31.12.2009
Que vaut une vie pour un supermarché ? Une canette de bière !
L'info brute (sans jeu de mots) Quatre vigiles d'un supermarché Carrefour de Lyon seront présentés devant un juge d'instruction jeudi matin, après le décès mardi «par asphyxie mécanique» d'un homme de 25 ans interpellé dans leur magasin, a annoncé ce mercredi le parquet de Lyon à l'AFP. Commentaires Dérapage ? Encore un ? Fernand Raynaud dans un schetch, il est vrai fort peu connu, dénonçait déjà "l'homme au brassard" qui se permettait d'arrêter un médecin, lors d'une festivité locale, parce qu'il avait un morceau de tissu au bras. Alors vous vous imaginez, un uniforme ! S'il en est de sympathiques, ne généralisons pas, il faut bien remarquer que la majorité des membres de ces "polices privées" se prennent pour des Rambo. Que l'on lutte contre les vols, soit. Mais en tout il y a la manière. D'autant quand cela vient de ces entreprises ne se gênent pas, elles, de racketter, légalement, les petits producteurs en leur imposant des prix inacceptables. Et ne croyez pas, braves gens, que c'est à votre profit. Que nenni. C'est tout bénéfice pour leurs actionnaires, ces parasites qui tuent votre santé ou votre emploi au nom du dieu "profit". Ces milices doivent être interdites. En attendant ce jour béni, je vous souhaite à toutes et à tous une excellente année 2010. Que survienne, enfin, la révolution qui balayera le capitalisme. C'est tout le bonheur que je nous souhaite. 
La victime, sans domicile connu, est morte lundi après-midi dans un centre commercial lyonnais. Selon Le Progrès, l'homme a été «pris de malaise alors qu’il était maintenu au sol par des agents de sécurité».
Le jeune homme était en train de voler des bouteilles de bière, précise le quotidien, quand il est intercepté par trois agents de sécurité. Il est alors conduit dans la salle de contrôle où il «se débat violemment», continue Le Progrès, en attendant l’arrivée de la police.
Enregistrements sonores et vidéos
Carrefour, cité par le quotidien lyonnais, relate que le jeune homme cesse soudain de bouger. Il est alors installé sur une chaise, inconscient. Malgré les tentatives pour le réanimer, il meurt dans les heures qui suivent. Selon l'avocat David Metaxas, représentant un vigile et le responsable de la sécurité, contacté par 20minutes.fr, les agents de sécurité, après la perte de connaissance, «lui ont prodigué les premiers secours, en tentant de le réanimer avec un massage cardiaque puis un défibrilateur.»
David Metaxas, explique que ses clients «ont été professionnels. Ils ont gérés une situation extrême. Ils ont dû maîtriser et tenter de raisonner une personne sous l'emprise de l'alcool.» Quatre personnes, les trois vigiles et le manager, ont été placés en garde-à-vue. Celle-ci a été prolongée ce mercredi midi, déclare David Metaxas. L'avocat précise que des enregistrements vidéos et sonores dans la pièce confirment la version des vigiles.
22:28
Écrit par Patrice
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29.12.2009
Un modèle ! En pleins mois de décembre;


G.D.F EN GRÈVE DE LA FAIM
Jeudi 24 décembre, à 11h30, plus de 150 personnes se rassemblent, rue Pétrelle à Paris, pour apporter leur soutien aux trois syndicalistes de SUD-Energie en grève de la faim depuis onze jours (pour d’eux d’entre-eux) afin d’obtenir la réintégration d’un de leurs camarades.
Au onzième jour de grève de la faim, les mines sont plus pâlottes et les traits plus creusés, mais le moral est au rendez-vous. Particulièrement ce jeudi 24 décembre au matin, où plus de 150 personnes viennent témoigner de leur solidarité aux trois grévistes de la faim, devant l’établissement GRDF de la rue Pétrelle (Paris 9e). Yann Cochin, Pascal Chemin et René-Michel Millambourg réclament toujours la réintégration de Nordine Mahroug, licencié le 15 décembre pour «fait de grève», et la levée de toutes les sanctions à l’encontre des acteurs du mouvement social du printemps dernier à ERDF-GRDF.

En plus des syndicats – CGT et SUD – et des collectifs Sauvons l’université et Sauvons la recherche, de nombreuses personnalités politiques sont là. Olivier Besancenot (NPA) insiste sur «la bataille démocratique» pour la liberté syndicale et pour sauver les services publics, avant d’appeler à «de vraies négociations». Jean-Luc Mélenchon (Parti de gauche), épaulée de Martine Billard, fustige «l’attitude stupide de la direction» et promet de châtier, une fois au pouvoir «ceux qui ont utilisé de telles méthodes». Francine Bavay (AlterEkolo) dénonce le fait que, «au nom de la propriété privée», les soutiens ne puissent rendre visite à deux des grévistes de la faim dans le local qu’ils occupent. Jean-Jacques Boislaroussie (Les Alternatifs) appelle quant à lui à «[faire] plier la direction». Et Christian Picquet (Gauche unitaire) de souligner qu’«au-delà de Nordine, notre bataille est une bataille pour le service public»
Sans aucunement appeler à la généralisation du mouvement de grève de la faim, forme d’action «individuelle» qui n’a pas pour but «de se substituer à l’action collective», Yann Cochin fait part de sa détermination: «Chacun d’entre vous que je vois me donne envie de continuer une journée de plus... La direction a du mouron à se faire!» Celle-ci interdit toujours l’accès au local syndical de l’établissement, que ce soit aux soutiens extérieurs ou à la presse. Yann Cochin, Pascal Chemin et Nordine Mahroug, qui a dû se réalimenter pour raisons médicales, y vivent retranchés sans que les négociations aient avancé d’un iota. La direction met pourtant en avant sa «tradition de dialogue social» et… «d’ouverture»! Elle justifie la fermeture (des portes) par la volonté de «ne pas perturber la sérénité des personnes travaillant sur le site». Ce jeudi matin, c’est raté.
Dans la rue parallèle, rue Condorcet, René-Michel Millambourg, le troisième gréviste de la faim, contraint par les vigiles de continuer son mouvement à l’extérieur, a planté sa tente face au siège social de GRDF (voir la vidéo). Comme ses deux autres camarades, il reçoit la visite des personnes venues les soutenir. Lui aussi garde le moral, même s’il reconnaît que sa mise à la rue – il est considéré par la direction comme «extérieur à l’entreprise» – va avoir un impact sur sa condition physique. Et d’espérer que l’étourdissant silence médiatique cesse au plus vite.
Mathieu Schmitt
03:17
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Chez nous, on n'en parle même plus. Pauvre B...

