01.10.2009
La Poste: si l'avenir n'est pas rouge, il sera noir !

Les personnes âgées rédigent encore des lettres à l’ancienne : à la main, avec un stylo, sur une feuille de papier qui sera pliée dans une enveloppe, en y écrivant l’adresse avant de coller le timbre. La plupart n’ont pas de courrier électronique et bien qu’elles aient un téléphone portable – offert par la famille « juste au cas où » - elles n’ont généralement aucune idée sur comment envoyer un texto. Peter Mandelson ne parlait donc pas d’elles lorsqu’il est passé à la télé au mois de mai pour défendre la privatisation partielle de la Poste Britannique, en expliquant que les chiffres étaient en baisse à cause de la concurrence des courriers électroniques et des textos.
En l’entendant, j’ai failli avaler mon thé de travers. « Les chiffres sont en baisse ». Nous entendons cette phrase pratiquement tous les jours lorsque la direction veut mettre en place une nouvelle mesure qui touche les postiers comme moi, qui travaillent plus pour le même salaire, qui portent des fardeaux toujours plus lourds, qui exécutent de plus en plus de tâches.

C’est devenu une blague au bureau de poste. « Les chiffres sont en baisse » dit quelqu’un et nous explosons de rire tout en empilant le cinquième ou sixième sac de courrier sur les balances et notons leurs poids sur le journal de bord. C’est notre expérience quotidienne en matière de lettres fictives. Nous sommes supposés porter un maximum de 16 kg par sac, le poids diminuant pour chaque sac suivant, jusqu’à 13kg pour le dernier. Si nous respections cette norme, nous sortirions avec dix sacs par jour et ne pourrions pas terminer la distribution avant 15h00.
« Les chiffres sont en baisse » répétons-nous, goguenards, tout en chargeant le troisième lot de catalogues de vente par correspondance, qui iront ajouter leurs poids aux sacs ainsi que quelques minutes de plus à nos heures supplémentaires non payées. Nous sommes payées 1.67 pence par article commercial, la même somme depuis 10 ans. Le montant n’est pas inclus dans le salaire et nous ne pouvons rien réclamer si leur distribution nous oblige à faire des heures supplémentaires. Nous n’avons pas le droit non plus de refuser de les distribuer. La distribution du courrier non sollicité (courrier commercial – NdT) est une des activités les plus lucratives de la Poste Britannique et constitue ma contribution personnelle au réchauffement climatique : directement de la boite aux lettres à la poubelle.
C’est vrai, les gens n’envoient pas autant de lettres qu’avant. Mais, encore une fois, une personne ordinaire n’a jamais envoyé tant de lettres que ça. Les gens envoient des cartes postales à Noël, aux anniversaires, pendant leurs vacances. Ils le font encore. Et les factures, les relevés de comptes, le courrier de l’administration arrivent encore par la poste, plus tout le trafic généré par l’Internet : des livres et des CD d’Amazon, des colis d’Ebay, des DVD et des jeux de LoveFilm, des vêtements et des cadeaux et d’autres articles achetés à l’une des innombrables boutiques en ligne qui pullulent sur Internet, achetés à n’importe quelle heure de la journée ou de la nuit, en un clin d’oeil, avec une carte de crédit.

