prix des matières premières (y compris le pétrole) qui généraient des revenus importants pour les pays exportateurs. Dans le cas de la Chine, c’est l’augmentation permanente des exportations de produits manufacturés vers les marchés internationaux qui en était la cause. Les travailleurs chinois et russes avaient obtenu des augmentations de salaires. Les gouvernements de pays comme le Venezuela, l’Équateur, la Bolivie, l’Algérie, l’Argentine, le Brésil, l’Inde augmentaient les dépenses sociales. Les entreprises embauchaient et concédaient des augmentations de salaires.

La crise alimentaire du premier semestre 2008, suivie des retombées des crises financières et économiques, a modifié radicalement la situation, même si tous les pays ne sont pas affectés de la même manière. Dans l’ensemble des pays touchés, les luttes populaires seront déterminantes. Car sans attendre l’issue que les capitalistes et les gouvernements à leur service veulent imposer, il faut mettre en avant une sortie anti-capitaliste à cette crise et lutter au plus vite pour avoir une chance d’y parvenir.


Vous pouvez retrouver l'article complet d'Eric Toussaint, avec les graphiques et leurs explications et leurs sources, sur

http://www.voltairenet.org/article162008.html


Grève

18.11.2009

Lorsque le travail devient torture...


Nouvel Obs (02)


L'exemple le plus médiatisé: France Télécom


Le 8/09/2009, un technicien de France Telecom du centre d'intervention de Troyes, à qui sa direction venait de confirmer que son poste était supprimé et que les postes disponibles étaient à une centaine de kilomètres, a tenté de se suicider en se poignardant lors d'une réunion de son service convoquée par le manager. Si son geste avait abouti, ce serait le 23° suicide depuis février 2008 à France Télécom. Dernier en date, un technicien chez Orange au centre de recherche de Lannion s'est suicidé à son retour de vacances. Il avait déclaré "ne pas vouloir reprendre son travail dans les conditions de juin". Même si les raisons d'un suicide restent toujours mystérieuses, il est impossible, vu le nombre, de ne pas faire le lien avec les conditions de travail.


FRANCE TELECOM (02)


Les syndicats ont crée un « Observatoire du stress et des mobilités forcées » à France Télécom


Les syndicats, eux, le font puisqu'ils ont même créé, en 2007, un « Observatoire du stress et des mobilités forcées » à France Télécom qui, depuis lors, a recensé des milliers de témoignages alarmants. Depuis la privatisation en 1996, les effectifs ont fondu, de 160.000 salariés à 100.000. En cinq ans, il y a eu 70.000 changements de métier, une situation qui a généré beaucoup de stress. "La pression est forte, quand vous recevez tous les jours un mail vous demandant de céder à des objectifs de mobilité", affirme Pierre Dubois, délégué CFDT, selon qui la rémunération variable de certains cadres du groupe "dépend à 50% d'un objectif de réduction d'effectifs". Affectés par les mutations, la mise en concurrence avec des jeunes et les changements de métier, les anciens de France Télécom s'avouent « démoralisés ». Selon Patrick Ackermann, représentant syndical SUD-PTT, « les cadres ne sont pas épargnés, beaucoup d'entre eux sont restés sur le carreau ou ont été contraints d'accepter des postes d'agent d'exécution, préférant subir que partir."


« Nous sommes une société privée en secteur concurrentiel, il faut faire du chiffre »


Mais depuis peu, « on pousse les gens vers la sortie sans dispositif d'accompagnement sérieux. Nous sommes une société privée en secteur concurrentiel, il faut faire du chiffre et il y a une volonté délibérée d'éjecter les fonctionnaires. » Les anciens sont remplacés par « des jeunes de 20 ans, en CDD, qui ne rechignent pas sur les heures tardives et qui travaillent aussi le samedi, renchérit Anne-Marie, déléguée SUD-Télécom. Nous, nous sommes considérés comme des verrues ». Des médecins du travail ont plusieurs fois tiré la sonnette d'alarme, en vain, certains ont même démissionné parce que la direction de France Télécom ne tenait pas suffisamment compte des rapports qu'ils lui adressaient.