INTERVENTION DE L'ÉTAT : FRIC À GOGO POUR LES PATRONS
Annonce de mesures symboliques contre les bonus des banquiers d’un côté, dizaines de milliards distribués d’un autre aux plus grosses entreprises dont on apprend qu’elles paient trois fois moins d’impôts que les PME: l’État est au service exclusif des plus riches.
Les banquiers crient au scandale. Sarkozy, dans les pas de Gordon Brown, le Premier ministre anglais, projette de taxer les bonus mirobolants que les banques versent à leurs traders pour attirer les «meilleurs». Encore il y a peu, réduits par la crise à quémander auprès de l’État des liquidités ou des garanties pour lever des fonds sur les marchés, voilà maintenant que les banquiers protestent face à l’annonce de mesures dont même la presse patronale indique qu’elles ne seront que symboliques.

Mais n’est-ce pas l’essentiel pour Gordon Brown, à quelques mois d’élections législatives, et pour Sarkozy avant les régionales? Celui-ci avait été le premier à dénoncer ces «bonus gigantesques» en septembre… 2008, à New York. Quinze mois plus tard, il annonce vouloir passer aux actes. Et très opportunément, ces mesures seraient discutées lors de l’examen de la loi de finances rectificative… début 2010, avec, on peut l’imaginer, force publicité.
Mais cette mise en scène est bien incapable de donner le change alors que l’État ne cesse de subventionner, par tous les biais possibles, le patronat des plus grosses entreprises. Ainsi, le Grand emprunt sur lequel Sarkozy et son gouvernement viennent de rendre les derniers arbitrages. Il y aurait, nous dit-on, 11 milliards d’euros pour les universités et 8 milliards pour la recherche. Mais, loin d’être destinée à tous les étudiants, cette manne ne servira qu’à une dizaine de campus dans le cadre d’une privatisation de l’enseignement supérieur dont l’objectif est de fournir aux grandes entreprises des dirigeants et des cadres supérieurs formés à leurs besoins. Même chose pour la recherche qui est un de leurs postes budgétaires les plus coûteux.

(...)
Un rapport officiel publié la semaine dernière a révélé que les sociétés du CAC40 paient trois fois moins d’impôts sur les bénéfices que les PME. Plus les entreprises sont riches et puissantes, moins elles paient d’impôts, confirme cette étude, grâce à tous les procédés légaux par lesquels l’État leur permet d’échapper à la taxation (niches fiscales, paradis fiscaux, transferts de bénéfices dans d’autres pays, etc.).
Tout cela n’a pas empêché Sarkozy, lorsqu’il a présenté le Grand emprunt, de déclarer: «Il faut dépenser moins et dépenser mieux», et de confirmer la tenue en janvier d'une «conférence sur le déficit de la France», au cours de laquelle ce sont les dépenses utiles à toute la population qui seront dénoncées.
En réalité, les dépenses dont il est urgent d’imposer l’interdiction, ce sont les subventions à fonds perdus aux banques et aux multinationales qui, dans le même temps, font un profit supplémentaire en prêtant contre intérêt à ce même État dont elles creusent la dette.
Galia Trépère

01:55
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06.12.2009
Le Tamiflu renforcerait l’infectiosité du virus H1N1, selon Elsevier Science Inc. ?

Cet article est extrait du blog "Mecanopolis". Si j'ai mis un point d'interrogation au titre, c'est parce que l'accès au site Sciencedirect cité comme source est payant. Et c'est pas donné. C'est donc sous toute réserve que je vous soumets ce texte.
C’est le plus grand éditeur de littérature scientifique, Elsevier Science, qui est à l’origine d’une étude à propos de l’efficacité du Tamiflu sur le virus H1N1, discrètement publiée à la fin du mois d’octobre par le siteScienceDirect. Bien sûr, aucun média n’a depuis repris cette information qui indique que, loin d’être un médicament efficace pour le traitement de la grippe A actuel, l’antiviral du laboratoire Roche en renforcerait l’infectiosité.

L’étude d’Elsevier explique que si l’oseltamivir (molécule du Tamiflu) a démontré une probable efficacité contre l’activité grippale dans la pratique clinique, en particulier sur le H5N1, son efficacité n’a jamais été vérifiée face à des sous-types du virus A, et en particulier celui de la pandémie actuelle, le H1N1.
Lors de tests in vitro, les chercheurs d’Elsevier ont démontré que, dans le cadre du H1N1, le Tamiflu provoquait un effet stimulant sur l’activité infectieuse du virus. Résultats qui a été confirmé par deux autres tests clinique, et qui ne devrait pas tarder a être confirmés par d’autres études complémentaires.
Nous avions déjà expliqué, sur le Forum Mecanopolis, que le but du Tamiflu n’était pas de s’attaquer pas directement au virus, mais qu’il était sensé empêcher sa réplication dans les cellules du malade. En clair, que ce médicament n’avait aucun effet au niveau individuel, mais pouvait s’avérer utile sur le plan collectif en réduisant la charge virale chez celui qui le prend, et diminuer ainsi le risque de contamination.
L’étude d’Elsevier démontre exactement le contraire. L’usage du Tamiflu serait contre-productif, à tous les niveaux.
Article rédigé le 05 déc 2009, par Spencer Delane
Spencer Delane, pour Mecanopolis
Source : Forum Mecanopolis
19:03
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27.11.2009
Le crash de Dubaï, une preuve (de plus) que rien n'a changé

Sans aucun revenu propre, Dubaï s'est payé des années durant une vie de rêve immobilier et financier sur le pétrole de ses voisins. Une «bulle» dont tout le monde connaissait l'existence. Insolvable pour 80 à 90 milliards. Dubaï pourrait bien trinquer pour un système que personne n'a voulu réformer, de peur de se priver d'argent facile.

