15.12.2009

Une interview de Che Guevara en français

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08.12.2009

19 septembre 1999 à Belgrade, un discours toujours d'actualité

José Fontaine

Le discours de José Fontaine à Namur, le 19 septembre 1999, au cimetière de Belgrade

Dans l’ouvrage "Mathilde, regards sur un mariage princier" (Luc Pire et Université de Liège, 2000) Christophe Havaux résume les circonstances de ce discours de la manière suivante: « Ce dimanche 19 septembre, à Namur, se tient la cérémonie du Souvenir, un hommage à ceux qui, en 1830, en 1914-1918 et en 1940-1945, ont combattu pour nos libertés. Ce moment solennel ponctue chaque année les fêtes de Wallonie. Se trouvent rassemblés au cimetière de Belgrade es anciens combattants, des anciens résistants, des représentants des ambassades des pays alliés [NDLR: USA, Royaume-Uni, Russie,  Italie, Franceet diverses personnalités politiques [Les Présidents des Parlements wallons et communautaires français, plusieurs ministres régionaux et communautaires dont Pierre Hazette,  le Ministre fédéral de l’intérieur, le Gouverneur de la Province et des députés permanent, le Bourgmestre de Namur d’autres autorités civiles et militaires]. Le témoin « wallon » invité cette année s’appelle José Fontaine [...] [Il] prononce depuis la tribune un vibrant hommage aux insurgés de 1950 refusant le retour sur le trône de Léopold III, aux grévistes de 1960 revendiquant l’autonomie wallonne, puis s’insurge contre la pensée unique, l’ultralibéralisme, le chômage, demande la justice sociale, en appelle à une vraie solidarité avec Bruxelles et la Flandre, réclame dès lors la suppression de l’État belge et de la Communauté française, « pour que vive la Wallonie mais surtout pour que vive la République! ». Silence. Dans le public, certains applaudissent, d’autres huent. Pierre Hazette, ministre communautaire de l’Enseignement secondaire et Willy Taminiaux, président du Parlement communautaire, quittent la cérémonie en signe de protestation. La démission de Frédéric Bovesse, président du Comité central des fêtes de Wallonie, et par ailleurs médiateur de la région wallonne est réclamée. La polémique tranche avec les discours consensuels et politiquement corrects prononcés la veille. » [À tort, Ch. Havaux parle d’un discours républicain pour considérer l’événement comme mineur alors que dans pareil contexte, il n’y eut - hors le cri de VIVE LA RÉPUBLIQUE attribué à Lahaut en 1950, dans un cadre infiniment plus dramatique et important -aucun  discours républicain en présence d’officiels]

LE DISCOURS

Vous me permettrez de m’adresser simplement aux Morts de 1830, aux Anciens combattants et Résistants de tous les pays, vivants ou morts. Car la Résistance, est, notamment en Wallonie, la plus belle page de toute l’histoire humaine.

Il y en a qui disent, implicitement pour la minimiser, qu’elle n’aurait été l’affaire que d’une minorité. Mais c’est évidemment absurde. Pourquoi? Parce qu’il est évident que la Résistance ne pouvait qu’être l’affaire d’une minorité! En effet, la Résistance dépasse si infiniment l’homme  qu’elle dépasse les Résistants eux-mêmes pour commencer. La Résistance dépasse si infiniment l’homme qu’elle sauve des sociétés tout entières, comme la Wallonie et comme la France du Général de Gaulle. Non seulement la Résistance de 1940, mais celle qui est  inscrite au plus profond du coeur de l’Homme depuis toujours et pour toujours.

La Résistance prend à mes yeux la figure d’une jeune femme, Marguerite Bervoets, résistante wallonne de Tournai, décapitée à la hache de Wolfenbüttel et qui écrivait dans sa lettre d’adieu à sa meilleure amie: « Mon Amie, J’ai péri d’avoir trop aimé la vie. Je songe à vos enfants qui seront libres demain ». Marguerite Bervoets était athée, mais le croyant que je suis se met à genoux en l’entendant. Et c’est d’ailleurs en un sens, mes amis, à genoux que je vais continuer à vous parler, car je vais peut-être dire des choses aujourd’hui qui déplairaient à certains,  mais qui me dépassent si infiniment - et qui d’ailleurs dépasse même la Wallonie -  que je dois, absolument, vous les dire!

Marguerite Bervoets

Marguerite Bervoets

 

 

Mes amis, ce qu’écrivait Marguerite Bervoets, c’est ce que dans un grand pays voisin on appelle presque religieusement et parfois à voix basse, la République. La République, ce n’est pas seulement un régime politique parmi d’autres. La République c’est l’existence humaine dans sa dignité. C’est comme le disait justement de Gaulle viser haut et se tenir droit.

Oh! comme la Wallonie a visé haut et s’est tenue droite durant la guerre, à tel point que sa Résistance a rebondi en 45 avec le Congrès  de Liège en 45,  avec les grèves de 50 contre Léopold III, les grèves de 60, et toutes les luttes politiques et sociales jusqu’à aujourd’hui qui font qu’il y a ici tout près de la Meuse un Parlement wallon et un Gouvernement. Ce Parlement wallon et ce Gouvernement ne sont pas qu’aux politiciens. Je viens de vous le dire. Ils viennent de nous. Par conséquent, ils sont à nous, ils sont à tous les habitants de Wallonie, ils sont au   Peuple de Wallonie.

 

Question royale

La question royale

 

 

Peuple de Wallonie, tu es un grand peuple, tu possèdes la vraie noblesse, celle qui écrase celle des rois et des princesses.  Je n’accepte pas, Peuple de Wallonie, que l’on subordonne ta noblesse et ta grandeur à n’importe quoi et notamment, en tout cas dans le langage et comme si nous étions secondaires, qu’on subordonne ta noblesse par exemple à la défense de tous les francophones de ce pays. A ceux qui le disent je réponds trois choses: premièrement, les Francophones de ce pays, mais c’est d’abord et essentiellement et de très loin les Wallons et la Wallonie; nous resterons cependant toujours solidaires des Bruxellois francophones, mais il ne nous plaît pas - in’nous plait nin -  qu’on nous le commande à travers cette institution désuète et dépassée qui nie notre identité et qui est la Communauté française; il y a quelque chose seulement qui dépasse évidemment la Wallonie c’est l’amour des autres peuples et de l’humanité.

Comme disent nos amis américains: Life, Liberty and the Pursuit of Happiness. La vie, la liberté et le bonheur. La vie, la liberté et le bonheur que l’on enlève en Wallonie à trop de chômeurs et d’exclus, notamment les jeunes. Alors que depuis 30 ans, les richesses globales de nos sociétés a doublé sinon triplé, ce qui veut dire que, mathématiquement, il serait possible de donner du travail à tous les enfants de Wallonie.

Tous les enfants de Wallonie! Souvenez-vous des paroles de Marguerite Bervoets. C’est un écho à ces paroles. Et vous me permettrez de mettre ces mots de Marguerite Bervoets sur les lèvres aujourd’hui muettes de François Bovesse.

 

BOVESSE_Francois

François Bovesse

 

François Bovesse, Marguerite Bervoets! vous qui, à l’heure de l’héroïsme, songiez à vos enfants qui seraient libres, regardez, à cause du chômage et de l’exclusion, ils ne le sont pas tous!

François Bovesse, Marguerite Bervoets! regardez surtout, surtout, de vos yeux perdus, nos sociétés qui marchent vers de plus en plus d’injustice et de plus en plus de servitude. Nous ne le tolérerons pas parce que cette marche vers la servitude et l’injustice, à cause du néolibéralisme et de la Pensée unique, c’est une insulte à votre Sacrifice suprême pour la Patrie!

Comme c’est une insulte à la patrie wallonne, que de voir un grand journal francophone croire qu’il faut cracher pratiquement quotidiennement sur les symboles et efforts wallons, un grand journal francophone qui, n’a pas compris, lui non plus, que les Francophones, c’est d’abord les Wallons et la Wallonie.

Enfin, pour terminer, je n’accepte pas que l’on subordonne le salut wallon à l’État belge - non pas à la Belgique, encore moins à l’entente avec les Flamands qui est nécessaire, -met de Vlamingen - mais que l’on subordonne le salut wallon à l’État belge, alors que cet État nous a laissés tomber pendant un demi-siècle de déclin, dont nous sortons à peine,  à tel point qu’il a fallu que les ouvriers wallons montent à Bruxelles 10 fois, 20 fois, cent fois, en vue de s’y faire matraquer pour y obtenir simplement ce qui nous était dû au nom de la simple Justice.