FRANCE TELECOM (03)


Gestion individuelle du stress : « tickets psy », numéros verts


Car comme beaucoup d'autres entreprises, France Telecom pratiquent une gestion individuelle du « stress » au travail avec des numéros verts, des "tickets psy". Mais pour Christian Wipliez, délégué CFDT : «Les procédures managériales pour gérer les salariés sont devenues très individualisées, voire infantilisantes.» Entretiens en face à face, batteries d'outils pour évaluer l'individu... Même les tâches complexes peuvent être découpées. «C'est pire que tout. Cela crée un isolement très pénible. On en oublie le collectif.» Florence Bègue, auteur d'une livre sur "Suicide et travail", constate que "le suicide au travail n'existe que depuis environ une douzaine d'années. Auparavant, il n'y en avait pratiquement pas, sauf parmi les ouvriers agricoles, dont lieu de travail et lieu de vie étaient confondus". Il ne faudrait pas oublier l'étymologie du mot travail vient du latin « Tripalium » qui était un instrument de torture... (Instrument de torture à trois pieux utilisé par les Romains de l'Antiquité pour punir les esclaves rebelles.)


tripalium1


Le blog de Jean-Marcel Bouguereau 09-09-2009

15:27 Écrit par Patrice dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : capitalisme |  Facebook |

17.11.2009

Comme prévu


Un système ne peut pas se réformer de lui-même. Ou il continue comme par le passé ou il est balayé. La preuve par l'horreur.


Courrier international


Le sommet de la FAO ne donne pas les résultats escomptés


17.11.2009 | Corriere della Sera


Des promesses mais pas d'argent", titre le quotidien de Milan à propos du sommet mondial de l'organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), qui se tient à Rome les 16 et 17 novembre. Dans le projet de déclaration finale, les pays riches ne se voient imposer aucun calendrier pour lutter contre la faim, qui touche plus de 1 milliard d'hommes dans le monde. Les appels de Jacques Diouf, directeur général de la FAO, à lever 44 milliards de dollars d'aide sont restés lettre morte.


capitalisme (04)

13:47 Écrit par Patrice dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : capitalisme |  Facebook |

Le Sommet Mondial sur la Sécurité alimentaire doit s’occuper des causes internationales de la faim


FIAN


Bruxelles 16.11.2009 – L’organisation internationale des Droits del’Homme, FIAN International, exige du Sommet Mondial sur la Sécurité alimentaire qui vient de commencer à Rome une analyse autocritique et un changement d’orientation de la politique alimentaire mondiale. En 1996, les gouvernements ont promis de diminuer de moitié d’ici 2015 le nombre des affamés. « Le nombre de personnes qui souffrent de la faim et de la malnutrition a augmenté et dépasse aujourd’hui le milliard, ce qui est un scandale sans précédent de la politique mondiale », critique Flavio Valente, secrétaire général de FIAN International. « La communauté des Etats doit reconnaître ouvertement son échec et nommer clairement les causes. La politique alimentaire mondiale doit être coordonnée de manière plus démocratique et transparente à partir d’une ONU renforcée et le suivi doit se fonder sur le droit humain à l’alimentation.»


faim (03)


Pour FIAN, la déclaration finale dissimule quelques-unes des principales causes de la faim. « La déclaration ne mentionne à aucun moment la vente de terres agricoles de pays d’Afrique et d’Asie à des Etats et des compagnies étrangères», commente Sofía Monsalve, experte en politiques agraires chez FIAN International. « Pour ce qui est de la spéculation et des agrocarburants– deux des principales causes de la flambée des prix – la déclaration se limite à recommander de réaliser des études et d’entamer un dialogue. En même temps, elle exige une plus grande ouverture des marchés agricoles mais ne mentionne pas les effets nuisibles du dumping agricole. La combinaison de l’ouverture des marchés et du dumping menace le droit àl’alimentation de millions de paysannes et de paysans », explique Monsalve. « Les pays industrialisés devront finir par reconnaître leur responsabilité par rapport à la réalisation du droit à l’alimentation,s’ils veulent à nouveau être crédibles. »


capitalisme (04)


Au niveau des résultats concrets de ce sommet, FIAN demande que soient adoptées des mesures convaincantes pour réformer et stabiliser l’ONU dans le domaine de la nutrition mondiale. « Le Comité de la sécurité alimentaire des Nations Unies qui a connu une réforme en octobre devra dans le futur coordonner le système alimentaire international, développer une stratégie globale et assurer le suivi des programmes nationaux et internationaux »,exige Flavio Valente. Tout cela devrait être basé sur les Directives pour le droit à l’alimentation qui ont été adoptées à l’unanimité par les Etats membres de la FAO en 2004.