Dubaï, terre de mirage : sur ce bout de sable, seuls poussent les grattes-ciels, les aéroports et les profits financiers. Même pas une goutte de pétrole pour les jours de crise : dommage, l'émirat en aurait bien besoin... Quand le fond Dubaï World a annoncé jeudi 26 novembre son incapacité à honorer un sukuk (créance islamique) de 3,5 milliards de dollars, le rideau est tombé, révélant les 59 milliards de dette de cette société et les 80 à 90 milliards d'endettement de l'Etat. Dubaï est une illusion en faillite.
Cette bulle, c'est le pétrole des émirats voisins (notamment Abu Dhabi) qui l'a faite gonfler : rassurées par cette garantie en or noir, les banques arabes, européennes (dont la BNP et le Crédit agricole) et américaines ont prêté sans penser aux lendemains qui déchantent... Dubaï a ainsi mené grand train des années durant, sans que personne vienne critiquer, chacun touchait sa part du gâteau en juteux intérêts. Jusqu'au jour où l'émir Al Nahyan a refusé de se porter garant.
Malgré le sommet de Pittsburgh et tous les beaux discours, personne n'avait vu venir le coup : prises de court, les agences de notation n'ont corrigé que très tardivement le tir, dégradant six des plus importants groupes du pays. Ce qui n'a pas empêché les principales bourses européennes de dévisser de plus de 3%. Les analystes s'époumoneront, comme ils le faisaient dès vendredi matin à la radio radio, à dire qu'ils «savaient». Comme le remarquait Daniel Schneidermann, ils ne seront pas les seuls à devoir trouver des excuses : des années durant, des journalistes ont filmé avec émerveillement ce conte des Milles et une nuit immobilier, faisant rêver la France, ses banques, ses investisseurs...

Mais le réveil est difficile : selon Crédit suisse, l'engagement des banques européennes à Dubaï s'élèverait à 13 milliards d'euros. Sur quoi ont-elles misé ? Sur du sable et des immigrés pakistanais, indiens et indonésien (Dubaï est le premier pourvoyeur de devises étrangères du pays) amenés dans le pays pour ériger des tours vides à la gloire du pognon extorqué à leurs voisins dans le plus grand respect des règles éthiques de la finance islamique. Encore un pseudo rempart contre la crise qui s'est effondré... et dont les experts aussi connaissaient la fragilité !
Et ce n'est pas la dernière cloison qui tombera. Avec tous ses profits tirés de la spéculation immobilière et financière, Dubaï s'était constitué un sympathique portefeuille d'actions : Sony, EADS, Daimler... Si l'émirat devait se séparer de ces actions (seuls réelles ressources dont il dispose), ce sont ces entreprises qui trinqueraient et, après elles, leurs employés. Sans parler de la crise de confiance envers les pays du Golfe qui s'en suivrait. Après l'effondrement de la bulle, voici le circuit par lequel une nouvelle crise pourrait se propager.

UNE IMPLOSION QUI AURAIT PU ÊTRE ÉVITÉE... SI LE CAPITALISME AVAIT ÉTÉ RÉFORMÉ !Mais, les «experts» vous le répéteront : tout cela, ils le savaient. Malgré cela, ils n'en ont pas tenu compte, n'ont pas prévu l'effondrement et n'ont rien fait pour empêcher la bulle de se former. Pourquoi ? Chacun y trouvait son compte : les spéculateurs immobiliers, les banques prêtant à de généreux taux à l'émirat, les entreprises qui accueillait les gras pétrodollars dans leur capital...
Pour enrayer la machine, il aurait fallu renoncer à l'argent facile, surveiller la solvabilité réelle de Dubaï, contrôler les permis de construire, ainsi que le salaire des ouvriers importés pour l'occasion et traités comme du bétail... Bref, il aurait fallu réformer le capitalisme. Un effort dont les fameux experts sont malheureusement incapable. Mais ça, c'était fort prévisible.
Que le capitalisme est incapable de se réformer parce que, justement, ses bases sont l'argent facile, la servilité des travailleurs, le profit à tout prix. Réformer ces postulats, ce sont les miner. Et quand on abat les bases d'un système, il s'effondre. Le plus tôt sera le mieux.
16:02
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26.11.2009
Les hommes politiques, valets des patrons. Dernier épisode en date.

l y a de l'indécence dans l'air. Celle du ministre de l'Industrie Christian Estrosi, qui parle de « courage » pour justifier la demande du nouveau PDG d'EDF de doubler son salaire par rapport à celui de son prédécesseur. Celle d'Henri Proglio, qui débarque à la tête d'une entreprise de service public en exigeant de maintenir ses avantages financiers acquis dans une des grandes multinationales privées françaises.
Ministre d'un Président qui prône sur la scène internationale la moralisation du capitalisme et la modération des revenus, Christian Estrosi a déclaré mercredi matin sur France 2 :
« Il faut faire preuve d'un peu de courage si nous voulons avoir les meilleurs capitaines d'industrie pour diriger nos plus grandes entreprises. »
http://www.dailymotion.com/video/xb9rt8_estrosi-avoir-le-...
Ajoutant la maladresse à l'indignité, Christian Estrosi souligne qu'avant d'accepter la demande d'Henri Proglio, il conviendra de s'assurer que « ça ne choque pas l'opinion publique ».
Comment faudra-t-il faire passer le message aux hautes sphères de l'Etat ? Faudra-t-il commander un sondage de plus payé par l'Elysée, ou cette déclaration n'est-elle pas une invitation à aller manifester sous les fenêtres du ministre de l'industrie ?
Dans les Echos, lundi, Henri Proglio négociait en public son salaire à la veille de sa nomination, ce mercredi, en Conseil des ministres :
« Si je pouvais garder le niveau de revenu que j'avais chez Veolia, il me semble que ce ne serait pas choquant en soi pour une entreprise qui pèse 70 milliards d'euros en Bourse. »
Le salaire de Proglio à Veolia, c'était la bagatelle de 1 617 207 euros en 2008. Par comparaison, le salaire de Pierre Gadonneix, le précédent PDG d'EDF, n'était « que » de 765 731 euros en 2008, hors part variable.
L'argument le plus déconcertant de Christian Estrosi, dans son entretien avec Christian Sicart, son interviewer de France 2, a été de lui dire que s'il avait des responsabilités nouvelles mais qu'on lui disait qu'il serait moins payé, il le vivrait mal… Comparer le salaire d'un journaliste avec celui de l'un des patrons les mieux payés de France sur le ton du « bon sens près de chez vous » a tout de la démagogie.
Henri Proglio, un patron « politiquement incorrect » selon son portrait dans Les Echos, est sans doute un « capitaine d'industrie » aux compétences incroyables : ce n'est pas l'objet du débat. En prenant la tête d'une entreprise de service public, il s'honorerait à donner un sens aux mots, et à ne pas se comporter comme le chef d'une entreprise du privé… qu'il est, de fait, resté, conservant un pied chez Veolia, et un autre chez EDF.
Si le mot « courage » avait un sens, c'est là qu'il trouverait sa valeur : non pas en défendant l'indéfendable comme l'a fait notre ministre en service commandé venu soutenir l'introduction dans le secteur public les valeurs du privé, surtout lorsque ces valeurs sont dénoncées par les mêmes, par ailleurs, comme étant au coeur de la crise de système que nous sommes en train de vivre.
Par Pierre Haski | Rue89 | 25/11/2009
21:24
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25.11.2009
Et pour le vaccin contre la grippe H1N1 ?

