25.06.2007
Il croit qu'il sait.
Je crois l'avoir déjà écrit: je n'ai pas la télé.
Néanmoins, il m'arrive quand même, de temps en temps et en des lieux divers de me retrouver devant cette caisse à salades.
N'étant pas le moins du monde intoxiqué par cette perfide engeance, je peux garder un regard critique sur les émissions, la plupart parfaitement débiles, qui nous sont présentées.
C'est ainsi que j'avais, notamment, remarqué, la présence sur les plateaux, de faux mages présentés comme des "experts". Je ne parle pas ici des programmes culturels, bien sûr. D'ailleurs, là, les invités sont présentés comme des scientifiques. Non, j'évoque ici les débats politiques. Et dans ce cas de figure, ça craint.
J'ai trouvé dans le "Nouvel Observateur" du 10 au 16 mai 2007, un article signé Jean-Claude Guillebaud qui reflète exactement ce que je pense. Alors pourquoi me casser la tête à essayer d'écrire quelque chose que quelqu'un d'autre a rédigé avant moi et mieux que moi ? Je vous le demande.Bien sûr, le texte commente la Présidentielle française. Mais outre le fait que celle-ci a connu un vif intérêt en Wallonie, je ne suis pas sûr que la RTBF ou RTL-TVI ne soient pas atteint du même mal. Et si cela n'est pas encore, soyez sûr que cela viendra. Donc, je vous livre l'article dans son intégralité.

Contrairement à ce que nous pouvons croire, les « experts » appelés à s’exprimer dans les débats ne sont pas neutres.
Tout au long des bastringues et « concerts- meetings » médiatisés de cette campagne, au milieu de ces shows et contre-shows télévisés qui auront définitivement américanisé le rituel électoral français, on aura pu remarquer l’omniprésence d’une créature emblématique. Elle paraissait minuscule au milieu de ces brouhahas, mais son intervention était lourde de sens. Et d’ambiguïté. On veut parler du personnage de « l’expert ». Celui vers qui on se tourne pour jauger, vérifier, valider ou infirmer l’argument d’un candidat.
A la télévision, ledit expert est en général un économiste, professeur ou chercheur en quelque chose. (Il peut être également le représentant d’un institut de sondage.) L’animateur l’interroge avec un imperceptible supplément de respect. Il lui dit parfois (c’est le cas de l’ami Serge Moati, à « Ripostes »)« monsieur le professeur ».On lui demande d’apporter une information neutre sur telle ou telle réalité, sur telle promesse. On attend de lui qu’il s’exprime non plus au nom de l’opinion, mais du savoir. Sa présence sur les plateaux de télévision suggère donc, à elle seule, la possibilité d’un point de vue surplombant. En haut, n’est-ce pas, il y a ceux qui savent ; en bas, ceux qui croient.
L’expert, en somme, représente une forme laïcisée du principe de transcendance. Son savoir, sa neutralité, son équanimité le juchent, croit-on, au-dessus des querelles et des criailleries démagogiques. Il est censé nous parler depuis un lieu paisible et comme enchanté. Par sa bouche c’est une Vérité majuscule, quasi évangélique, qui s’exprime. Depuis belle lurette, la télévision possède ses experts en économie (Elie Cohen, Jacques Marseille…), un peu comme une Eglise avait ses prophètes. Quand on requiert leur parole pour évaluer des croyances, c’est une manière de jugement dernier qui tombe de leur bouche.L’expertise, pense-t-on, est aussi froide que la conviction est chaude. Elle ne brûle ni n’enflamme. Elle éteint la passion. Elle n’a pas à convaincre puisqu’elle constate. Le factuel dont elle est dépositaire tiendra la place du vrai. Pour cette raison, l’expertise se dit étrangère à tout prosélytisme, à toute ruse, à toute éloquence puisqu’elle « va de soi ». Elle possède l’incomparable faculté de dissoudre pacifiquement les divergences, d’arbitrer sans éclat de voix les pires conflits.
En réalité, tout cela est faux. Ce statut d’expert est totalement – mais innocemment – usurpé. On parle d’innocence parce que cette ruse est surtout là pour répondre à une demande sociale, conjurer une panique. L’omniprésence des experts, aussi bien dans les tribunaux qu’à la télévision, exprime un manque et un désarroi généralisé. Une société qui n’est plus très sûre de ses croyances collectives ; un groupe qui se méfie du statut ontologique de la croyance (faute de le comprendre) ; une collectivité qui, du même coup, a du mal à exprimer et à assumer un jugement réagit en se tournant vers l’expert. Faisant cela, elle se défausse tout en se rassurant. Et se berce d’illusions.
Pourquoi ? Parce qu’il n’existe pas d’expert véritablement neutre. Ce prétendu savoir qu’on attend d’eux est toujours entrelardé, enrichi, mêlé de subjectivité, c’est-à-dire de croyance. Tout expert, quel qu’il soit, essaie de tendre au savoir et à l’impartialité scientifique. Il y « tend » comme tout un chacun. Mais sans être jamais capable d’habiter pleinement ce lieu. Le faux expert des studios télévisés, pour parler comme Jean Rostand, « croit qu’il sait mais ne sait pas qu’il croit ». Quant à son nouveau statut médiatique, il est surtout le fruit de notre jobardise.
20:01 Écrit par Patrice dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : anti-tele |
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19.12.2005
Les gestes quotidiens
Nous ne taperons jamais assez sur le clou: le moindre de nos gestes quotidiens a une importance politico-économico-sociale.
Quoi de plus banal que d'allumer sa télé ? Et pourtant. L'audimat vous guette, inlassablement. Le choix du programme que vous regardez aujourd'hui influence la programmation de demain.
Une utopie: après-demain, plus personne ne regarde les débiles séries américaines. Donc, plus personne ne voit les pub débiles qui les encadrent et les inondent. Donc, les annonceurs ont dépensé beaucoup d'argent pour rien.
Croyez-vous qu'ils vont continuer ? Poser la question, c'est y répondre ! A la trappe, les séries yankee. Et vous pouvez recommencer la même opération avec les variétés (Star Ac' par exemple), les émissions "royales", le sport, bref avec tout ce qui vous lave le cerveau de la moindre parcelle d'esprit critique. Vous grippez la machine à débiliser.
Internet ? Idem ! Servez-vous des médias au lieu d'être manipulés par eux ! Vous avez le choix. Ou les nouvelles technologies permettront "un partage démocratique des connaissances, un commerce plus juste, une administration participative, la télé-santé et la télé-éducation, un dialogue de toutes les cultures; soit elles renforceront les pouvoirs économiques, le (cyber)contrôle des citoyens, une culture mondialisées et des médias aseptisés" (André Linard in Le Vif/L'Express du 18/11/2005) bref la dictature.
En fin de compte, l'avènement d'un monde meilleur pour les générations qui arrivent, dépend de VOUS !

23:04 Écrit par Patrice | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : anti-tele |
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