faim (04)


FIAN met en garde sur le danger que supposent les tentatives menées par les Etats-Unis et d’autres Etats pour marginaliser dès le début le Comité sur la Sécurité alimentaire mondiale. Certains Etats veulent transférer à un fonds de la Banque mondiale les 20 milliards de dollars que le G8 a décidé d’investir dans l’agriculture des pays en voie de développement.« Si ces ressources financières sont transférées à la Banque mondiale, l’ONU sera hors jeu », prévient Valente. « Ni les gouvernements des pays en voie de développement, ni la société civile ne pourront alors prendre part aux décisions relatives à l’assignation des fonds »,continue Valente. « Les gouvernements nationaux doivent s’évertuer à empêcher ce revers et ils doivent s’engager pour obtenir un mandat fort pour le Comité de la Sécurité alimentaire mondiale récemment réformé »,conclut Monsalve.


faim (05)

00:14 Écrit par Patrice dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : capitalisme |  Facebook |

08.11.2009

Qui va payer l'austérité ? Devinez !

LCR (02)

LCR (01)


Un gouvernement de menteurs au service des voleurs


Tous les partis au pouvoir se disent satisfaits du budget car on fait « payer les banques », il n’y aura pas «d’impôts nouveaux», on parle de «rigueur » et pas d'austérité. Mais si l’on analyse en détail les mesures, il s’agit bien de faire payer la crise à la majorité de la population au profit des riches capitalistes!

capitalisme (02)


Un déficit budgétaire de 25 milliards: Les coupables sont épargnés...


- 20 milliards pour les banquiers spéculateurs et voleurs. Résultat : 2000 emplois supprimés dans les banques.


- Cadeaux aux patrons: L’impôt sur les profits est passé de 33% à 16%... Et à moins de 10% pour les banques et assurances.


- Electrabel n’a même pas payé d’impôts en 2008 !


- Les intérêts notionnels : un cadeau aux patrons qui leur permet de payer encore moins d’impôts. Résultat : 3 milliards d’euros en moins dans les caisses de l’Etat.


- Tout cela pour créér des emplois ? Pas du tout! Pour de plus gros cachets aux actionnaires, pour spéculer à nouveau, frauder, placer l’argent dans les paradis fiscaux.


- La dette publique explose et c’est auprès des plus riches – institutions financières et individus-, ceux-là même qui ont spéculé et provoqué la crise, que le gouvernement emprunte et à qui il rembourse sur notre dos des intérêts plantureux: 12 milliards d’euros par an

Europe sociale


…et on fait payer la crise aux victimes !


Le PS prétend qu’il n’y aura pas de bain de sang social, mais il est déjà là:Plus de 15% de la population sous le seuil de pauvreté.


La moitié des 2,5 millions de pensionnés touche moins de 1000 euros par mois.


70% des salariés-appointés gagnent moins de 1 700 euros par mois.


2500 licenciements collectifs début 2009.


Et ce n’est qu’un début :


100.000 chômeurs en plus en 2010


Plus de Taxes : diesel, tabac…


Moins de dépenses publiques, moins d’emploi dans les services et organismes d’intérêt publics (TEC, Forem, RTBF, ONE…), gel de subsides, réduction des subventions pour les universités, pour les abonnements scolaires…


chomage


Pour une autre répartition des richesses, prenons l’argent là où il est !


Depuis 25 ans, la répartition des richesses produites par les travailleur/euse/s est de plus en plus inégale: moins pour les salaires, pour les dépenses sociales et plus pour les dividendes aux actionnaires, pour les rémunérations des grands patrons. Idem pour la fiscalité : ce sont les travailleurs/euses, qui assurent la majorité des finances publiques: 40% des recettes reposent sur l'Impôt des personnes physiques (et touchent surtout les salariés et les allocataires sociaux); 30% des recettes sont des taxes indirectes absolument injustes (TVA, accises) car elles ne tiennent pas compte du revenu et frappent durement les plus pauvres. L’impôt sur les bénéfices des sociétés n’intervient dans les recettes que pour 13% et le Capital pur pour 3% seulement!


capitalisme (03)


Pour une véritable justice fiscale, il faut:


- Augmenter l’impôt sur les bénéfices des sociétés et sur les très hauts revenus,


Taxer les plus values boursières


Instaurer un impôt sur les grosses fortunes


Traquer la fraude fiscale (30 milliards par an).