Au nom de la simple Justice, je demande que soit supprimé le chômage et que soit supprimée la Communauté française. Et au nom de la simple justice, je demande que vive la Wallonie mais, surtout, que Vive la République!

Coq wallon

OU

 

RWF

 

 

 

 

 

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27.09.2009

28 septembre 1864: naissance de l'AIT


Le 28 septembre 1864, à Londres, au cours d'un meeting à Saint Martin's Hall, des ouvriers venus de toute l'Europe fondent l'Association internationale des travailleurs (AIT).


Naissance d'un syndicalisme européen


Dans tous les domaines (arts et lettres, diplomatie et défense, libre circulation des hommes et des marchandises, monnaie,...), l'Europe atteint au début des années 1860 un niveau d'intégration sans équivalent, même aujourd'hui. Le syndicalisme n'échappe pas à ce mouvement.


Les syndicats sont nés quarante ans plus tôt en Angleterre, à la faveur de la révolution industrielle. Ils rassemblent surtout des compagnons qui appartiennent aux métiers traditionnels et possèdent un bon niveau d'instruction : imprimerie, bâtiment, confection etc.


Le syndicalisme acquiert une dimension internationale avec l'Association internationale des travailleurs, qui naît dans une période de grande expansion économique, sous les règnes de la reine Victoria et de Napoléon III. L'AIT, ou première Internationale ouvrière, se donne pour objectif de coordonner les luttes syndicales et populaires de tous les pays. Elle comprend un comité central et de simples sections nationales.


C'est un intellectuel allemand, réfugié à Londres depuis l'échec des révolutions de 1848, qui rédige les statuts de l'Association internationale des travailleurs. Il s'appelle Karl Marx. Il a 46 ans.


Karl_Marx


Karl MARX


Karl Marx vit à Londres dans des conditions matérielles précaires et publie des ouvrages théoriques d'un abord difficile.


En 1864, il est surtout connu des syndicalistes et des socialistes par un opuscule qu'il a publié en 1848 avec son riche ami Friedrich Engels : Le Manifeste du Parti communiste(son oeuvre principale, Das Kapital, paraîtra trois ans plus tard).


Engels


Friedrich ENGELS


Fatales rivalités


L'Association internationale des travailleurs aligne dans ses plus belles années quelques milliers d'adhérents seulement dans toute l'Europe. Elle est très tôt minée par les rivalités entre Karl Marx, qui prône un socialisme «scientifique», et le courant anarchiste animé par Pierre Joseph Proudhon puis par Michel Bakounine.


L'Association est issue d'un grand mouvement de protestation en faveur des Polonais, victimes en 1863 d'une féroce répression russe. Mais elle ne survit pas aux tensions nées de la guerre franco-prussienne et de la Commune de Paris, en 1871.


Les anarchistes de Bakounine sont expulsés l'année suivante et l'AIT transporte son siège à New York, où elle s'éteint dans l'indifférence.


Proudhon


Pierre-Joseph PROUDHON


D'une Internationale à l'autre


Bien plus tard, à Paris, en 1889 (six ans après la mort de Marx), les socialistes fondent une deuxième Internationale. Celle-ci a survécu tant bien que mal jusqu'à nos jours sous le nom d'Internationale ouvrière et socialiste.


De 1919 à 1943, la IIe Internationale a été concurrencée par une IIIe Internationale dite communiste (Komintern) et sévèrement contrôlée par Staline. Trotski, son rival, a fondé pendant son exil, en 1938, une IVe Internationale qui fut très en vogue parmi les jeunes contestataires français de Mai 68.


trotski


Léon TROTSKY


Source:

http://www.herodote.net/index.php


Signalons que la IVème internationale existe toujours. En Belgique, elle est représentée par la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR)

http://www.lcr-lagauche.be/cm/index.php?option=com_sectio...


LCR

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13.10.2007

Il a été assassiné le 9 octobre 1967 (7)


5. La fin


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Simon BOLIVAR


"Prends, c'est seulement un cœur, Tiens-le dans ta main Et quand le jour viendra, Ouvre ta main pour que le soleil le chauffe" Che Guevara, "El Patojo", 1963.


Déguisé, le Che arrive fin octobre en Bolivie où, avec un groupe de 17 cubains, plusieurs boliviens et autres latino-américains, il tentera d'implanter d'octobre 66 à octobre 67 un foyer de guérilla conséquent. Le choix de la Bolivie (dirigée alors par le dictateur Barrientos) avait une valeur symbolique et stratégique. Symbolique parce que le nom du pays vient de celui de Simon Bolivar, dirigeant des guerres d'indépendance latino-américaines du XIX siècle contre la domination espagnole. Le rêve de ce dernier, jamais réalisé, était d'unir toute l'Amérique Latine en une seule entité politique. Stratégique car le pays se trouve au coeur du continent, ayant des frontières avec 5 autres Etats (Brésil, Paraguay, Argentine, Chili et Pérou). L'idée de faire de la guérilla bolivienne un foyer d'où rayonneraient d'autres guérillas dans les pays précités, avec comme objectif stratégique à long terme la victoire de plusieurs révolutions sur le continent, était évidemment dans l'esprit du Che. Pour ce dernier, le rêve de Bolivar pourrait se réaliser à travers la création des Etats-Unis socialistes d'Amérique Latine. Dans l'immédiat, l'utilité de la guérilla bolivienne était également de contribuer à l'affaiblissement de l'impérialisme qui, à ce moment-là, concentrait une grande partie de ses forces dans la lutte contre le peuple vietnamien. Par rapport à cette question, l'évolution du Che dans sa critique des bureaucraties «socialistes « était fortement avancée. Dans un message adressé à une Conférence internationale qui se tenait en avril 1967 à La Havane, le Che lance son fameux mot-d'ordre: « Il faut créer un, deux, trois, plusieurs Vietnam». Dans ce même message, il n'hésite pas à critiquer fortement l'URSS et la Chine de Mao Tsé-Tung, non seulement parce ces pays n'osent pas aider conséquemment les révolutionnaires vietnamiens (en menaçant de guerre l'impérialisme par exemple), mais également parce les querelles qui divisent ces deux pays affaiblissent à l'échelle mondiale les forces anti-impérialistes: «Le Vietnam est (...) tragiquement seul. (...) La solidarité du monde progressiste avec le peuple du Vietnam ressemble à l'amère ironie que, pour les gladiateurs du cirque romain, signifiait l'encouragement de la plèbe. Il ne s'agit pas de souhaiter le succès de la victime de l'agresseur, mais de partager son sort (...). L'impérialisme américain est coupable d'agression, cela, nous le savons (...). Mais sont aussi coupables ceux qui, à l'heure de la décision, ont hésité à faire du Vietnam une patrie inviolable du socialisme. (...) sont coupables ceux qui poursuivent une guerre d'insultes et de crocs-en-jambe».


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Ernesto Guevara dans la forêt bolivienne


Après plusieurs mois d'activité, la guérilla bolivienne du Che s'enfonce de plus en plus dans l'échec. Les raisons de la défaite sont très diverses, elles tiennent non seulement à des failles dans les conceptions théoriques du Che au niveau de sa stratégie révolutionnaire, mais également à des erreurs tactiques et des évènements conjoncturels. On peut citer au moins 7 éléments importants qui ont contribué à l'échec:


1) Manque total d'un soutien de masse. Durant les 11 premiers mois de la guérilla, pas un seul paysan indien ne fut recruté à la cause. Les indiens vivant dans la région où opérait la guérilla étaient très peu nombreux et très isolés. De plus, il parlaient une langue indienne inconnue des guérilleros. Enfin, une réforme agraire partielle, effectuée quelques années plus tôt, avait donné satisfaction à une couche de ces paysans. Pour toutes ces raisons, ils se méfiaient des guérilleros et beaucoup renseignaient l'armée sur les déplacement des hommes du Che. Ce manque de soutien de masse est sans aucun doute l'élément essentiel de la défaite des révolutionnaires, car, comme le notait Guevara lui-même: «Tenter de mener à bien une guerre de guérilla sans le soutien des masses conduit inévitablement au désastre»


2) Erreur tactique: la zone choisie par le Che avait l'avantage d'être proche des frontières de plusieurs pays mais elle ne répondait pas à la possibilité de créer un véritable foyer de guérilla, capable de créer une situation de double pouvoir territorial. D'abord pour des raisons purement géographiques: la zone était peu cartographiée, la guérilla dû ainsi passer de longs mois en reconnaissances et en relevés topographiques. Ensuite parce que la composition sociale de la région ne s'y prêtait pas. Par contre, si le Che aurait implanté son action plus au nord, les chances auraient été plus grandes car les paysans de ces régions auraient été plus réceptifs à la lutte et, tout près, se trouve une zone de mines comptant des ouvriers mineurs extrêmement combatifs. Une jonction avec ces éléments aurait permis au Che de rompre son isolement et de développer une assise de masse à la guérilla.