Selon les chiffres publiés au mois de mai par la Poste Britannique, le volume du courrier a baissé de 5,5% au cours des 12 derniers mois, et devrait encore baisser de 10 % cette année « à cause de la récession et de l’augmentation constante des communications électroniques telles que les emails ». Tous les facteurs savent que ces chiffres sont faux. Si les chiffres étaient en baisse, comment se fait-il que je n’arrive plus à effectuer mes tournées en moins de quatre heures, comme avant ? Comment se fait-il qu’il m’arrive de travailler cinq heures d’affilée sans pause ? Comment se fait-il que mes genoux tremblent sous le poids des sacs ? Comment se fait-il que quelque chose a craqué dans mon dos lorsque je suis sorti de la douche, que je suis tombé par terre et que je suis en arrêt maladie pour une semaine ?
Qui a raison, alors ? Les chiffres sont-ils en baisse ou pas ? La Poste Britannique ne mentirait pas, n’est-ce pas ? Non, peut-être pas. Mais elle peut manipuler les chiffres. Et elle peut mentir par omission.Une chose que vous ne savez probablement pas, par exemple, est que la Poste Britannique est déjà partiellement privatisée. On emploie l’euphémisme de « déréglementation ». La déréglementation est le fruit d’une directive de l’Union Européenne qui devait être mise en place sur une longue période pour donner aux Postes le temps de s’adapter, mais que notre gouvernement a mis en œuvre avec une gourmandise quasi obscène, en déréglementant la Poste bien avant ses concurrents en Europe. Cela signifie que n’importe quelle société de courrier privée, ou même n’importe quel service postal public européen – peut postuler pour prendre en charge les contrats de la Poste Britannique.
Jetez un coup d'œil à vos lettres la prochaine fois que vous ramassez votre courrier. Examinez le coin en haut à droite, un endroit où se trouvait jadis le visage de la reine. Vous y verrez toute une variété de sigles, représentant un certain nombre de compagnies privées. On y trouve TNT, UK Mail, Citypost, et d’autres. Ces compagnies se portent candidats pour la partie lucrative du courrier, les envois en nombre et les navettes de ville à ville pour les grandes sociétés, sapant ainsi la Poste pour ensuite lui en confier la distribution. Par exemple, TNT a un contrat très juteux avec British Telecom. TNT ramasse tout le courrier de BT dans tous ses grands bureaux, le trie par tournées selon les données fournies par la Poste, l’achemine en volume vers les centres de tri où il est trié encore une fois avant de nous être remis pour distribution. C’est la Poste qui fait le gros du travail mais c’est TNT qui réalise les bénéfices.

Aucune de ces compagnies privées n’est soumise à une « obligation générale de distribution », contrairement à la Poste. En fait, elles ne sont soumises à aucune obligation. Ce ne sont pas des compagnies de courrier concurrents dans un marché libre, contrairement à ce que la propagande voudrait nous faire croire. Aucune de ces compagnies ne distribue du courrier. Tout ce qu’elles font, c’est parasiter un réseau crée et développé par la Poste pour en pomper les bénéfices.
Le processus est appelée « downstream access » (accès descendant ou en aval – NdT). Cela signifie que les compagnies privées ont accès à tout point du réseau de distribution de la Poste qui pourrait générer un profit, après quoi ils laissent au pauvre facteur le soin de livrer le courrier à sa destination finale.Ainsi, « les chiffres sont en baisse » ne signifie pas que le volume a diminué. Le volume, au moins en ce qui concerne les derniers kilomètres qui mènent à votre boite aux lettres, est clairement en hausse. Mais même en admettant que Mandelson ait dit la vérité, et que le volume ait réellement diminué de 10 pour cent, le fait est que le nombre d’employés a baissé encore plus, de 30 pour cent. Ce qui signifie que chaque postier a beaucoup plus de travail.
Il y a de plus en plus de temps partiels. Plus personne n’est embauché à temps plein. Il y a deux catégories de temps partiels : ceux qui travaillent par équipes de six heures et ceux qui travaillent quatre heures. Ceux des équipes de six heures préparent leur propre casier, divisé en rues, puis en numéros, avec une case pour chaque adresse – mais ils ne font plus de « tris internes » (le tri initial lorsque le courrier arrive au bureau). Les temps partiels de quatre heures entrent et – du moins en théorie – ramassent les sacs préparés et ressortent aussitôt. Ils passent à peine du temps au bureau. Ce qui signifie que ceux qui travaillent à temps plein doivent se coltiner les retards. Ils sont supposés préparer les casiers, trier les redistributions, empaqueter le courrier et le placer dans les sacs pour les temps partiels de quatre heures qui viendront les emporter, tout en procédant aux tris internes et en préparant leurs propres casiers. Le tout en trois heures, avant de prendre eux-mêmes la route.
Lorsque j’ai commencé à travailler à la Poste Britannique, chaque postier préparait sa propre tournée. A présent, environ un tiers du personnel travaille en temps partiel. Ce sont les temps pleins qui sont les facteurs à l’ancienne, avec de vrais contrats de travail, avec de vraies retraites, ces retraites qui représentent un cauchemar pour les finances de la Poste. En plus de travailler à temps partiel, les nouveaux embauchés ont des contrats flexibles et pas de retraite.Le déficit des retraites s’élevait à 5,9 milliards de livres l’année dernière et devrait passer à 8 ou 9 milliards l’année prochaine, selon les estimations. Ce déficit est la raison principale pour laquelle divers responsables au sein du gouvernement et de la Poste suggèrent la vente d’une partie de la Poste plus tôt que prévu. Parmi ces gens, on trouve Jane Newell, président d’un fonds de retraite, ainsi que Peter Mandelson. Mais une vente d’une partie de la Poste ne réglerait pas le problème des retraites. Aucun investisseur privé n’en voudrait. Ce qui signifie que, que la Poste reste publique ou qu’elle soit privatisée, en partie ou en totalité, les retraites seront toujours à la charge des contribuables.