Avec un préalable: la levée du secret bancaire fiscal afin d’établir un cadastre des patrimoines et revenus financiers.


LCR (03)


Pour financer un véritable plan d’urgence sociale et écologique:


Augmentation des salaires, des allocations sociales, des pensions de 150 euro par mois,


Un salaire mensuel minimum de 1 500 euros net.


Réduction du temps de travail à 32 heures/semaine, sans perte de salaire, avec embauche compensatoires pour travailler moins, travailler tous et vivre mieux.


Interdiction des licenciements : maintien de tous les emplois en difficulté par un fonds alimenté par le patronat.


Aucune illusion envers ceux qui nous gouvernent, y compris le PS et Ecolo. Seules les luttes, les mobilisations, les manifestations, les grèves dans l’unité la plus large du monde du travail, des sans emploi, de la jeunesse, des syndicats et des mouvements sociaux pourront faire reculer les attaques patronales et gouvernementales et concrétiser nos légitimes revendications.


Ce n’est pas à nous de payer la crise, c’est aux capitalistes et à eux seuls !


Nos vies valent plus que leurs profits! Pour une alternative anticapitaliste


La Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR) défend un programme anticapitaliste, écosocialiste et féministe. Le capitalisme est un système barbare et injuste qui détruit nos vies et l’environnement, il faut rompre radicalement avec lui afin de construire une société qui réponde aux besoins sociaux et écologiques, démocratiquement déterminés par et pour tous et toutes.

info@lcr-lagauche.be

http://www.lcr-lagauche.be/cm/index.php?option=com_sectio...

22:35 Écrit par Patrice dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : capitalisme |  Facebook |

27.10.2009

Le Prix Nobel de la Paix a fomenté le coup d'Etat au Honduras !


cadtm



En 1973, le général Pinochet et sa junte renversent par un coup d’état, planifié, financé et dirigé par les États-Unis, le gouvernement progressiste et démocratiquement élu de Salvador Allende (1970-1973). Ce coup débouche sur l’instauration de la dictature sanglante d’Augusto Pinochet, qui se maintiendra au pouvoir pendant 17 longues années. William Colby, directeur de la CIA de 1973 à 1976, affirme dans ses mémoires que sept millions de dollars ont été dépensés par la centrale afin de déstabiliser le gouvernement et d’alimenter un climat propice au coup d’état |2|. Réagissant aux nationalisations effectuées par le gouvernement d’Allende, plusieurs firmes américaines apportent leur concours à cette stratégie. La même année, Henry Kissinger, secrétaire d’État du président états-unien Richard Nixon, et qui a si délicatement installé Pinochet, le tortionnaire le plus loyal vis-à-vis des intérêts états-uniens, fut décoré du Prix Nobel de la Paix pour ses négociations ayant mis fin à la guerre du Vietnam. En ces années de guerre froide, Pinochet fut le symbole du général latino-américain instrumentalisé par Washington pour terroriser la gauche de son pays et maintenir celui-ci amarré au « camp occidental ».


salvador allende


Salvador Allende


Autres temps, autres mœurs ? Dimanche 28 juin, le président du Honduras Manuel Zelaya, issu de l’oligarchie et membre du Parti Libéral, a été séquestré puis expulsé du pays par les militaires honduriens, formés dans la tristement célèbre École des Amériques |3|. Ce coup d’état, orchestré par les secteurs réactionnaires de la société (l’armée, l’oligarchie, l’Eglise, le pouvoir judiciaire, les médias dominants) et le Pentagone, vise à mettre fin brutalement aux aspirations de changements du peuple hondurien, investi dans le lancement d’une consultation populaire pour ouvrir la voie à un processus d’Assemblée constituante |4|, et à faire avorter le processus de réformes sociales et politiques engagées par Manuel Zelaya. En effet, confronté aux pressions sociales, à la crise financière et à l’avidité de l’élite nationale qui n’entend rien céder de ses privilèges, le président Zelaya a pris une série de mesures progressistes en faveur des classes populaires, notamment l’augmentation de 60% du salaire mimimun, ce qui a provoqué l’ire des entrepreneurs nationaux et des firmes américaines, qui exploitent à moindre coût les ressources naturelles - bananes, pétrole, etc. - et les travailleurs. Il a rejoint l’ALBA (l’Alternative bolivarienne pour les peuples de notre Amérique), l’alliance constituée par le Venezuela, Cuba, la Bolivie, l’Équateur, le Nicaragua et la Dominique, et adhéré à PetroCaribe, une initiative lancée par le Venezuela pour fournir aux pays de la région non exportateurs d’hydrocarbures du pétrole à un prix inférieur au prix du marché mondial. Par ce « virage à gauche », Manuel Zelaya s’est attiré les foudres des classes capitalistes honduriennes et états-uniennes.