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Grève des mineurs boliviens en 2003


3) Hasards de la lutte: le déclenchement du conflit armé, le 23 mars 1967, fut à l'initiative de l'armée, à un moment où la guérilla, en pleine phase d'entraînement et de reconnaissance du terrain, n'était pas encore prête au combat (Guevara estimait que le mois d'août serait le plus favorable). La troupe du Che connu ainsi plusieurs mésaventures graves: le 4 avril, le campement principal de la guérilla tomba aux mains de l'armée, occasionnant la perte de matériel important (et notamment des médicaments contre l'asthme dont souffrait le Che, ce qui allait fortement contribuer à l'affaiblissement physique de Guevara). Ensuite, le 17 avril 1967, la troupe du Che s'est a été scindée en deux et ne s'est plus retrouvée, les deux colonnes étant par la suite poursuivies et anéanties séparément. Le premier groupe sera anéanti le 31 août. Le groupe du Che, le 8 octobre 1967.


4) Adversaire féroce et préparé: l'armée bolivienne était fortement soutenue par les Etats-Unis. Des unités spéciales de lutte anti-guérilla avaient été formées par des instructeurs américains qui eux-mêmes se basaient sur les leçons de Cuba. Les impérialistes américains étaient fermement résolus à écraser au plus vite et par tous les moyens le premier noyau de guérilla. Les «Rangers» boliviens, épaulés par des officiers de l'armée US et des agents de la CIA, furent des ennemis redoutables et impitoyables pour la guérilla.


5) Isolement total par rapport à la ville et manque de soutien de la part du Parti communiste bolivien (stalinien). La guérilla du Che fut purement et simplement abandonnée et laissée à son sort par les dirigeants du PC bolivien. Pour ces derniers, la théorie de la lutte armée était à rejeter, seule comptait l'alliance entre les ouvriers et la bourgeoisie nationale pour lutter contre l'impérialisme et la dictature, les paysans n'intéressaient pas les staliniens. Le Che avait également eu des contacts, inutiles eux aussi, avec le Parti communiste maoïste bolivien. Le fait que Guevara allait lancer la guérilla avant même que ne soit constitué un réseau urbain bien organisé et implanté allait contribuer à l'échec.


Bref, n'ayant aucun soutien des masses paysannes, sans aucun lien ou soutien concret avec le prolétariat des villes, (autre élément essentiel pour la victoire, comme le Che le reconnaissait aussi), mis à part quelques messages ou gestes de solidarité, trahis par ceux qui se réclament du communisme, la défaite du Che était inéluctable, et ce malgré quelques succès ponctuels.


On peut également rajouter, comme l'une des causes de l'échec de la guérilla bolivienne, le manque de compréhension du problème indien. En effet, majoritaires dans la population paysanne bolivienne, le Che ignorait les spécificités de l'oppression des indiens, oppression notamment culturelle. L'absence de connaissance de la langue indienne allait donc fortement handicaper le processus de conscientisation des paysans indiens pour qui les guérilleros n'étaient que des « blancs « de la ville.


Morales


Evo Morales, président indien de la Bolivie d'aujourd'hui


A partir du 26 septembre 1967, plusieurs fois encerclé, tombant dans plusieurs embuscades, le groupe du Che est finalement décimé dans le ravin dit du «Quebrada del Yuro», près du village de La Higuera. Guevara voulait remonter plus au nord et gagner ainsi une région socialement plus «fertile» pour les idées révolutionnaires. Plusieurs hommes sont tués ou blessés dont le Che, qui sera finalement capturé par les «Rangers» boliviens. Transféré au village de La Higuera,, il sera interrogé et identifié par des officiers boliviens qui le laisseront sans soins durant toute une nuit. Le lendemain, vers 10h00, l'ordre d'abattre le prisonnier est donné par les autorités boliviennes, conseillées par la CIA américaine. En septembre 1958, de manière quasi prophétique, Guevara avait déclaré: «Je mourrai le sourire aux lèvres, au sommet d'une colline, derrière un rocher en combattant contre les américains ». Che Guevara, l'ennemi indomptable de l'impérialisme, devait mourir aux yeux des puissants de ce monde... Ernesto Che Guevara, un des plus grands révolutionnaires de ce siècle, que l'on peut sans hésiter placer, de par ses actes et sa pensée, aux côtés de Lénine, Trotsky, Luxemburg et Gramsci, fut donc froidement abattu d'une rafale le 9 octobre 1967 à 13h10.


Le 15 octobre, en direct à la télévision cubaine, Fidel Castro, contenant son émotion, confirme l'information. Le 18 octobre, il déclare: "Devant l'Histoire, les hommes qui agissent comme lui, les hommes qui font tout et donnent tout pour la cause des humbles grandissent chaque jour, ils entrent plus profondément dans le coeur des peuples. Et ceci, les ennemis impérialistes commencent à le percevoir et ils ne tarderont pas à se rendre compte qu'à la longue, sa mort sera comme une graine qui donnera naissance à beaucoup d'hommes décidés à suivre son exemple.»


che mort


Le Che est mort. La lutte continue.


Andy Warhol-CheGuevara


Che Guevara - Andy Warhol

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10.10.2007

Il a été assassiné le 9 octobre 1967 (5)


L'Homme nouveau et la démocratie socialiste


Dans la construction d'une société réellement socialiste, Che Guevara insistera non seulement sur les changements structurels et économiques à apporter, mais aussi humains: «Le socialisme n'a pas été conçu (...) pour avoir de formidables usines seulement, il se fait pour l'Homme intégral». Pour lui, le socialisme doit instaurer un type d'Homme nouveau, débarrassé de l'égoïsme et de l'individualisme bourgeois: «Pour construire le communisme, il faut changer l'homme en même temps que la base économique». Et, «Si le communisme n'aboutissait pas à la création d'un Homme nouveau, il n'aurait aucun sens» déclarait-il dans un texte célèbre: «Le socialisme et l'Homme à Cuba» (1965). L'abolition de la propriété privée des moyens de production, les mesures sociales radicales, etc. sont des bases essentielles mais non suffisantes pour le socialisme. Il faut également modifier les rapports des hommes entre eux, envers le travail et, en général, c'est la qualité elle-même de la vie qui doit être modifiée. Les progrès matériels doivent être nécessairement accompagnés d'un nouveau sens de la vie, sens guidé par la camaraderie, la fraternité et la solidarité humaine. L'aliénation et les oppressions que subissent l'humanité sous le capitalisme doivent être éradiquées en même temps que l'exploitation économique, sociale et politique. Les mécanismes psychologiques d'oppression et d'aliénation sur lesquelles reposent également le capitalisme sont à combattre. Sur ces points, comme sur beaucoup d'autres, le Che s'affrontait à la conception stalinienne du socialisme pour qui seule l'économie et le développement aveugle du productivisme économique sont importants, le reste ne pouvant venir que par la suite.