Pendant ce temps, les tensions s’aggravent dans tous les bureaux du pays. Il y a eu une grève en 2007 et un accord national sur les « salaires et la modernisation », mais cette année on a vu la direction sans cesse mettre en place de nouvelles pratiques, et mettant de plus en plus de pression sur les rangs de plus en plus clairsemés des travailleurs à temps plein. La dernière innovation a consisté à obliger les réticents à accepter « la libération de casier ».
Je m’explique. Chaque casier représente une tournée. Le courrier est trié par casier, puis regroupé pour être distribué. Mais la distribution du courrier est une activité soumise à des variations saisonnières. Le volume varie au cours de l’année. L’activité maximum se situe vers Noël. Pendant les mois d’été, lorsque les enfants sont en vacances, le volume chute. On appelle ça le « creux de l’été ». Alors un accord national a été négocié entre le syndicat et la direction pour réduire le nombre d’heures travaillées en été. Et ceci a été réalisé en libérant un casier dans chaque bureau. Un poste dans chaque bureau ne serait plus affecté à un postier, mais serait pris en charge à tour de rôle par chacun des postiers du bureau. Ce qui signifie une moyenne de 10 ou 15 minutes de travail supplémentaire pour chaque postier. L’accord ne devait concerner qu’un seul casier par bureau et uniquement pendant les mois d’été.
Mais les choses ont changé. Il y a de plus en plus de pressions pour libérer encore plus de casiers – c’est à dire augmenter la charge de travail pour chaque postier – et pas seulement pendant les mois d’été mais toute l’année. La direction devient de plus en plus agressive. Depuis quelques semaines, la direction menace et cajole tous les employés du bureau, en disant qu’un deuxième casier devra être libéré – « les chiffres sont en baisse » - et les employés doivent décider quel casier sera libéré. Tout le monde a refusé. Libérer un autre casier signifierait qu’une personne devrait changer de poste, tandis qu’une autre personne avec un contrat plus « flexible » perdrait tout simplement son emploi. Personne ne voulait prendre une telle décision. Personne ne voulait faire licencier un collègue. Et puis l’annonce est tombée la semaine dernière, le jour le plus chargé de la semaine, et sans préavis : un deuxième poste allait être libéré, qu’on le veuille ou non. La protestation écrite du représentant du personnel a été ignorée.
La colère et le chaos étaient tels ce jour-là qu’une bonne partie du courrier n’a pas été distribuée, et le reste a été distribué en retard. Lorsqu’un postier ne distribue pas du courrier, ça s’appelle une « rétention volontaire de courrier » et peut constituer un motif de licenciement. Lorsque la direction en est responsable, ce n’est plus qu’un incident. Nous avons le sentiment qu’on nous provoque, et que cela ne vient pas de la direction du bureau – qui n’est pas si intelligente que ça et qui n’a pas non plus autant de pouvoir que ça – mais de plus haut. Tout le monde se prépare à la grève.