manuel zelaya


Manuel Zelaya

Le 31 mai 2008, à cause des risques de sécurité que présentait l’aéroport international de Tocontín, le président Zelaya annonce que la base américaine de Soto Cano sera utilisée pour des vols commerciaux internationaux. Cette base avait été installée en 1981, à l’époque de la Guerre froide, quand Washington se préparait à miner les ports nicaraguayens et à armer la Contra qui allait bientôt opérer contre les sandinistes à partir du territoire hondurien. Alors que l’Équateur n’a pas renouvelé la base militaire de Manta, le projet de mettre fin à la présence militaire US au Honduras, point d’appui aux ingérences en Amérique latine |5|, a vraisemblablement décidé Washington. Le coup, qui liquide le maillon le plus faible de l’ALBA, a des implications bien au-delà des frontières du Honduras...


alba


Un Coup d’Etat peut en cacher un autre


Ce petit pays d’Amérique centrale, qui incarne la traditionnelle « république bananière » ouverte à toutes les ingérences, devient l’épicentre d’une nouvelle guerre froide en Amérique latine.


L’administration Obama entend reprendre la main en Amérique latine où les États-Unis ont subi plusieurs revers au cours de ces dernières années, avec l’élection successive de gouvernements "progressistes", en rupture avec le modèle néolibéral et avec la traditionnelle domination des États-Unis. Le Coup d’Etat vise tout particulièrement les pays de l’ALBA, notamment ses poids lourds - Cuba, la Bolivie, le Venezuela, l’Équateur- qui prônent un socialisme du XXIème siècle.


Après le retour au pouvoir de Daniel Ortega au Nicaragua en 2006, l’élection en 2008 du président Alvaro Colom au Guatemala et de Mauricio Funes du Front Farabundo Marti de Libération Nationale au Salvador (ex-guérilla des années 80), le coup vise également à contenir un risque de « contagion chaviste » en Amérique centrale, un corridor stratégique permettant d’assurer le contrôle de l’Amérique latine. Et afin d’augmenter la menace contre les pays de l’ALBA, les États-Unis entendent renforcer leur présence militaire : en juillet 2009, Washington a obtenu du président Alvaro Uribe l’octroi aux militaires états-uniens de sept bases colombiennes.


funes_presidente


Mauricio Funes du Front Farabundo Marti de Libération Nationale au Salvador


La diplomatie de la nouvelle Amérique


On le voit, Washington n’a nullement l’intention de renoncer à ses actes d’agression et à ses ambitions de conquêtes. Mais l’innovation, qui a motivé l’attribution de ce Prix Nobel à Obama, réside surtout dans la forme diplomatique. Pour redorer l’image des États-Unis, ternie par l’unilatéralisme agressif de l’administration Bush, l’administration Obama change juste son fusil d’épaule et se propose d’atteindre les objectifs impérialistes de toujours, mais de manière plus raffinée. En quelque sorte, une main de fer dans un gant de velours...


pinochet


Au Honduras, par exemple, l’administration d’Obama ne peut ignorer la légitimité du président Zelaya, mais elle ne peut pas non plus condamner catégoriquement le putsch car il mettrait en danger ses intérêts économiques et géopolitiques, ses relations avec l’oligarchie hondurienne, et anéantirait tous ses efforts communicationnels. Washington nie d’emblée toute implication dans le Coup d’Etat et se rallie aux condamnations internationales. Puis, pour enterrer l’esprit des résolutions de l’OEA et de l’ONU visant le retour « immédiat et sans conditions » du président Zelaya, elle réussit à imposer la ’médiation’ du président costaricain Oscar Arias, fidèle allié de Washington, et, sans renoncer d’un pouce à la défense de ses intérêts, parvient à entretenir l’illusion d’un discours légaliste.


Soldats américains


Une image que nous ne sommes pas prêts de voir au Honduras pour rétablir la légalité !