Che-Sierra


Che Guevara dans la Sierra Maestra


Mais si le Che comprenait l'importance des facteurs subjectifs et la transformation de la vie quotidienne des Hommes comme devant accompagner nécessairement la construction du socialisme, il n'intégrait pas dans sa conception de l'Homme nouveau, du travailleur socialiste, une notion importante: celle d'une réelle autogestion des travailleurs. Or, le développement d'une conscience révolutionnaire parmi les masses passe bien plus facilement lorsque ces dernières disposent d'un pouvoir démocratique réel sur leur vie (dans tous les sens du terme), lorsque, par exemple, les travailleurs associés décident démocratiquement et d'eux-mêmes les plans productifs, leur finalité, etc. La conception de Guevara de la classe ouvrière en tant qu'avant-garde révolutionnaire nécessite que cette dernière soit réellement maître de son destin, c'est-à-dire qu'elle doit posséder ses propres organes de pouvoirs. Le Che, en 1965, allait tout de même entrevoir ce problème en déclarant qu' «Il est évident que le mécanisme ne suffit pas pour assurer une suite de mesures sensées et qu'il manque un rapport plus structuré avec la masse. Nous devons l'améliorer dans le courant des prochaines années.» ou encore: «il est nécessaire d'augmenter davantage sa participation consciente, individuelle et collective, à tous les niveaux des mécanismes de direction et de production «.Mais il n'aura malheureusement pas le temps de s'atteler à ce travail.


gouvernement cuba


Le Che membre du gouvernement cubain


En 1963, Guevara initie jusqu'en 1964 un grand débat national et international sur les voies économiques à emprunter pour atteindre le socialisme. Le Che est contre la loi du marché, telle qu'elle est pratiquée non seulement dans les pays capitalistes, mais également dans les pays «socialistes» car ces derniers poursuivent «la chimère de réaliser le socialisme à l'aide d'armes ébréchées que le capitalisme nous a légué (la marchandise, comme cellule économique, la rentabilité, l'intérêt matériel individuel)».Dans sa juste conception de la nécessité de créer un Homme nouveau; il est également contre l'utilisation unique de stimulants matériels (primes et récompenses individuelles) pour inciter les travailleurs à mieux produire. A ces derniers, il préfère utiliser des stimulants «moraux» socialistes couplés à des stimulants matériels collectifs: «Le stimulant matériel est l'héritage du passé avec lequel il faut compter mais auquel il faut enlever peu à peu sa prépondérance dans la conscience des gens au fur et à mesure que la société progresse.» («Sur la construction du parti», 1963) Au cours de ce débat, il invite à Cuba l'économiste marxiste Ernest Mandel. Le fait que ce dernier était également un des dirigeants de la IVe Internationale (trotskyste) démontre l'anti-dogmatisme du Che (alors que les communistes staliniens taxent depuis toujours les trotskystes de contre-révolutionnaires)! Le Che était très clair sur l'aspect non-dogmatique du marxisme: "Pour créer une société socialiste à Cuba, il faut fuir comme la peste la pensée mécanique. Celle-ci ne conduit qu'à des méthodes stéréotypées. Le marxisme est une dialectique, un processus d'évolution. Le sectarisme à l'intérieur du marxisme crée un malaise, un refus de l'expérience". A la même époque, il approfondit ses connaissances marxistes et relit « Le Capital" de Karl Marx, qu'il qualifie de "monument de l'intelligence humaine"


Ernest Mandel

Ernest Mandel

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09.10.2007

Il a été assassiné le 9 octobre 1967 (4)


L'impérialisme en Amérique Latine


Au début du XIXe siècle, à peine libérés de la domination coloniale espagnole, les nouveaux états d'Amérique Latine ont été l'objet des ambitions politiques et surtout économiques de l'Angleterre et des Etats-Unis, les principaux pays capitalistes. Le capitalisme de ces deux pays allait bientôt s'investir et contrôler les richesses de ces pays. Ils y organisent la production selon leurs intérêts économiques et non pas selon les capacités réelles des états latino-américains. Ainsi, des pays sont obligés de se spécialiser dans un seul type de production (ex. à Cuba, ce sera le sucre de canne). En 1823, le président Monroe décrète que les Etats-Unis ont le droit d'intervenir dans la politique intérieure des états du Sud du continent pour préserver ses intérêts économiques. Sur base de cette «doctrine Monroe», les Etats-Unis vont intervenir militairement à chaque fois que des révoltes, des révolutions ou de simples réformes mettent en danger leurs intérêts: au Nicaragua en 1909, en Haïti de 1915 à 1935. Porto Rico se proclame indépendant en 1869, mais quelques années plus tard, Washington y envoie des troupes et, depuis, les USA «administrent» encore ce pays. Ils interviendront également trois fois en République Dominicaine: 1916, 1925 et 1965. En 1954, il organisent le renversement du gouvernement Arbenz au Guatemala. En 1972, il feront de même avec le gouvernement progressiste d'Allende au Chili. A Cuba, où ils avaient installé leur fantoche Batista, ils envoient des mercenaires en 1961 pour renverser Castro. Depuis, l'île connaît un blocus économique féroce. En 1981, ils interviennent dans l'île de Grenade pour, de nouveau, renverser un gouvernement de gauche. La liste est longue...


allende


Salvador Allende


Ces interventions n'ont qu'un seul but; préserver les intérêts économiques des firmes US et maintenir au pouvoir les dictatures complices de cette exploitation économique. La plupart des entreprises US en Amérique Latine récoltent des bénéfices nettement supérieurs à ceux qu'elles réalisent aux États-Unis (grâce aux bas salaires et à l'exploitation éhonté des travailleurs et des ressources des pays du Sud). La majorité des bénéfices sont rapatriés aux États-Unis au lieu d'être réinvestis. Par exemple, à l'époque du Che, de 1950 à 1965, les investissements opérés par les États-Unis en Amérique Latine furent de 3,8 milliards de dollars. Pendant la même période, ils rapatrièrent 11,3 milliards. Les pays exploités ont donc eu à supporter un déficit de 7,5 milliards de dollars. De ce fait, l'appauvrissement des peuples d'Amérique Latine est directement proportionnel à l'enrichissement de la bourgeoisie américaine et des bourgeoisies nationales latino-américaines. L'impérialisme est donc un véritable système de domination économique, politique et culturel des Etats-Unis sur le reste des pays américains. C'est pourquoi il est, avec ses alliés autochtones, l "ennemi principal de tous les révolutionnaires de ce continent.


eau


Pas d'eau courante pour les pauvres d'Amérique latine


En 1962, le Che devient membre de la Direction des Organisations Révolutionnaires Intégrées, noyau du futur Parti Communiste Cubain (un P.C existait déjà auparavant, mais totalement stalinien et souvent en conflit avec la direction castriste). Le lendemain du discours de Castro du 15 avril 1961, une troupe de mercenaires soutenus par les Etats-Unis débarque à Cuba. En quelques heures ils seront battus par le peuple en arme. Les USA instaurent alors un blocus économique total sur l'île. Le danger politico-militaire et les difficultés économiques obligent Cuba à se rapprocher fortement de l'URSS. Le Che, de son côté, tente d'organiser au mieux la transition de l'économie cubaine du capitalisme au socialisme. Le 23 février 1961, il sera nommé ministre de l'Industrie. Dans son ministère, la ponctualité est de rigueur, le Che est très exigeant, non seulement pour les autres, mais également pour lui-même. Sa rigueur et son exigence n'étaient pas marquées par l'arrogance, mais bien par la compréhension de l'énormité et de la grande difficulté des tâches à accomplir. Ses deux objectifs principaux: transformer le travail de corvée en besoin enrichissant pour l'Homme et développer une économie cubaine socialiste débarrassée de la dépendance économique envers les pays capitalistes ou autres.


Baie des cochons


La brigade 2506 sur les barges à la Baie des Cochons - Le Houston touché par des roquettes


Mais le problème crucial, pour atteindre une économie socialiste, est le «sous-développement» économique de l'île, sous-développement que le Che définira de manière imagée et forte: «Qu'est ce que le sous-développement? Un nain avec une énorme tête et une poitrine puissante est «sous-développé «, dans ce sens que ses jambes faibles et ses bras courts ne correspondent pas au reste de son anatomie... Nos pays ont des économies faussées par la politique impérialiste qui a développé anormalement les branches industrielles ou agricoles de façon à ce qu'elles deviennent complémentaires des économies complexes des impérialistes. Le « sous-développement» ou développement faussé, amène dans les matières premières une dangereuse spécialisation qui maintient les peuples sous la menace de la famine. Nous, les «sous-développés», sommes aussi les pays de monoculture. Un produit unique, dont la vente incertaine dépend d'un marché unique qui impose et fixe les conditions, voilà la grande formule de la domination économique impérialiste» («Cuba, cas exceptionnel ou avant-garde?, 1963»). En effet, la principale production de Cuba est le sucre de canne, qu'elle exporte et échange contre les produits agricoles, industriels et énergétique (le pétrole) qui lui font défaut. Le sous-développement doit donc être surmonté: l'indépendance économique permettra ainsi une réelle indépendance politique. Pour obtenir cela, le Che préconise une industrialisation importante qui implique que la Révolution doit désormais s'appuyer essentiellement sur les ouvriers. Les paysans ne sont pas oubliés dans ses plans, loin de là: ils obtiennent une réforme agraire et une amélioration considérable de leur niveau de vie et sont appelés à développer la polyculture (diversification de la production agricole, notamment en légumes, etc.). Mais dorénavant, pour le Che, une seule classe sociale pouvait libérer le pays de sa dépendance, du sous-développement et permettre une accumulation économique suffisante, base minimale pour atteindre le socialisme: le classe ouvrière. Le Che lance ainsi un vaste plan d'industrialisation, de création d'industries nouvelles et d'introduction de nouveaux procédés modernes de production.