Merck, le laboratoire ayant commercialisé le Vioxx entre 1999 et 2004, n'a pas publié le résultat de ses recherches qui montraient dès 2001 que son médicament augmentait nettement le risque de crise cardiaque. Résultat : plus de 30 000 morts, rien qu'aux Etats-Unis.
La FDA (Food and Drug Administration, agence de régulation des médicaments) estime que le Vioxx, médicament anti-douleur et anti-inflammatoire largement utilisé contre l'arthrite entre 1999 et 2004, a provoqué 160 000 crises cardiaques et attaques cérébrales et serait à l'origine d'environ 30 000 décès, rien qu'aux États-Unis. Il a été retiré du marché en 2004 par son fabricant, le laboratoire Merck, alors que les rumeurs de dangerosité commençaient à se faire insistantes. Pourtant, malgré ces chiffres, le laboratoire a toujours nié les dangers liés à l'utilisation de son produit. En 2007, la firme a tout de même accepté un règlement à l'amiable concernant 95% des 26.600 plaintes, pour un montant de 5 milliards de dollars, sans toutefois reconnaître sa culpabilité.

Les dirigeants de Merck savaient
Mais certains plaignants ont refusé de négocier, et les procès qui suivent leur cours dévoilent régulièrement quelques cadavres, bien planqués au fond des placards. Le bimensuel Archives of Internal Medicine vient notamment de révéler que Merck n'avait pas publié les résultats d'études cliniques effectuées après la mise sur le marché du médicament. Un oubli, sans doute. Fâcheux, puisque ces études montraient dès 2001 que le Vioxx augmentait nettement le risque d'attaques cardiaques et cérébrales.
L'analyse des données mises à jour par la justice a montré qu'en décembre 2000, 21 des 30 essais cliniques impliquant plus de 20.000 personnes étaient terminés. Et le risque présenté par le Vioxx était alors évident. En juin 2001, de nouvelles données indiquent que le médicament induit un accroissement de 35% du risque d'accidents cardiovasculaires ou de décès. En avril 2002, le chiffre est revu à la hausse à 39%. En septembre 2004, Merck annonce le retrait du marché de sa molécule miracle, l'accroissement du risque est alors évalué à 43%. Mais le laboratoire continue de nier tout risque sanitaire... En bref, les dirigeants de Merck ont préféré accumuler les profits (2 milliards de dollars tous les ans) plutôt que d'interrompre la vente d'un médicament qu'ils savaient mortel !

L'industrie pharmaceutique mise en cause
Ce scandale soulève une nouvelle fois le problème du process d'autorisation de mise sur le marché des médicaments. Celui-ci se fonde uniquement sur les études jugées "publiables" par les firmes pharmaceutiques, en aucun cas contraintes de publier l'intégralité de leurs recherches. Il suffit donc que quelques études affichent des résultats positifs, quand bien même 100 autres s'avèreraient négatives. En l'occurrence, plusieurs équipes de chercheurs ont montré qu'entre 6 et 43% seulement des études des firmes pharmaceutiques étaient publiées ! Les autres étant jalousement gardées secrètes. Pas vraiment rassurant...
Certaines d'entre elles ont d'ailleurs été totalement falsifiées, comme l'a révélé l'affaire "Scott S. Reuben", un des plus grands scandales de l'histoire de l'industrie pharmaceutique (le Vioxx était déjà concerné). Affaire totalement passée sous silence en France. Autre problème : la surveillance épidémiologique de l'innocuité des médicaments, après leur mise sur le marché. La FDA réfléchit actuellement à un nouveau modèle. Mieux vaut tard que jamais...
25 novembre 2009 14:12, Les mots ont un sens, par Napakatbra
16:38
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21.11.2009
Dette et migration

Certains pays riches ont considérablement profité d’une main d’œuvre bon marché grâce à l’immigration tant légale qu’irrégulière. C’est particulièrement vrai lors de l’apogée du secteur de la construction en Espagne. Cette main d’œuvre, appelée à la rescousse dans les années 1970-80, a provoqué une forte croissance des grandes entreprises du secteur, sans pour autant améliorer les conditions de vie des travailleurs. Maintenant que la construction est au ralenti et que la crise s’approfondie, des milliers d’ouvriers sont licenciés. Jusqu’en mars 2009, les compagnies de la construction, qui avaient engrangé plus de 15 milliards de bénéfices en 2007 et 2008, ont énormément licencié. Ce sont quelques 449 600 nouveaux chômeurs en un an (premier trimestre 2008 au premier trimestre 2009) qui sont venus grossir les rangs des 743 700 chômeurs de la construction. |1|

Conséquence de la crise, le nombre de chômeurs en Espagne a doublé en un an passant d’un peu plus de deux millions au premier trimestre 2008 à plus de quatre millions un an plus tard |2|. Disposant d’une réserve de main-d’œuvre plus que nécessaire, les pays européens tentent dorénavant de freiner l’arrivée de migrants par le renforcement des contrôles migratoires et l’augmentation de la répression, en vue de faciliter leur déportation. La honteuse « directive retour », adoptée par les 27 pays de l’Union Européenne en juin 2008, prévoit la possibilité d’incarcérer dans des centres de rétentions jusqu’à 18 mois, et sans aucune forme de procès, des migrants sans papiers avant leur expulsion. La France avait déjà voté la loi Hortefeux en 2007 rendant les conditions d’immigrations plus difficiles et introduisant la possibilité de pratiquer des tests ADN pour vérifier les liens de filiation. Suivant le même mouvement, l’Espagne vient d’adopter une troisième réforme législative de sa controversée « ley de extranjeria » qui augmente de 50 à 60 jours le temps légal de détention des sans papiers et criminalise les personnes aidant au séjour d’étrangers par des amendes allant jusqu’à 10 000 euros.