Résultat de cette stratégie made in USA : presque quatre mois après le Coup d’Etat, Manuel Zelaya n’a toujours pas pu regagner la présidence. La police et les militaires au service des putschistes répriment, emprisonnent, torturent et assassinent les manifestants, censurent et détruisent les installations des rares médias indépendants. Le 22 septembre, 36 ans après les stades du Chili sous Pinochet, plusieurs centaines de personnes sont enfermées dans le stade Chochy Sosa à Tegucigalpa.


armée


Chars de l'armée hondurienne dans les rues de la capitale hondurienne, Tegucigalpa


Manuel Zelaya a réussi à regagner le Honduras le 21 septembre et se trouve depuis lors en exil dans son propre pays, au sein de l’ambassade du Brésil assiégée. Depuis ce coup de théâtre, la « communauté internationale » s’agite pour que le dénouement s’accélère, brandissant à nouveau l’étendard des Accords ’Arias’. Dans cette ambiance de terreur à l’encontre du peuple hondurien qui se mobilise pacifiquement contre l’ordre putschiste, les négociations se poursuivent, sous l’égide de l’OEA, entre les représentants du président légitime Zelaya et ceux de la dictature, considérés depuis lors comme des interlocuteurs fréquentables au lieu de criminels qui violent de façon continue les droits humains et les libertés fondamentales. L’issue est incertaine : les négociateurs des deux camps sont tombés d’accord le 14 octobre sur des points inacceptables tels que la formation d’un gouvernement d’unité nationale et le renoncement de Zelaya à convoquer une assemblée constituante, et pour l’heure, Michelleti ne semble toujours pas disposé à descendre de son cheval et à accepter le point concernant la restitution de Zelaya à la présidence.


Quoi qu’il en soit, cette sortie de crise, en partie victorieuse pour les putschistes, est un blanc-seing pour de futurs coups et "dictablandas" (dictatures militaires avec des façades "légales") et constitue un précédent grave et dangereux pour tout le continent latino-américain.


Déstabilisations et ingérences "démocratiques"


Exceptée cette diplomatie en trompe l’oeil, pour écarter le président devenu gênant, Washington continue à activer ses différents leviers. Washington met à disposition des putschistes ses traditionnels « faucons » qui ont fait leurs armes dans les efforts de déstabilisation et autres mauvais coups en Amérique latine |6|. Les firmes de lobby américaines - Cormac Group, Herrington and Sutcliffe LLP, Vision Américas, etc - s’activent auprès du Congrès américain et des autres structures de décisions pour populariser l’aventure putschiste. Plus accablant encore, l’avocat Lanny Davis, conseiller spécial de l’ex-président Bill Clinton et actuel conseiller de la secrétaire d’État Hillary Clinton, a été embauché par le Conseil des entreprises de l’Amérique latine (CEAL), un véritable concentré de l’oligarchie régionale, pour faire pression en faveur du régime putschiste à Washington |7|.

Soulignons qu’au préalable Washington avait soigneusement préparé le terrain au putsch en apportant un financement massif aux différents mouvements d’opposition dans le cadre de sa politique de "renforcement de la démocratie". Un mois et demi avant le coup, différentes organisations, groupes d’affaires, partis politiques, haut-placés de l’Église catholique et médias privés, en opposition aux politiques de Manuel Zelaya, se sont réunis au sein de la coalition « Union civile démocratique du Honduras |8| » afin de « réfléchir à comment en finir |9| ». La majorité de ces groupes ont bénéficié de plus de 50 millions de dollars annuel de l’USAID (Agence des États-Unis pour le développement international) et de la NED (Fondation nationale pour la démocratie) pour la ’promotion de la démocratie’ au Honduras.


Le renforcement des opérations de propagande et de subversion en Amérique latine par le biais des programmes de « promotion de la démocratie » est vraisemblablement le cheval de bataille de la politique extérieure de l’administration Obama pour parfaire celle son prédécesseur. L’avocate et chercheuse nord-américaine Eva Golinger précise : « Le ’smart power’ [le maître-mot de la diplomatie américaine sous l’ère Clinton |10|] met l’accent sur l’utilisation d’agences comme USAID et la National Endowment for Democracy (NED) pour faire le « sale travail » de pénétrer et d’infiltrer silencieusement les organisations de la société civile pour faire la promotion des politiques des États-Unis. Cela explique pourquoi Obama a demandé 320 millions de dollars de plus pour un fonds de « promotion de la démocratie » dans le budget 2010 uniquement pour l’Amérique latine. Il s’agit d’une somme considérablement plus élevée que celle demandée et utilisée pour la « promotion de la démocratie » en Amérique latine durant les huit années combinées de l’administration Bush » |11| !