La vérité est que les chiffres ne sont pas du tout en baisse. Nous en avons la preuve. La Poste Britannique manipule les chiffres. Voici comment.Le courrier est délivré aux bureaux dans des caisses grises qui sont d’une taille standard et qui peuvent contenir quelques centaines de lettres. Le courrier est trié à partir de ces caisses, placé dans des niches qui représentent chacune une tournée, et ensuite il est emmené aux casiers. C’est ce que l’on appelle le « tri interne » et le travail est effectué par les temps pleins, qui arrivent tôt pour l’effectuer. Dans le passé, le volume de courrier était estimé en pesant les caisses. A présent on calcule des moyennes. On estime le nombre de lettres contenues dans chaque caisse selon un accord passé entre le syndicat et la direction. Le nombre est 208. Voici comment le volume de courrier qui passe dans chaque bureau est estimé : 208 lettres par caisse, multipliées par le nombre de caisses. Cependant, au cours de l’année écoulée, la Poste a arbitrairement, sans consultation, réduit le nombre moyen de lettres par caisse. Il était de 208, maintenant ils disent que c’est 150. Cette réduction arbitraire à elle seule explique largement les 10 pour cent de baisse que la Poste annonce dans tout le pays.Pour vérifier le bien fondé de ce chiffre, le syndicat a demandé un comptage manuel dans des caisses choisies au hasard pendant une période de deux semaines dans différents bureaux du pays. Le notre était l’un d’entre eux. En moyenne, ces caisses qui, selon la Direction, ne devaient contenir que 150 lettres, contenaient en réalité 267. Ceci explique comment la Poste Britannique peut affirmer que les chiffres sont en baisse alors que tout postier sait que le volume est en hausse. Les chiffres ne sont en baisse que parce qu’ils ont été manipulés.

Comme de nombreuses entreprises, la Poste Britannique désigne ses clients par un sobriquet. Celle de la Poste est « Granny Smith » (Mamie Smith – Ndt). C’est un terme très affectueux. Mamie Smith c’est vous, c’est moi, mais c’est surtout toutes les vieilles dames qui vivent seules et pour qui le service du courrier représente un contact avec la vie. Lorsqu’une vielle dame me remet une carte de vœux avec un petit billet glissé à l’intérieur et m’écrit « merci de penser à moi tous les jours », elle est sincère. Je suis peut-être la seule personne qui pense à elle tous les jours, même si ce n’est que le temps de lire son nom sur l’enveloppe avant de la glisser dans sa boîte. Il y a des contradictions entre la Poste Britannique en tant que société devant réaliser des bénéfices et la Poste Britannique en tant que service public. Pour la majorité de la Direction – qui ne rencontre pour ainsi dire jamais nos clients – c’est la première vision qui prévaut. Pour le postier – pour moi et les gens comme moi – il est probable que c’est le deuxième.
Il y a un certain temps, nous avons eu une réunion à laquelle ont été présentés tous les changements proposés. Des changements dans les horaires et dans le travail. Des changements dans les priorités. Des changements qui ont abouti au chaos actuel. On nous a dit que la priorité sera donnée aux entreprises. Que ce qui comptait était les entreprises. En fait, on nous a dit que la qualité du service pour le client moyen était moins important que la satisfaction des exigences du big business.
Quelqu’un a pris la parole pour demander « et Mamie Smith, alors ? ». C’était un de ces postiers vieux jeu, le genre qui se préoccupe de ce genre de choses. « Mamie Smith n’a aucune importance » fut la réponse. « Mamie Smith n’a plus aucune importance ».
Voilà, maintenant vous savez.
Roy Mayall (un pseudonyme)

C'EST POUR VOUS GARANTIR UN SERVICE PUBLIC DE QUALITÉ QU'ILS SE BATTENT !
00:52 Écrit par Patrice dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : services publics |
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28.09.2009
Face à la crise, le projet alternatif de la gauche est dans l'audace !

Oui, il est possible de le dire : la crise a bon dos ! Elle est le prétexte à tout. Et en cette rentrée, il est même possible de dire qu’elle est opportune tant les décisions et les directions poursuivies par les tenants du néolibéralisme n’ont pas bougé d’un iota !
La casse des services public se poursuit donc et après EDF, GDF, France Télécom, La Poste se profile à son tour dans le collimateur. Le passage en Société Anonyme cotée en bourse est le premier pas vers ce que « les privatiseurs » nomment pudiquement « l’ouverture de capital » ; entendons par là une simple passation de pouvoir et l’irruption de la nécessité de faire des bénéfices pour des actionnaires rentiers. Comment en effet ne pas vouloir se partager ce gâteau, comment ne pas vouloir le rendre « efficace », c’est à dire concrètement « rentable » en terme d’argent (c’est à dire capable d’assurer une rente financière).Logique du don et du lien contre logique de rente et de pillage
Toute la logique du productivisme se retrouve dans la privatisation, et c’est à travers elle l’affrontement de deux blocs.