Le retour pose de nombreux problèmes dont celui de revenir humilié et sans espoir dans un pays frappé de plein fouet par la dette, celle-ci provoquant une hémorragie financière, qui, asphyxiant les services publics vitaux, encourage de nouveaux départs : la boucle est ainsi bouclée. La cause du phénomène réside bien dans la pauvreté structurelle encourageant l’exode et non dans nos politiques d’accueil et d’expulsion.
Nous savons que les pays riches, par l’entremise de leurs multinationales pillent les ressources des pays injustement appelés « pays pauvres ». Une fois la plus-value réalisée sur le dos des travailleurs, ces mêmes multinationales peuvent exporter leurs bénéfices vers les maisons mères situées la plupart du temps au nord industrialisé. En 2008, ces multinationales implantées au Sud ont rapatrié 298 milliards de dollars de bénéfices au Nord. Il ne restera pour le pays dit « pauvre », qu’une maigre part de la richesse extraite de son sol avec laquelle il devra rembourser une dette dont il est devenu l’esclave économique. En effet, lorsque l’on compare les flux d’argent entrants destinés en nouveaux prêts et dons avec les capitaux sortants en remboursements du capital et intérêts, il y a bien un envoi de capitaux vers les supposés créanciers du Nord. Cela entraine une réelle hémorragie financière que nous appelons « transfert net de la dette » |3| : les pays du Sud ont ainsi destiné 18,9 milliards de dollars aux pays riches, en ce qui concerne la dette extérieure publique en 2007. Il faut souligner que pour aider leurs familles restées dans ces pays saignés aux quatre veines par la dette, les immigrés envoient plus du double de la « généreuse » Aide publique au développement (APD). APD aux pays du Sud qui, soit dit en passant, n’atteint même pas les 0,7 % du RNB promis en 1970. Les immigrés ont ainsi envoyés 251 milliards de dollars en 2007 dans leurs pays d’origines, comparés aux 104 milliards de dollars d’APD. Les pays en développement (PED), ont remboursé (service de la dette publique interne et extérieure) le chiffre hallucinant de 800 milliards de dollars à leurs créanciers en 2007, ce qui correspond à la somme calculée par différentes institutions de l’ONU nécessaire à la satisfaction des besoins humains fondamentaux pour toute la planète pendant dix ans. Cette somme faramineuse, au lieu de la destiner à l’éradication de la pauvreté, va directement aux créanciers. Les États destinent donc une part de leur budget, souvent beaucoup plus importante, au remboursement de la dette que pour leurs services publics de santé ou d’éducation |4|. Enfin, le piège de la dette ne serait pas complet si nous n’ajoutions les conditions qui accompagnent ces prêts. Ces conditions, dénommées « Plans d’ajustement structurel » (PAS), dictent les politiques économiques du pays endetté, sous la supervision du FMI, lui dérobant ainsi toute souveraineté. Les ajustements imposés tendent à supprimer les subventions aux produits de première nécessité entrainant des émeutes dites « de la faim » et prescrivent, entres autres, les privatisations qui aboutissent à l’augmentation inéluctable des tarifs. Dans un tel contexte, il parait difficile de survivre dans ces pays pillés dits « en développement » et la population fuit la pauvreté structurelle à la recherche de meilleures conditions de vie.

Selon l’agence des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR), il y aurait sur les quelques 200 millions de migrants, 67 millions de personnes obligées de fuir leur foyer (migration forcée) en 2008 |5|. La plus grande partie des déplacés ou réfugiés sont des conséquences de conflits armés (26 millions) ou de désastres naturels (25 millions). Contrairement à une idée reçue, les réfugiés se déplacent majoritairement dans leur propre pays ou vers un autre pays du sud voisin et non en Europe |6|. Le pays qui a le plus accueilli de réfugiés est le Pakistan avec 1 780 900 personnes en 2008. Les pays européens arrivent bien après avec l’Allemagne à la quatrième place (582 700 refugiés) |7|. L’Europe n’est pas le refuge de la misère du monde comme se plaise à le dire certains pour justifier la politique migratoire en cours. Rappelons que la France a expulsé 23 200 « étrangers » ou sans papier en 2007 et plus de 29 000 en 2008 |8|. L’Espagne reçoit une pression constante des membres de l’Union européenne pour freiner l’arrivée d’embarcations depuis l’Afrique. Frontex est l’organisme de surveillance des frontières extérieures de l’Union européenne, créé en 2005, chargé de réaliser des activités d’ « interception » et « déviation » sur les côtes d’Afrique occidentale. Est-ce pour réduire les statistiques alarmantes de l’immigration que Frontex a vu son budget exploser, passant de 6 à 35 millions d’euros en trois ans |9| ? Certaines ONG, ne pouvant surveiller toutes les opérations de Frontex en mer, s’inquiètent de possibles exactions aux droits de l’homme.

L’Espagne destine quelques 700 millions d’euros à l’aide au développement de l’Afrique occidentale |10|, mais cette assistance est conditionnée à l’adoption d’accords de réadmission. En clair, l’Espagne augmente son aide publique au développement (APD) en échange d’un accord de principe sur l’accueil d’immigrés expulsés. Encore une mesure comptabilisée dans l’APD bien qu’elle n’aide aucunement au développement dudit pays. Un des points d’entrée de l’Espagne et de l’Union européenne, les îles Canaries, ont reçu une grande quantité de migrants par mer durant les dernières années depuis l’Afrique occidentale et septentrionale : plus de 30 000 seulement en 2006. Ce chiffre inclut plus d’un millier de mineurs non accompagnés, venant du Sénégal, Maroc, Mali, Mauritanie et autres pays d’Afrique subsaharienne. Bien que ces chiffres aient légèrement baissé en 2007 (serait-ce dû à l’augmentation des expulsions des opérations Frontex ?), on peut craindre le pire avec les conséquences de la crise alimentaire et financière. On estime entre 400 et 1 000 par an le nombre de personnes, victimes invisibles, qui meurent dans ces trajets.
Comme nous l’avons vu à Ceuta et Melilla en 2005 |11|, ce n’est pas en construisant des murs pour fortifier notre riche Europe que l’on arrêtera la pression migratoire pour échapper à des conditions de vie indignes. Les candidats à l’émigration dans l’espoir de sauver leur famille restée sur place continueront à affluer aux portes des pays occidentaux tant que nous n’aurons pas résolu le problème de la pauvreté. La solution à l’émigration ne réside donc pas dans le contrôle des frontières et la répression allant jusqu’à la déportation, mais bien dans le respect de la dignité humaine au Nord comme au Sud.
16 novembre par Jérome Duval