Créée pour lutter contre le communisme, la NED ne s’est jamais mieux portée depuis que l’URSS a disparue. Aujourd’hui, ce Prix Nobel décerné à Obama vient cautionner ces opérations silencieuses...


Légitimant la guerre et les conflits, ce prix Nobel, nouvel outil de propagande, ne saurait cacher l’horreur de l’ordre socioéconomique inique et belliciste promu par les Etats-Unis et les autres puissances mondiales.


democracy


Cécile LAMARQUE


1| Le budget de la Défense a augmenté sous l’administration Obama, passant de 606,4 milliards de dollars sous Bush en fin 2008 à 680 milliards de dollars au cours de l’année 2009 sous Obama.


|2| http://www.editoweb.eu/nicolas_maury/Coup-d-Etat-de-Pinochet_a628.html


|3| Rebaptisée en 2001 « Institut de l’hémisphère occidental pour la coopération sur la sécurité ».


|4| Le 28 juin, le président avait appelé les Honduriens à se prononcer sur la mise en place d’une « quatrième urne », lors des élections générales qui se tiendront en novembre 2009, pour élire une Assemblée nationale constituante chargée d’élaborer une nouvelle Constitution. Les trois premières urnes sont réservées respectivement à l’élection du président, des députés et des maires. La question était : « Êtes-vous d’accord qu’aux prochaines élections générales de 2009, une 4e urne soit installée pour permettre au peuple de se prononcer sur la convocation d’une assemblée nationale constituante ? OUI ou NON ».


|5| Depuis la base états-unienne de Soto Cano opère l’unité états-unienne, la Joint task force Bravo, sous le commandement de l’U.S Southern Command, en charge des intérêts états-uniens en Amérique centrale, méridionale et caraïbe.


|6| Entre autres, Hugo Llorens, ambassadeur états-unien en poste à Tegucigalpa ; John Negroponte, ancien diplomate au Honduras de 1981 à 1985 (pour organiser la lutte armée contre le Nicaragua sandiniste) et actuellement conseiller à la secrétaire d’État Hillary Clinton ; Otto Reich et Roger Noriega, deux sous-secrétaires d’État pour l’hémisphère occidental (Amérique latine) sous le gouvernement Bush.


|7| Lire "Washington et le coup d’État au Honduras : Voici la preuve", par Eva Golinger, http://www.mondialisation.ca/PrintArticle.php?articleId=1....


|8| L’Union civica democratica (UCD) est composée d’organisations incluant le Conseil national contre la corruption, l’archevêque de Tegucigalpa, le Conseil hondurien de l’entreprise privée (COHEP), le Conseil de l’université Deans, la Fédération des travailleurs du Honduras (CTH), le Forum national de convergence, la Fédération nationale du commerce et de l’industrie du Honduras (FEDECAMARA), l’Association of Communication Media (AMC), le Groupe paix et démocratie et le groupe étudiant Génération pour le changement.


|9|http://www.lefigaro.fr/international/2009/07/07/01003-200...


|10| Mariage entre les notions de hard power (pouvoir de coercition par la force ou la menace) et de soft power (capacité d’attraction par la persuasion). La secrétaire d’Etat Hillary Clinton résumait en ces termes sa conception de la politique étrangère à Séoul le 21 février dernier « Je veux utiliser une diplomatie robuste et le développement pour renforcer nos partenariats avec d’autres gouvernements et créer des réseaux collaboratifs d’individus et d’ONG, pour trouver des solutions innovantes aux problèmes globaux. C’est cela que nous appelons le smart power ». « Pour faire face à un monde où les crises s’accumulent, disait Hillary Clinton lors de son audition devant la commission sénatoriale en février 2009, nous devons avoir recours à ce qui a été appelé ‘le pouvoir de l’intelligence’ (smart power), l’ensemble des outils à notre disposition : diplomatiques, économiques, militaires, politiques, légaux, et culturels - il faut choisir le bon outil, ou la bonne combinaison d’outils, la mieux adaptée à chaque situation »


|11|http://www.mondialisation.ca/PrintArticle.php?articleId=1...

12:23 Écrit par Patrice dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : capitalisme, dictature |  Facebook |