05.02.2006

La folie "Euromillions"

On se serait cru pendant la guerre.

Des files interminables.

Dans les mains de chacun, un papier. Un ticket de rationnement ? Non. Un billet de loterie. La folie "Euromillions" a frappé fort. Il est vrai que l'enjeu était d'importance: 183 millions d'euros. Chaque librairie a organisé sa cagnotte, rassemblant des milliers de joueurs associés pour miser sur toujours plus de numéros.

L'appât du gain est l'un des ressorts les plus puissants de l'âme humaine. Soit. Mais là, avec, en plus, le battage médiatique de la presse "people", des sommets ont été atteints. Des sommets de bêtise, d'aveuglement et d'avidité incontrôlée. Parce que, en fin de compte, la quasi totalité des pigeons n'auront, au lendemain du tirage, qu'à verser une larme sur leurs espoirs fous envolés. Comme chaque semaine. Les fins de mois seront toujours aussi difficiles (surtout les 30 derniers jours comme disait le regretté Coluche), la recherche d'un emploi toujours aussi aléatoire, les cadences et le stress au travail toujours aussi dégradants.

Adieu vacances à perpétuité, grosses bagnoles, villa de grand luxe et dépenses sans compter. ..jusqu'à la semaine prochaine. Vendredi prochain ou samedi prochain, le rêve reprendra droit de cité. Michel Butor dans sa préface au "Joueur" de Dostoievski écrit: "le jeu ne devient sérieux et atroce, il ne devient vraiment le jeu que lorsque celui qui s'y livre est pressé par le besoin, lorsqu'il est dans la misère ou qu'il risque la misère".

Les gros mots sont lâchés: besoin et misère. Ces besoins que la publicité, cette abominable engeance, que le consumérisme omniprésent, que le diable l'emporte, ne cessent artificiellement, de créer. Et de cette frustration programmée de ne pouvoir consommer à satiété, naît la violence et le besoin de jouer.

Avec ces 183 millions, combien d'emplois aurait-on pu créer ? Combien de logements aurait-on pu construire ? Combien de besoins sociaux auraient pu être satisfaits ?Ce scandale est indifférent à nos responsables politiques qui se taisent dans toutes les langues. Aujourd'hui, comme hier, la cuve de mazout est vide, les médicaments sont hors de prix et les factures s'accumulent sur la cheminée. Votre banquier n'a pas fini de vous tirer la gueule.

 

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01:10 Écrit par Patrice dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : anti-pub |  Facebook |