|1| Público, 20 juillet 2009.
|2| Selon l’INE (Instituto Nacional de Estadísticas), il y avait 2.174.200 chômeurs au premier trimestre 2008 contre 4.010.700 au premier trimestre 2009.
|3| Le transfert net de la dette est la différence entre le service de la dette (remboursement du capital et des intérêts) et les sommes reçues en dons et nouveaux prêts sur la même période.
|4| En 2006, l’Equateur a consacré 38% de son budget au remboursement de la dette, alors que la part du budget destiné à l’ensemble des dépenses sociales représentait 22%. (Millet Damien, Toussaint Eric, « 60 Questions, 60 réponses sur la dette le FMI et la Banque mondiale », Syllepse, 2009. p.27)
|5| Il faut ajouter à ce chiffre les 4,7 millions de refugiés Palestiniens sous le mandat de l’UNRWA et qui ne sont pas comptabilisés par l’UNHCR.
|6| De ces 67 millions de déplacés, il y en a 51 qui sont des déplacés internes (dans le même pays)
|7| Lire le rapport : 2008 Global Trends, UNHCR, 2009.
|8| Papa Faye : http://www.cadtm.org/Migration-et-developpement-de-l#nh7.
9| Site de Frontex : http://www.frontex.europa.eu/finance/
|10| ACNUR :http://www.eacnur.org/media/docs/ACNUR_EVALUACION_CANARIA...
|11| Les polices espagnoles et marocaines ont tiré sur des centaines de personnes, migrantes et demandeurs d’asile, qui tentaient de traverser les murs les séparant de Ceuta et Melilla. Plusieurs dizaines de personnes sont mortes, assassinées pour avoir tenté de franchir une frontière.
14:48
Écrit par Patrice
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19.11.2009
Le capitalisme malade de sa gourmandise

Les excès de quelques banquiers sans scrupules sont-ils responsables de la crise financière mondiale, comme le prétend le président Obama ou l’arbre cache-t-il la forêt ? Les données réunies par l’économiste Éric Toussaint montrent qu’au contraire la crise est l’aboutissement d’un long processus de transformation des règles économiques depuis les années 80. Le capital est toujours mieux rémunéré, le travail toujours moins. Après avoir dévasté les pays du Sud, cette logique détruit à leur tour les pays du Nord. La crise est donc systémique. Qu’on le veuille ou non, elle marque un paroxysme dans la lutte des classes. Faute de changer les règles de répartition des richesses, de vastes affrontements sociaux deviennent inévitables.

Après la Seconde Guerre mondiale, les années 1950-60 sont marquées, au Nord, par une période de forte croissante économique (les « Trente glorieuses ») qui permet aux travailleurs d’obtenir par la lutte des avancées sociales importantes : nette augmentation du pouvoir d’achat, consolidation du système de sécurité sociale, amélioration des services publics en particulier dans l’éducation et la santé… L’État procède aussi à bon nombre de nationalisations, ce qui renforce son pouvoir d’intervention économique. Les populations profitent davantage de la richesse créée à l’échelle nationale et la part des salaires dans le revenu national augmente.
Dans le même temps, au Sud, alors que les pays latino-américains sont en phase d’industrialisation rapide, l’indépendance —au moins officielle— de la plupart des pays asiatiques et africains est proclamée. Certains d’entre eux ébauchent une véritable autonomie politique et économique : les uns, comme l’Inde, l’Indonésie et l’Égypte, tout en respectant le système capitaliste ; les autres, comme la Chine, Cuba et le Vietnam, optaient pour la rupture avec celui-ci. Mais la majorité des pays nouvellement indépendants sont en fait encore largement soumis aux autorités d’une grande puissance, souvent l’ancienne puissance coloniale.
La dette est l’un des plus puissants vecteurs de cette soumission : au moment où l’administration et l’armée des pays colonisateurs doivent quitter physiquement les pays ayant acquis leur indépendance, les gouvernements de ces derniers sont fortement incités à s’endetter massivement, les créanciers ignorant —voire encourageant— les détournements d’argent par les classes dirigeantes locales. Les pays du Sud, de plus en plus endettés, doivent produire de plus en plus pour exporter et récupérer les devises destinées aux remboursements. Ce faisant, ils se font concurrence entre eux en mettant sur le marché des biens primaires (coton, café, cacao, bananes, sucre, arachide, minerais…) dont a besoin l’économie des pays du Nord. Cette surproduction va se révéler dramatique quant à l’évolution des cours, d’autant que les pays du Nord connaissent à partir de 1973 la première grande récession depuis la Seconde Guerre mondiale.

Les années 1980 ont marqué un bouleversement des rapports de force, tant entre pays les plus industrialisés et pays de la périphérie qu’entre capitalistes et salariés. C’est le résultat de la combinaison de plusieurs facteurs :
1. le coup de Paul Volcker, actuel conseiller économique de Barack Obama, qui augmenta brutalement les taux d’intérêt à partir de la fin de l’année 1979 quand il était directeur de la Réserve fédérale des États-Unis ;
2. le contre-choc pétrolier de 1981 qui mit fin à une politique de prix élevés des matières premières favorable aux pays de la périphérie qui en sont exportateurs (tous les prix des matières premières et des produits agricoles connurent une tendance durable à la baisse de 1981 jusqu’au début des années 2000) ;
3. l’offensive généralisée des gouvernements de Margaret Thatcher et Ronald Reagan contre les salariés, le tout dans un contexte de crise économique généralisée en 1980-1982. Les rapports de force se sont nettement détériorés pour les pays de la périphérie ainsi que pour les salariés.
Acculé à rembourser de plus en plus avec des recettes en baisse, le Mexique, suivi plus tard par d’autres pays d’Amérique latine, doit stopper momentanément le paiement de la dette en août 1982 : c’est la « crise de la dette », qui va toucher tous les pays du Sud au fil des ans. Le nœud coulant se referme autour du cou des peuples du tiers-monde. Par la suite, le stock de la dette extérieure publique des pays en développement (PED) s’accroît rapidement.