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A suivre...

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08.10.2007

Il a été assassiné le 9 octobre 1967 (3)


3. La Révolution en marche


"Il ne s'agit pas de réformer la société actuelle, mais bien d'en fonder une nouvelle". Karl Marx


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Un régime nouveau s'installe, composé d'une coalition des différentes organisations qui ont participé à la lutte. Le Che est naturalisé cubain le 9 février et voyage à l'étranger à la tête d'une délégation économique cubaine entre juin et septembre de la même année. Dès son retour, lui qui avait l'argent en horreur est désigné le 26 novembre 1959 à la tête de la Banque Nationale de Cuba. Sa première mesure sera d'aligner le salaire de son poste sur celui des simples ouvriers qualifiés. Furieux d'avoir perdu leur domination totale sur l'île, les Etats-Unis mettent des bâtons dans les roues. Après que Castro décide de nationaliser les principales firmes du pays (dont plusieurs sont américaines et exploitaient sans vergogne le pays et ses travailleurs), les USA rompent toutes relations et se font de plus en plus menaçants. Les changements sociaux ne s'arrêtent pas pour autant: en mai 1959, une réforme agraire largement favorable aux paysans est appliquée, les constructions d'hôpitaux et d'écoles se multiplient, la santé et l'éducation sont rendues gratuites, les loyers sont baissés de 50%, des acquis et des droits sociaux importants sont instaurés. Mais de toutes les mesures révolutionnaires, ce seront les nationalisations des industries et la réforme agraire radicale qui heurtent de plein fouet l'impérialisme US. Tout au long de l'année 1960, les conflits avec les USA se multiplient. Ces derniers stoppent leur vente de pétrole à l'île. Cuba se voit donc contrainte d'acheter du pétrole russe. Mais, les compagnies américaines présentes sur l'île se refusant de raffiner ce pétrole, Castro décide de nationaliser ces entreprises! L'attitude de l'impérialisme allait favoriser la radicalisation de la révolution, comme le relate le Che: « L'impérialisme a été un élément très important pour le développement et l'approfondissement de notre idéologie; chaque coup qu'il nous donnait appelait la riposte; chaque fois que les yankees, avec leur hauteur habituelle, réagissaient en prenant une mesure contre Cuba, nous devions immédiatement prendre une contre-mesure nécessaire, et la révolution se radicalisait ainsi progressivement.»


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Le Che à Pékin où il sera reçu par Mao et Chou En-lai


En 1961, une vaste campagne d'alphabétisation est décidée. Après une période de maturation, après l'expropriation du pouvoir économique et politique de la bourgeoisie, le 15 avril 1961, Castro décrète le caractère socialiste de la Révolution cubaine. La direction de la révolution cubaine, Castro en tête, se convertit au cours des années 59-61 au marxisme, non seulement sous l'influence de leur expérience sociale dans la guérilla, du fait de leur expérience à la tête du processus révolutionnaire, mais également sous l'influence de Guevara, qui avait adhéré au marxisme bien avant eux. Mais de tous les facteurs, c'est la formidable pression des masses ouvrières et paysannes qui poussera les nouveaux dirigeants à «sauter la pas» vers le socialisme (voir encadré: «Révolution permanente à Cuba» p...). «La construction du socialisme,» ce drame étrange et passionnant « comme l'appelait le Che, était à l'ordre du jour pour la première fois dans un pays d'Amérique.


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A SUIVRE

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07.10.2007

Il a été assassiné le 9 octobre 1967 (2)


Du "Granma" à la révolution cubaine


« La révolution n'est pas une pomme qui tombe quand elle est mûre! Vous devez la faire tomber, et ce fut précisément notre rôle historique. "Che Guevara, interview à Libération (Algérie), mars 1965."


Au cours de l'été 1955, à 27 ans, E.Guevara prend contact au Mexique avec un groupe de jeunes exilés cubains. Parmi ces derniers, il se lie d'amitié avec Fidel Castro, dirigeant du Mouvement du 26 Juillet (M-26-7) et révolutionnaire alors aux idées démocratiques petites-bourgeoises radicales. Ce dernier, peu de temps auparavant, avait tenté sans succès de renverser la dictature cubaine de Fulgencio Batista. Ayant attaqué une caserne de l'armée cubaine, les camarades de Castro sont décimés, emprisonnés et torturés. Castro sera également emprisonné, mais Batista, voulant donner une image plus "propre" de son régime, amnistie et libère Fidel. Il s'en mordra les doigts... A peine installé au Mexique, Castro décide de rassembler un groupe de cubains, de les armer, de les entraîner et de débarquer à Cuba. A cette époque, cette île était une semi-colonie économique et politique américaine (surnommée le "bordel et le casino" des riches américains). Batista y régnait sans partage, faisant régner une terreur dictatoriale qui coûtera 20.000 morts en 10 ans. A l'image du reste du continent, l'île compte près de 80% d'analphabètes, pratiquement pas d'écoles et d'hôpitaux, les paysans vivent pour la plupart dans des huttes et souffrent chroniquement de la famine.


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Maison cubaine sous Batista


La compréhension de la profonde unité d'intérêts qui lie les révolutionnaires du continent et sa sympathie envers la cause des exilés cubains pousse Guevara à rejoindre sans hésiter l'expédition de Castro, d'abord en qualité de médecin, puis, en qualité de combattant. Comme il le rappela lui-même: "J'ai parlé pendant toute une nuit avec Fidel et, le lendemain matin, j'étais déjà le médecin de la future expédition." Désormais, pour ce groupe de cubains, et, plus tard, pour le monde entier, Ernesto deviendra "El Che «Guevara". «Che!» est un mot, une interjection dans le langage parlé typiquement argentin (comme «hé!») et dont Guevara usait également lorsqu'il parlait. D'où ce surnom désormais célèbre et inséparable de son nom.


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Ernesto Guevara et Fidel Castro


Le 25 novembre 1956, 82 révolutionnaires s'embarquent avec armes et bagages dans un vieux yacht appelé «Granma». Objectif: libérer Cuba! Mais, débarqués le 2 décembre après une traversée chaotique, les guérilleros sont attaqués par l'armée le 5 décembre à Alegria del Pio et sont littéralement massacrés: plus de 60 guérilleros sont tués ou faits prisonniers.


Le 21 décembre, les rares survivants implantent, avec de grandes difficultés et après plusieurs échecs, un premier foyer de guérilla dans la zone montagneuse du sud-est de l'île, la Sierra Maestra. Dans ces montagnes, ils se lieront profondément avec les paysans pauvres, étonnés de voir des gens en armes leur payer la nourriture et les traiter avec respect. Mieux, les guérilleros ouvrent des écoles et soignent les paysans malades et blessés. Le Che se dépensera sans compter. L'absence de rasoirs fait que les guérilleros se laissent pousser la barbe et les cheveux et très vite on les surnomme partout «los barbudos» (les barbus).


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Des barbudos dans la Sierra Maestra


La paysannerie cubaine est en grande partie composée d'ouvriers agricoles, obligés de vendre leur force de travail contre un faible salaire dans les vastes plantations de canne à sucre des entreprises US et des grands propriétaires terriens. En dehors des périodes de récolte, ils étaient voués au chômage et à la misère. Ce fait donnera donc très tôt un caractère nettement prolétarien à la révolution et amènera, déclare Guevara, «une prolétarisation de notre pensée». En effet, pour les jeunes intellectuels de la ville (composante essentielle parmi les premiers guérilleros de Castro), le contact direct avec la vie du peuple le plus exploité sera bénéfique: beaucoup de guérilleros comprennent que la révolution ne pourra pas être seulement politique, mais également sociale. Dans ses «Souvenirs de la guerre révolutionnaire», le Che relate ainsi ce fait: «Cette conscience que nous avions de la nécessité d'un changement définitif dans la vie du peuple commençait à prendre corps. L'idée de la réforme agraire se fit plus impérieuse et la communion avec le peuple cessa d'être une théorie pour devenir à tout jamais une partie de notre être. La guérilla et les masses paysannes, petit à petit, se fondaient en un tout homogène, sans qu'il soit possible de dire à quel instant précis de la longue route se produisit la fusion».