Pour l’un, le service public est une manière de tisser du lien social, de créer du patrimoine commun.communauté de destin au sein du Pacte Républicain tel que des penseurs comme Épicure et plus tard Rousseau ont pu nous le proposer. Pour ce bloc, le service public est l’occasion d’une dépense, d’un don, d’une ouverture vers le futur et vers le mieux être (bien entendu, à condition que le service public soit géré en ce sens, et non pas comme une firme privée, ce qui est hélas le cas de La Poste depuis des années… ).

Pour l’autre camp, le paradigme bourgeois comprend la totalité du réel. Ce paradigme, l’économisme, n’est rien d’autre que l’impossibilité de concevoir le monde autrement qu’en terme de production, de rapport au travail, de gain d’argent, d’exploitation du monde vivant. Il s’agit donc de rationaliser en termes économiques : c’est à dire en terme de gain d’argent qui est alors le but, la finalité, l’objectif éthique de cette politique, nommée néolibérale. La dépense ne se conçoit que dans l’objectif éthique du gain d’argent, rien d’autre. Une telle conception de la dépense est la signature d’une névrose.
Car de fait, l’économisme dirige bien plus que la seule sphère économique, il est le fondement d’une culture et d’une éthique de vie dont l’activité économique, mais également le rapport à autrui, les conceptions du monde, du corps, du travail, du temps, et même les arts ou les sciences ne sont que des mises en pratique concrètes de son orientation profonde, de sa conception du monde et de l’existence. Dans le paradigme bourgeois, tout, absolument tout, ne peut être pensé en termes autres que de rentabilité, de gain d’argent, de possession, de production, de travail…

Névrose caractérisée, le paradigme bourgeois s’entête dans sa logique propre et la crise actuelle crispe ses défenseurs et les renferme sur eux-même. La Poste, l’hôpital sont aujourd’hui ses cibles. Mais à cela il convient d’ajouter les prises de position de Laurence Pariso qui, à l’université d’été du MEDEF, appelle à « être moderne en terme de retraite » en précisant que, déjà partout en Europe, la capitalisation est une réalité, et qu’il convient de suivre cela comme un exemple ! (à ce compte personne n’aurait jamais été le premier à prendre position contre l’esclavage… ).

Être gros, pour être encore plus gros. Posséder pour posséder davantage. Produire pour produire davantage. Accumuler pour accumuler davantage. Travailler pour travailler davantage. Telle est la logique du paradigme bourgeois qui construit une société à sa mesure. L’économisme est une plaie de l’Humanité. Il borne l’horizon des individus à des finalités veines et fait payer sa logique dévastatrice à des millions d’êtres humains (qu’il pense en esclaves), et même à l’écosystème tout entier.

Car il est idiot de croire que la crise ne profite à personne. Nous sommes dans une crise de l’endettement, qui, faute de répartition des richesses, faute de réduction du travail, faute de rompre avec l’exploitation illimitée du monde vivant, se retrouve dans une situation où des millions de personnes sont transformés en individus producteurs-consommateurs pour simplement soutenir la machine de l’ère industrielle : produire, gagner. Mais cette machine produit de l’inégalité (toutes les sociétés basées sur la rente et le taux d’intérêt en produisent… ), et cette inégalité, qui ne peut que croître dans un système rentier, finit par endetter des millions de personnes alors que seuls quelques uns possèdent la quasi totalité de l’argent (par quasi totalité, il faut comprendre qu’ils ne possèdent que des chiffres dans les ordinateurs des banques). La logique de « drainage » qui est celle du paradigme bourgeois conduit les états à s’endetter pour compenser leurs dépenses. Mais auprès de qui empruntent-ils ? Auprès de ceux qui ont déjà drainé la totalité des gains, car seuls ceux-là ont des fonds ! Et de fait, l’endettement des individus produit l’endettement des états, qui endettent encore les individus en tant que citoyens.
Dans cette logique, le sursaut actuel des bourses n’est dû qu’aux prêts des états consentis pour sauver les banques, et en réalité il n’y a ni rebond, ni de changement de logique économique : les banques recapitalisées sont reparties dans la « titrisation », les produits dérivés, le trading et la spéculation (d’où un semblant de regain… qui n’en est pas un). Pour preuve, les énormes provisions constituées par BNP-Parisbas pour rémunérer ses traders, et pressurer les entreprises en leur demandant des taux de rente de 15%, 20%, voire 30% ! Et cela se termine sur le dos des millions d’individus tous « employés du libéralisme », qu’ils soient ouvriers, employés de bureau, cadres pressurés, salariés indépendants, etc.