Des transferts massifs s’opérèrent des pays de la périphérie vers les pays les plus industrialisés, notamment via le remboursement de la dette. De positif, le transfert net sur la dette devint négatif au milieu des années 1980 : les pouvoirs publics des pays en développement (PED) durent rembourser beaucoup plus chaque année que ce qu’ils recevaient comme nouveaux prêts de la part des créanciers, sans réussir pour autant à se désendetter. Au contraire, le stock de la dette ne fit que s’accroître.

L’augmentation du volume de la dette publique et des montants à rembourser affecta aussi durablement les pays les plus industrialisés, ce qui entraîna au Nord un transfert massif des revenus des salariés au bénéfice des capitalistes. En effet, les gouvernements remboursent les dettes qu’ils ont contractées auprès des banques privées et des autres investisseurs institutionnels (assurances, fonds de pension privés, « mutual funds ») en prélevant une part de plus en plus importante sur les impôts qui sont principalement payés par les salariés. Depuis les années 1980 jusqu’à aujourd’hui, les gouvernants néo- ou social-libéraux ont constamment réduit les impôts payés par les capitalistes, ce qui augmenta la part des impôts provenant des travailleurs dans l’ensemble des recettes fiscales servant à payer la dette.
Dans les pays les plus industrialisés (c’est vrai également dans les pays du Sud), le patronat multiplia les agressions contre les salariés afin de faire remonter substantiellement leurs bénéfices et, relayé par les gouvernements, il réussit à atteindre son objectif.

De son côté, la part des salaires dans le produit intérieur brut connut une chute accentuée également à partir de 1981-1982 (la tendance baissière qui avait commencé en Europe avec la grande récession de 1974-1975 s’approfondit à partir de 1981). Inversement, la part des revenus empochés par les capitalistes augmenta.
Si on ajoute le Japon et les quelques autres pays industrialisés aux États-Unis et à l’Europe occidentale, on constate grosso modo le même type d’évolution. La masse des salaires en proportion du PIB commença à baisser à partir de 1974-1975. La baisse s’accentua brutalement à partir de 1982.
La grande transformation des années 1980 se manifesta également par la distance croissante qui sépare le taux de profit (qui augmente) du taux d’accumulation (qui baisse). Exprimé de manière simple : à partir de 1980, une part croissante des profits n’est pas investie dans la production, elle est consommée par les capitalistes ou est déviée vers la sphère financière en lien avec un comportement de rentier.

Une autre évolution complète la grande transformation : aux États-Unis, alors que la part des salaires diminue dans le produit intérieur brut, la consommation privée augmente fortement à partir de 1981-1982. Cela signifie deux choses :
1. les salariés financent de plus en plus leur consommation en s’endettant. Ce sont les 20 % de ménages les plus pauvres qui ont le plus augmenté leur endettement (de 90 % entre 2000 et 2007) : c’était le maillon faible du dispositif, le public naturel des subprimes ;
2. les capitalistes consomment de plus en plus en utilisant une part croissante de leurs profits dans des dépenses somptuaires. Mais ils s’endettent aussi. En effet, en masse de crédit, les 20 % les plus riches ont contribué à eux seuls à la moitié de la progression de la dette des ménages enregistrée entre 2000 et 2007. Les riches se sont endettés pour spéculer en Bourse ou dans d’autres secteurs comme l’immobilier tant que les prix étaient à la hausse.

Aux États-Unis, la consommation s’est fortement accrue alors que la masse salariale a baissé. Au sein de l’Union européenne, la part des salaires a baissé de manière plus importante tandis que la consommation s’est maintenue. La différence entre les États-Unis et l’Union européenne en ce qui concerne l’évolution de la consommation tient au fait que si l’on excepte la Grande-Bretagne, l’Espagne et l’Irlande, l’endettement des ménages est resté nettement inférieur à celui des États-Uniens (même s’il progresse également). Donc il a financé la consommation dans une moindre proportion.
Aux USA, ce sont les banques, les assurances et les autres investisseurs institutionnels qui ont connu une forte croissance de rentabilité tandis que le taux de profit du secteur industriel a moins progressé.

Loin d’être un accident économique ou la conséquence des errements de quelques-uns, il s’agit de la suite naturelle de la logique qui prévaut dans le système capitaliste. De plus, comme le dit Michel Husson : « La finance n’est pas un parasite sur un corps sain. Elle se nourrit du profit non investi mais, avec le temps, elle acquiert un degré d’autonomie qui renforce ce mécanisme. Les capitaux libres circulent à la recherche d’une rentabilité maximale (la fameuse norme de 15 %) et ils réussissent, au moins temporairement, à l’obtenir sur certains segments. Les banques elles-mêmes captent une partie croissante des profits. Cette concurrence pour un rendement maximal élève la norme de rentabilité et raréfie un peu plus les lieux d’investissement jugés rentables, dégageant ainsi de nouveaux capitaux libres qui vont à leur tour partir à la recherche d’une hyper-rentabilité financière. Ce cercle vicieux repose encore une fois sur une répartition des revenus défavorable aux travailleurs et à la reconnaissance de leurs besoins sociaux. »
Pour comprendre la crise qui a éclaté en 2007, il convient de ne pas s’arrêter à son détonateur. La cascade de faillites financières, si elle en est la partie visible, ne constitue pas la cause fondamentale de la crise.
Il y a 160 ans, Karl Marx a mis en garde contre une interprétation superficielle des crises capitalistes : « Les années 1843-1845 furent celles de la prospérité industrielle et commerciale, conséquences nécessaires de la dépression presque permanente de l’industrie dans la période de 1837 à 1842. Comme toujours, la prospérité lança bientôt la spéculation. Celle-ci surgit régulièrement dans les périodes où la surproduction bat déjà son plein. Elle fournit à la surproduction des débouchés momentanés. Elle hâte en même temps l’irruption de la crise et en augmente la violence. La crise elle-même éclate d’abord là où sévit la spéculation et ce n’est que plus tard qu’elle gagne la production. L’observateur superficiel ne voit pas la cause de la crise dans la surproduction. La désorganisation consécutive de la production n’apparaît pas comme le résultat nécessaire de sa propre exubérance antérieure mais comme une simple réaction de la spéculation qui se dégonfle. »