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Monument à La Havane


L'attitude de «l'Armée rebelle» de Castro suscite la sympathie, puis l'adhésion totale; beaucoup de paysans s'engagent dans la guérilla dont les rangs sont également grossis par l'arrivée de révolutionnaires des villes. Car, et c'est important, la guérilla est également en contact étroit avec les organisations révolutionnaires citadines. Le 17 janvier 1957, «l'Armée rebelle» remporte sa première victoire. En juillet 1957, du fait de ses capacités militaires autant que politiques, le Che est nommé «commandant» et dirige une colonne de guérilla. «L'Armée rebelle» étend largement son territoire au sein duquel elle installe des services d'approvisionnement, des cliniques, des fabriques d'armes, de petites industries, une boulangerie, une imprimerie, des stations radio, instaure des lois et mène un réforme agraire (expropriant les grands propriétaires terriens), bref, c'est un mini-Etat qui se met en place, ouvrant une situation de double pouvoir territorial. La constitution d'un territoire "sanctuaire" permet à la guérilla de se doter d'une base d'opérations d'où elle pratique des sorties et des raids en territoire ennemi.


La Havane 1959


La Havane - Janvier 1959


En avril 58, une grève générale échoue dans les villes, apportant un recul à la lutte. Analysant les causes de l'échec, le Che souligne «On a ignoré l'importance de l'unité ouvrière et on n'a pas essayé à ce que les travailleurs, dans l'exercice même de leurs activités révolutionnaires, choisissent le moment précis». Profitant que les voies d'approvisionnements et de communications de la guérilla avec les villes sont momentanément coupées, l'armée lance le 24 mai une vaste offensive qui se solde, elle aussi, par un échec. Les guérilleros en profitent alors pour lancer à leur tour une contre-offensive généralisée vers le 19 juin. Malgré ses 70.000 soldats (les guérilleros et les milices citadines ne compterons jamais plus de 5.000 hommes et femmes en armes), malgré l'aide américaine en armes, munitions et instructeurs, l'armée de Batista, à partir de l'automne 1958, ira de défaites en défaites. Le 29 décembre 1958, la colonne du Che, après 50 jours de marche à travers 677Km, libère au cours d'une bataille décisive la ville de Santa Clara. Les trois quarts du territoire cubain sont aux mains des révolutionnaires. Dans les villes, l'agitation des étudiants et des ouvriers contre le régime ne faiblit plus. Enfin, les 1 et 2 janvier 1959, dans une action conjuguant grève générale des travailleurs dans les villes et offensive générale des colonnes de «l'Armée rebelle», le régime de Batista (en fuite) est renversé. Les 3 et 4 janvier, les guérilleros entrent triomphalement à La Havane où la grève des travailleurs et l'action de leurs milices avait empêché un coup d'état mené par des restes de l'armée du dictateur. Sur la route de La Havane, le Che est interpellé par un guérillero qui demande à pouvoir renter chez lui sous prétexte que «nous avons gagné la révolution». Le Che refuse sèchement: «Nous avons gagné la guerre, mais la révolution ne fait que commencer»...


Che&Fidel


A SUIVRE...

19:50 Écrit par Patrice dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : histoire |  Facebook |

Il a été assassiné le 9 octobre 1967.


Dans deux jours, nous commémorerons le quarantième anniversaire de la mort d'Ernesto Guvara, dit le "Che".
Ce blog, pendant plusieurs jours, parfois peut-être entrecoupé d'autres messages liés à l'actualité immédiate, vous relatera la vie et la pensée de Guevara.
Le texte est d'Ataulfo Riera que vous pouvez trouver, dans son intégralité, sur le site de la LCR-La Gauche. Nous ne doutons pas que certains impatients vont s'y précipiter. Les autres pourront suivre tout l'article, au jour le jour, grâce au tag "Histoire"

http://www.lcr-lagauche.be/cm/index.php?option=com_sectio...


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Qui était Che Guevara?


Après une longue période d'oubli, son visage semble omniprésent: sur des affiches, des badges, des livres, des t-shirts, des CD... La réapparition du portrait d'Ernesto Guevara, dit « El Che «, révolutionnaire d'origine argentine, démontre que le mythe né il y a 30 ans est loin d'avoir disparu. Mais, au-delà du mythe du rebelle éternellement jeune (dont beaucoup en ont fait une image «sainte» et inoffensive), au-delà de toute la récupération bassement commerciale dont le Che est actuellement l'objet, c'est l'homme, le révolutionnaire et le théoricien marxiste qu'il nous faut (re)découvrir. Personnage historique et non image légendaire, l'histoire et l'oeuvre de Che Guevara est importante à connaître. Sa vie, son oeuvre est une source d'exemples, d'enrichissements théoriques et pratiques non seulement de par les succès qu'il a connu, mais également de par ses échecs et ses erreurs. Loin de tout culte de la personnalité, nous voulons restituer ici la vie et l'oeuvre d'un révolutionnaire hors du commun.


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1. La jeunesse d'un révolutionnaire


uillet 1997, au sud de la ville de Santa Cruz, en Bolivie, une équipe de chercheurs cubano-bolivienne vient de mettre à jour les ossements d'un groupe de guérilleros morts il y a 30 ans. Les restes de Che Guevara sont identifiés et transférés en grande pompe à Cuba. Soixante neuf ans plus tôt, le 14 juin 1928 à Rosario de la Fe, petite ville argentine, naissait Ernesto Guevara Lynch de la Serna. La famille Guevara était relativement aisée, mais le futur révolutionnaire baignait malgré tout dans une atmosphère nettement progressiste. Comme le relate Ricardo Rojo, un ami de la famille: « passion de la justice, haine du fascisme, indifférence religieuse, intérêt pour la littérature et amour de la poésie, méfiance envers l'argent «, telles était les idées des parents du Che. Souffrant de graves crises d'asthme, le jeune Guevara s'astreint à pratiquer intensivement des sports physiquement durs comme le rugby et l'escalade. Lecteur assidu (de Gandhi, Jack London, Freud et Rousseau notamment), Ernesto s'engage dans des études de médecine. Le goût du voyage et de la découverte, le désir de soulager les maladies également, le pousse, à 23 ans, avec un ami médecin (Alberto Granado) à parcourir pendant 8 mois le continent latino-américain. En 1953, son diplôme de médecin en poche, il repart sur les routes.


Ernesto


Le Che au temps de son périple en Amérique latine


Ces deux voyages lui font se confronter de manière brutale à l'immense misère qui frappe les peuples latino-américains, misère décrite de manière sans égale par E.Galéano dans les «Veines ouvertes de l'Amérique Latine». Dans un discours prononcé en 1960, Guevara reviendra sur cette étape importante de sa vie: « Les conditions dans lesquelles j'avais voyagé m'avaient fait entrer en contact étroit avec la misère, la faim et la maladie. Je me rendis compte que j'étais incapable, faute de moyens, de soigner les enfants malades et j'eus sous les yeux la dégradation provoquée par la sous-alimentation et la répression constante. Je pus ainsi réaliser qu'il y avait des choses tout aussi importantes dans la vie que de devenir un chercheur illustre ou de contribuer magnifiquement à la science médicale: et c'était d'aider ces gens."