Une des sources du problème est dans la nécessité de revoir les perspectives. Le MEDEF appelle à l’ambition, la gauche doit en avoir aussi. Le gouvernement veut des réformes, la gauche doit en proposer aussi. Car un projet de société n’est pas une question d’immédiateté dans les combats à mener, mais une question de perspectives. Si le combat immédiat est impératif pour endiguer la misère et les douleurs quotidiennes, la projection politique vers le futur est impérative pour montrer la possibilité d’un changement de société, et construire l’action politique en ce sens.
Sans perspectives vers le futur, sans horizon, le combat se résume à un baroud d’honneur face à un rouleau compresseur. Inutile de préciser qu’une telle option décourage les individus, leur fait perdre toute motivation (« à quoi bon se battre si l’espoir de bâtir un autre monde n’est pas là ?! »). Et de fait, la gauche doit proposer un projet réellement alternatif. Car il n’y a plus de place pour l’état providence, et nous allons vers une logique d’affrontement total. Il convient donc d’armer les individus, d’en faire des individus-citoyens capables de défendre ce projet alternatif dans la perspective républicaine.
Vouloir bâtir un autre monde, c’est proposer d’autres rapports au travail, aller vers la réduction du temps consacré à l’activité qui éloigne de soi, et surtout rompre avec le salaire comme fruit du travail individuel au détriment des autres. Il s’agit de rompre avec les passe-temps de la société de consommation qui entretiennent les individus dans l’illusion du plaisir, alors qu’ils ne font que consommer et oublier leur travail (pour mieux y retourner… ).

Il s’agit de rompre avec la confusion du tout consommable : car il y a le nécessaire et ce superflu qui ruine des millions d’individus et n’apporte rien d’autre que de la rente pour quelques uns. Il s’agit de rompre avec la fabrication d’individus consommateurs-producteurs, et de fait, il faut en finir avec le PIB comme indicateur politique et avec la sacro-sainte « nécessité de croissance » comme horizon du bonheur social. L’économie au centre de la culture et de l’éthique de notre civilisation : voilà ce qu’il convient d’enterrer. Le rêve des trente glorieuse est en réalité un cauchemar car l’ère industrielle, qui est en crise, se caractérise par la réduction de la totalité du réel à la sphère de l’économie, et il n’y aura donc aucune possibilité d’alternative tant que le logiciel programmatique de la gauche tournera dans ce giron. Travail, individu, temps pour soi, santé, logement, lien social, lien avec l’écosystème, la bonne mesure d’un grand projet politique alternatif est l’audace !Nous devons être audacieux.
Guillaume Desguerriers
20:00 Écrit par Patrice dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : capitalisme, services publics |
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01.12.2008
Tiens, ils n'ont pas porté plainte ceux-là !

Suez-GDF, c'est Noël pour l'actionnaire
Un rapport interne publié par la Tribune montre en effet que les cadres doutent. Ils pensent notamment que la fusion «est un non-sens stratégique». Ils rejoignent ainsi ce qu'explique Marianne depuis 2006, époque à laquelle Dominique de Villepin, alors Premier ministre, a promis le mariage à Gérard Mestrallet, le patron de Suez, et à Jean-François Cireili, celui de GDF, sous prétexte de sauver Suez d'une OPA hostile (mais inexistante).
Ces mêmes cadres disent aussi que «les logiques financières et politiques l'ont emporté». Ils ont raison! Qu'apprend-on en lisant les documents de Suez? En 2007 et en 2008, le groupe, pour permettre la fusion, a versé, sous différentes formes, 2,3 milliards d'euros à ses actionnaires.
Qui est le plus heureux de ces actionnaires gâtés? Certainement le milliardaire belge Albert Frère, qui a poussé à la fusion jusque dans le bureau de son «ami», le président de la République, Nicolas Sarkozy. De son côté, Gaz de France distribuera 7 milliards d'euros à ses actionnaires dans les années à venir.
Dans cette fête indécente de la Bourse et des boursiers, qui se soucie encore du service public?

17:15 Écrit par Patrice dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : services publics |
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