La conclusion s’impose : la crise en cours trouve ses racines dans le système capitaliste en tant que tel, et pas simplement dans sa phase néolibérale.
Alors, comment en sortir ? Il y a plusieurs issues capitalistes à la crise car ce système ne s’effondrera pas de lui-même. L’issue recherchée aujourd’hui par les gouvernements en place implique un approfondissement de l’offensive du capital contre le travail : austérité ou baisse salariale, augmentation du taux d’exploitation des travailleurs et des petits producteurs, utilisation d’une plus grande part des recettes fiscales pour le sauvetage des capitalistes et pour le remboursement d’une dette publique qui a explosé depuis 2007-2008. Parallèlement à cette offensive en cours, certains mécanismes légers de réglementation des marchés financiers sont en cours d’adoption et une mise sous statut public de quelques entreprises financières a été réalisée (principalement aux États-Unis et en Grande-Bretagne).
Des mobilisations populaires massives pourraient déboucher sur une inflexion de la politique gouvernementale plus ou moins comparable à ce que fut la politique du New Deal initiée par Franklin Roosevelt à partir de 1933, près de quatre ans après le krach de Wall Street, suivi par différents gouvernements d’Europe occidentale (Grande-Bretagne, France). En sera-t-il de même cette fois-ci ? Rien ne le garantit. Tout va dépendre de la vigueur des résistances de celles et ceux qui sont victimes de la crise. C’est la lutte des classes, cette réalité que la pensée unique veut faire disparaître, qui décidera de l’issue.

Pour leur part, les peuples des PED sont aussi directement confrontés à un retour en force de l’offensive du capital contre le travail. En effet, les années 2004-2007 avaient signifié dans de nombreux pays, notamment les pays émergents, une légère amélioration des conditions de vie, due principalement au niveau élevé des prix des matières premières (y compris le pétrole) qui généraient des revenus importants pour les pays exportateurs. Dans le cas de la Chine, c’est l’augmentation permanente des exportations de produits manufacturés vers les marchés internationaux qui en était la cause. Les travailleurs chinois et russes avaient obtenu des augmentations de salaires. Les gouvernements de pays comme le Venezuela, l’Équateur, la Bolivie, l’Algérie, l’Argentine, le Brésil, l’Inde augmentaient les dépenses sociales. Les entreprises embauchaient et concédaient des augmentations de salaires.
La crise alimentaire du premier semestre 2008, suivie des retombées des crises financières et économiques, a modifié radicalement la situation, même si tous les pays ne sont pas affectés de la même manière. Dans l’ensemble des pays touchés, les luttes populaires seront déterminantes. Car sans attendre l’issue que les capitalistes et les gouvernements à leur service veulent imposer, il faut mettre en avant une sortie anti-capitaliste à cette crise et lutter au plus vite pour avoir une chance d’y parvenir.
Vous pouvez retrouver l'article complet d'Eric Toussaint, avec les graphiques et leurs explications et leurs sources, sur
http://www.voltairenet.org/article162008.html
00:43
Écrit par Patrice
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18.11.2009
Lorsque le travail devient torture...

Le 8/09/2009, un technicien de France Telecom du centre d'intervention de Troyes, à qui sa direction venait de confirmer que son poste était supprimé et que les postes disponibles étaient à une centaine de kilomètres, a tenté de se suicider en se poignardant lors d'une réunion de son service convoquée par le manager. Si son geste avait abouti, ce serait le 23° suicide depuis février 2008 à France Télécom. Dernier en date, un technicien chez Orange au centre de recherche de Lannion s'est suicidé à son retour de vacances. Il avait déclaré "ne pas vouloir reprendre son travail dans les conditions de juin". Même si les raisons d'un suicide restent toujours mystérieuses, il est impossible, vu le nombre, de ne pas faire le lien avec les conditions de travail.

Les syndicats, eux, le font puisqu'ils ont même créé, en 2007, un « Observatoire du stress et des mobilités forcées » à France Télécom qui, depuis lors, a recensé des milliers de témoignages alarmants. Depuis la privatisation en 1996, les effectifs ont fondu, de 160.000 salariés à 100.000. En cinq ans, il y a eu 70.000 changements de métier, une situation qui a généré beaucoup de stress. "La pression est forte, quand vous recevez tous les jours un mail vous demandant de céder à des objectifs de mobilité", affirme Pierre Dubois, délégué CFDT, selon qui la rémunération variable de certains cadres du groupe "dépend à 50% d'un objectif de réduction d'effectifs". Affectés par les mutations, la mise en concurrence avec des jeunes et les changements de métier, les anciens de France Télécom s'avouent « démoralisés ». Selon Patrick Ackermann, représentant syndical SUD-PTT, « les cadres ne sont pas épargnés, beaucoup d'entre eux sont restés sur le carreau ou ont été contraints d'accepter des postes d'agent d'exécution, préférant subir que partir."
Mais depuis peu, « on pousse les gens vers la sortie sans dispositif d'accompagnement sérieux. Nous sommes une société privée en secteur concurrentiel, il faut faire du chiffre et il y a une volonté délibérée d'éjecter les fonctionnaires. » Les anciens sont remplacés par « des jeunes de 20 ans, en CDD, qui ne rechignent pas sur les heures tardives et qui travaillent aussi le samedi, renchérit Anne-Marie, déléguée SUD-Télécom. Nous, nous sommes considérés comme des verrues ». Des médecins du travail ont plusieurs fois tiré la sonnette d'alarme, en vain, certains ont même démissionné parce que la direction de France Télécom ne tenait pas suffisamment compte des rapports qu'ils lui adressaient.

Car comme beaucoup d'autres entreprises, France Telecom pratiquent une gestion individuelle du « stress » au travail avec des numéros verts, des "tickets psy". Mais pour Christian Wipliez, délégué CFDT : «Les procédures managériales pour gérer les salariés sont devenues très individualisées, voire infantilisantes.» Entretiens en face à face, batteries d'outils pour évaluer l'individu... Même les tâches complexes peuvent être découpées. «C'est pire que tout. Cela crée un isolement très pénible. On en oublie le collectif.» Florence Bègue, auteur d'une livre sur "Suicide et travail", constate que "le suicide au travail n'existe que depuis environ une douzaine d'années. Auparavant, il n'y en avait pratiquement pas, sauf parmi les ouvriers agricoles, dont lieu de travail et lieu de vie étaient confondus". Il ne faudrait pas oublier l'étymologie du mot travail vient du latin « Tripalium » qui était un instrument de torture... (Instrument de torture à trois pieux utilisé par les Romains de l'Antiquité pour punir les esclaves rebelles.)

Le blog de Jean-Marcel Bouguereau 09-09-2009
15:27
Écrit par Patrice
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