Galéano


Eduardo Galéano


Cette prise de conscience de la souffrance et de l'exploitation subies par les masses populaires, écrasées par de sanglantes dictatures, amène le Che à s'intéresser activement aux événements politiques. Arrivé au Guatemala en décembre 1953 (après avoir transité par la Bolivie où une révolution ouvrière avait battu l'armée de ce pays), il est pour la première fois directement confronté à l'impérialisme US. Le gouvernement du progressiste modéré Jacobo Arbenz initiait une série de réformes sociales dans ce pays. Des terres ont été redistribuées aux paysans, terres appartenant à l'United Fruit, firme américaine toute puissante. Cette dernière obtient l'appui du gouvernement américain qui autorisa la CIA à organiser un putsch pour renverser le gouvernement. Le 18 juin, des mercenaires armés et entraînés par la CIA envahissent le pays. Le fait que l'armée d'Arbenz se refusera à armer le peuple précipitera la chute de son gouvernement. Le Che, qui participera activement à la résistance contre le putsch, est contraint de se réfugier au Mexique. Dans sa brève présence au Guatemala, à travers sa compagne Hilda Gadea, militante communiste, il prend connaissance et adhère sans réserves aux idées de Marx, Engels et Lénine. De cette expérience guatémaltèque, il retient également que les voies légales et réformistes ne mènent nulle part: seule une révolution sociale radicale peut permettre de mettre fin définitivement à l'exploitation et à la misère, ainsi qu'à la domination impérialiste des USA. Ernesto Guevara était devenu un révolutionnaire. Sa réflexion le pousse également à comprendre qu'il fallait lutter collectivement et savoir mobiliser les masses pour réussir la révolution. Dans un discours prononcé en 1960, il se souviendra de ses réflexions tirées de son expérience guatémaltèque: « Je me suis rendu compte de quelque chose d'essentiel: c'est que pour être révolutionnaire, ce qu'il faut avant tout, c'est faire la révolution. L'effort isolé, l'effort individuel, la pureté des idéaux (...) tout cela ne sert à rien si on agit seul, solitaire (...).Pour faire la révolution, il faut (...) tout un peuple qui se mobilise (...) «. Ce peuple, Guevara allait le trouver à Cuba...


Jacobo Arbenz


Jacobo ARBENZ


A suivre...

00:46 Écrit par Patrice dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : histoire |  Facebook |

20.08.2007

Pour comprendre...


Karl Marx a dit: "Celui qui ne connait pas l'histoire est condamné à la revivre"
Que dire quand l'histoire a été on ne peut plus volontairement falsifiée ?
Nous allons reproduire l'intégralité d'un entretien accordé au Vif/L'Express du 28 février 2003 par Georges TATE. Il n'a rien perdu, hélas, de sa cruelle actualité.
Le texte est assez long mais il vaut la peine d'être lu jusqu'au bout. Du moins pour ceux qui ne veulent pas mourir idiot.Les commentaires et les questions de l'hebdomadaire sont en italique.

LES CROISES PILLAIENT, VIOLAIENT, MASSACRAIENT,...


Croisades


Ce sont de vieux mots, dont nous reviennent aujourd'hui d'inquiétants échos: guerre sainte, infidèles, délivrer les lieux saints, libérer Jérusalem...
En ce temps-là , c'était nos ancêtres, les Francs, qui les employaient, au nom d'une certaine idée de la chrétienté .
Le Moyen-Orient était devenu arabe, bientôt musulman. Cette réalité leur était insupportable... Des croisades, nos livres scolaires ont retenu des enluminures, l'image des preux chevaliers. Le regard que porte Georges Tate est bien différent : de toute l'histoire du Moyen-Orient, l'épisode chrétien fut l'un des plus noirs. Et nous n'avons pas fini d'en mesurer les effets...


Georges Tate
Georges Tate


Il vit entre deux mondes, l'Europe et le Moyen-Orient, et entre deux passions, l'histoire et l'archéologie. Professeur à l'université de Versailles, il a passé plus de vingt ans à Beyrouth et à Damas et dirigé les fouilles faites en Syrie dans la région dite des « villes mortes » . Autant dire que Georges Tate a toujours occupé un poste d'observateur (il est aussi l'auteur de L'Orient des croisades, Gallimard/ Découvertes). (...)


Pendant plus de mille ans, le Moyen-Orient a été le lieu d'affrontements entre Occident et Orient, entre chrétiens et musulmans. On ose à peine employer ce terme, mais il s'agissait bien d'un choc de civilisations.


On peut le dire, en effet. Le Moyen-Orient, région de toutes les origines, fut aussi le lieu de tous les affrontements. A la mort de Mahomet, en 632, au moment où l'islam se développe en Arabie, la Méditerranée orientale fait partie de l'empire de Constantinople : né du partage de l'Empire romain en deux, cet Empire « byzantin » est un empire chrétien, grec et riche, qui comprend de grandes villes construites en pierre ; mais il est affaibli par un siècle de guerres avec l'Empire perse, et profondément divisé par des querelles théologiques sur la nature du Christ.
C'est dans ce contexte que les descendants de Mahomet entreprennent la conquête du Moyen-Orient. Après les quatre califes « bien guidés », successeurs directs du Prophète, viennent les Omeyyades, qui s'installent à Damas, puis les Abbassides, qui créent une nouvelle capitale en Mésopotamie : Bagdad. L'Empire byzantin se replie sur l'Anatolie, avec Constantinople comme centre.


constantinople


Constantinople


Les Arabes, qui envahissent la Syrie, la Mésopotamie, la Palestine, sont plutôt bien reçus par les populations.


Les Arabes leur apparaissent comme des libérateurs, alors que les Byzantins les étouffaient sous de lourds tributs. Progressivement, le grec, que l'on parlait jusque dans les campagnes syriennes, est délaissé au profit de l'arabe. A cette époque, le monde islamique, qui s'étend de l'Inde à l'Espagne, est florissant : les arts, les sciences se développent ; on y pratique une vraie tolérance religieuse, alors qu'en Europe les hérétiques sont hors la loi. Les Arabes ne cherchent pas à convertir à l'islam, quand Charlemagne convertit les peuples vaincus par la force.Ils accordent un statut légal aux chrétiens et aux juifs de Syrie et de Palestine. A Damas et à Jérusalem, ces derniers accèdent librement à leurs lieux de culte. Dans les mêmes villes, ils fréquentent des lieux de culte voisins, certaines églises ayant même été partagées au lendemain de la conquête.


Chrétiens, juifs et musulmans priant dans les mêmes lieux, cela fait rêver...


En fait, dans les pays de vieille civilisation comme l'Irak et la Syrie, l'islamisation a été lente. A la fin du 11ème siècle, il y a encore beaucoup de chrétiens au Moyen-Orient, en Egypte notamment... Les califes n'ont pas construit un Etat centralisé permettant de maîtriser un territoire aussi vaste. Le monde musulman s'est donc fragmenté à la suite de querelles religieuses (entre sunnites et chiites) et de séparatismes régionaux. En Egypte, les Fanmides (chiites) se proclament califes et fondent Le Caire. Et les Turcs, convertis à l'islam, eux aussi, mais sunnite, entrent à Bagdad (1055) et, après une tentative unitaire, se divisent à leur tour.


A ce moment-là, l'Occident, lui, sort tout juste de la longue nuit des invasions


L'Occident est alors un monde primitif, avec ses châteaux en bois, ses petits seigneurs, ses chevaliers, et ses paysans pauvres et assujettis. Mais il se redresse lentement et regarde vers l'Orient. A l'époque, les pèlerinages attirent des foules : vers 1064, près de 12 000 personnes se rendent à pied à Jérusalem avec l'évêque Gûnther. A cause des Turcs, l'accès à la ville sainte est temporairement difficile. D'où l'idée d'aller la « libérer ». En fait, en lançant son fameux appel à la croisade en 1095, le pape Urbain II conçoit un projet de plus vaste envergure : ras- sembler, en une grande expédition, les chevaliers indisciplinés et remettre de l'ordre dans la chrétienté. Aux croisés il offre la rémission des péchés et la suspension de toutes les actions menées contre eux en justice. Des milliers de gens répondent à l'appel. Ils marchent d'abord vers Constantinople, à la consternation des Byzantins, qui voient en eux des barbares nombreux comme des sauterelles et des hérétiques. L'empereur byzantin Alexis Ier leur fait jurer de rendre à l'empire les territoires reconquis sur les Arabes qui lui avaient appartenu. Ils ne tiendront pas parole.


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Urbain II prêchant la croisade


Car ces bons chrétiens de croisés se comportent comme des sauvages.


Pour eux, seuls comptent la foi, le salut et la force. Disons-le franchement : notre historiographie a longtemps occulté la réalité de ces expéditions, en insistant sur leur aspect héroïque. Les croisés se sont comportés comme des sauvages sanguinaires, qui pillaient, violaient, massacraient. Pour les Byzantins et les musulmans, les croisades représentent la barbarie. En Rhénanie, ils exterminent les juifs, qu'ils tiennent pour les assassins du Christ. Partout, ils commettent des carnages massifs. Jusque-là, entre Byzantins et Arabes, on ne se ménageait pas, mais on échangeait tout de même les prisonniers, on passait des accords. Rien de tel avec les croisés. Il leur est même arrivé de pratiquer l'anthropophagie.


Anthropophages, les croisés !


Dans la première croisade, il existe des Tafurs, dont les prédicateurs prônent le dénuement : ils combattent avec des bâtons et massacrent systématiquement les musulmans. Quand les habitants d'une ville du nord de la Syrie (Maara) se rendent, les croisés les exterminent tous ; pressés par la famine, ils font cuire les corps des hommes et des enfants. Les auteurs latins en parlent très explicitement.


Quand ces agréables personnages arrivent à Jérusalem, trois ans après le début de la croisade, ils ne font pas non plus dans la dentelle, n'est-ce pas ?


La ville resplendit sous le soleil, comme une image de la Jérusalem céleste. Pour eux, c'est un éblouissement. La Jérusalem céleste ne doit-elle pas descendre, à la fin des temps, sur la Jérusalem terrestre ? Qui meurt à Jérusalem est ainsi assuré d'être auprès du Christ lors du Jugement dernier. Pieds nus, 12 000 hommes décharnés défilent autour des murailles, persuadés que Dieu, comme à Jéricho, les fera s'effondrer. En vain. Ils prennent alors la ville d'assaut. Pendant deux jours, c'est un bain de sang inouï. Musulmans et juifs sont passés au fil de l'épée ou brûlés... Les Francs éprouvent une véritable haine de tout ce qui n'est pas soi. Ils pensent qu'en tuant l'infidèle ils gagnent le paradis.


jerusalem


Prise de Jérusalem par les croisés (1099)


On a déjà entendu cela quelque part...Cinq États latins sont alors créés en territoire musulman, dont le royaume de Jérusalem qui occupe grosso modo le territoire actuel d'Israël et de la Palestine.


Les Francs s'installent dans les villes, la campagne restant musulmane. Dans les royaumes, on reproduit le modèle féodal de la monarchie occidentale : un roi, des seigneurs locaux, une hiérarchie ecclésiastique qui s'arroge les églises, au mépris des chrétiens d'Orient, considérés eux aussi comme des hérétiques (au bout de trois générations, ces derniers s'allieront avec les musulmans). Faibles en nombre (120 000 personnes environ), les Francs se replient dans leurs châteaux et s'appuient sur leur armée, dont les fameux Templiers. Les Etats latins sont des greffons dans un monde résolument hostile.


Et, dès lors, les musulmans feront tout pour tes rejeter.


Oui. L'un des Etats francs, le comté d'Edesse, tombe aux mains des musulmans. L’Europe s'affole. Saint Bernard prêche une deuxième croisade. Il professe une doctrine que nous qualifierions d'intégriste : « II vaut mieux que les païens soient tués plutôt que de laisser la menace que représentent les pécheurs au-dessus de la tête des justes », écrit-il dans De lande novae militiae


Saint Bernard


Saint Bernard prêche la 2ème croisade


Voilà une sainte icône qui tombe...


La deuxième croisade échoue. Pour les musulmans, les Francs ne sont plus invincibles ! Un vieux devoir oublié resurgit : le jihad. L'émir Nur ed-Din en fait la base de son idéologie politique : Jérusalem est une terre sainte de l'islam ; il faut reconquérir les territoires perdus de l'islam en réalisant son unité politique. Au nom du jihad, Nur ed-Din reconquiert le comté d'Edesse, unifie la Syrie où, à côté des mosquées, il fonde, comme institutions d'Etat, des écoles coraniques, des madrasas. Saladin, fils d'un lieutenant de Nur ed-Din qui s'est emparé de l'Egypte, reprend lui aussi l'idée de guerre sainte.


Saladin est devenu un symbole à la fois pour les musulmans et pour les Occidentaux.


Après coup, les chrétiens en ont fait le modèle du roi chevaleresque, de l'ennemi que l'on respecte. On a même prétendu qu'avant de mourir il s'était converti au christianisme, ce qui est faux. Partout, Saladin proclame le jihad, et la nécessité de rejeter les Francs à la mer. A Hattin, en 1187, avec ses 60 000 guerriers, il écrase les Francs. Il ne leur reste que leurs forteresses. Saladin les reprend une par une. Parmi elles, Jérusalem : Saladin ne veut pas se venger du massacre accompli autrefois par les croisés. Il fait sortir les chrétiens, les obligeant à payer un prix pour se racheter, payant lui-même le rachat de nombreux chrétiens. Il rouvre les mosquées, ferme le Saint-Sépulcre... Une fois encore, l'Europe s'émeut.


X-Saladin


Saladin

Et c'est reparti pour une nouvelle croisade, que lancent de concert les rois Richard Cœur de Lion et Philippe Auguste.


Elle se conclut par une trêve qui garantit la liberté des pèlerinages, en particulier le libre accès de Jérusalem aux chrétiens. Que les chrétiens viennent au Saint-Sépulcre, les musulmans n'en ont cure. Mais ils ne veulent plus d'une puissance militaire occidentale sur leurs terres. Cela n'est pas négociable. Pourtant, en Occident, le pape s'obstine. La quatrième croisade est détournéecontre... les Byzantins : les croisés pillent Constantinople (1204) ! Quant à la cinquième croisade, en 1217, elle vise l'Egypte, que l'on échangera contre l'ancien royaume de Jérusalem. Mais le légat du pape réclame la création d'un Etat franc en Egypte. Et la croisade tourne au désastre... L'empereur germanique Frédéric II, au terme de la croisade suivante, apporte un espoir de solution en négociant un accord sur Jérusalem donnant les mosquées d'Omar et al-Aqsa aux musulmans et le Saint-Sépulcre aux chrétiens. Une fois encore, la papauté refuse : les lieux saints doivent se conquérir par les armes, non par la négociation ! Frédéric II est excommunié. Et, de nouveau, on lance une croisade.


C'est cette fois Saint Louis, le bon roi de France, qui vient combattre ces « chiens d'infidèles ». En réalité, le grand homme est le plus nul des stratèges !


Saint Louis-né comprend pas les réalités du Moyen-Orient. Ses objectifs sont inaccessibles avec les moyens dont il dispose. Son armée est très puissante, mais il veut pousser jusqu'au Caire, s'enlise dans le delta égyptien et est fait prisonnier avec tous ses chevaliers, puis libéré contre une lourde rançon. Les mamelouks turcs en profitent pour instaurer un régime militaire en Egypte, tandis que, de leur côté, les Mongols prennent Bagdad. .. Quelques années plus tard, Saint Louis revient à la tête d'une ultime croisade et débarque à Tunis, où il meurt. Cette fois, les mamelouks, qui ont unifié l'Egypte et la Syrie, veulent en finir. En 1291, la citadelle d'Acre, encore tenue par les Templiers, est prise. Les Francs sont définitivement chassés. Les Etats latins, éliminés. C'est la fin de l'épisode occidental du Moyen-Orient.


Ouf ! Ensuite, les Turcs prendront Constantinople en 1453, et l'Empire ottoman, qui dominera le Moyen-Orient jusqu'en 1918, déclinera. Il ratera même la révolution industrielle.


A partir du 16ème siècle, le grand commerce se détourne de la Méditerranée. A l'écart des courants dominants d'échanges, le monde musulman reste dans l'ancienne économie, tandis que l'Occident se déploie dans le monde entier et dans les Amériques. La chape impériale, militaire et religieuse qui étouffe les sociétés musulmanes empêche le développement des bourgeoisies et le décollage économique. Les conséquences des croisades sont désastreuses pour le Moyen-Orient.


Elles ne sont pas seulement économiques.


En effet. Ce passé a engendré une méfiance durable à l'égard de l'Occident. Comme l'a dit l'écrivain Amin Maalouf, « il est clair que l'Orient arabe voit toujours en l'Occident un ennemi naturel ». N'oublions pas que les nationalismes arabes se sont fondés contre l'Europe et contre Israël, greffon qui, toutes comparaisons gardées, suscite autant d'hostilité que jadis les Etats latins. Pour avoir vécu vingt et un ans au Moyen-Orient, je peux témoigner que ce passé demeure vivace dans l'esprit des jeunes générations. Les croisades ne font plus partie de notre présent ; elles sont pour nous un épisode d'un passé révolu. Les Arabes, eux, n'en ont pas oublié le prix.

18:53 Écrit par Patrice dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : histoire |  Facebook |

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